Sexualité. Demain, la pilule
Lissasfa. La vie après le drame
Évadés de kénitra. Plus que 8 !
USFP. Et si Elyazghi restait ?
Football. Lemerre en questions
Analyse. Des syndicats et des grèves
Télévision. Carton jaune pour Al Jazeera
Rallye. Orage mécanique
Etats-Unis. Obama est OK
Birmanie. L'effet Nargis
Automobile. La guerre des prix
Abdelwahab Meddeb. "La charia est une hypocrisie !"
Sortie. America, America
Rencontre. Le kiosquier intello
Cinéma. Fenêtre sur courts
N° 323
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nina Hubinet

Birmanie.
L’effet Nargis

Le delta du fleuve Irrawaddy
a été dévasté par le passage
du typhon Nargis.
(AFP)

Le cyclone qui a frappé la Birmanie, et qui y a fait plus de 80 000 morts, pourrait accélérer l’ouverture politique du pays. À condition que la junte au pouvoir lâche du lest…


Depuis une semaine, le bilan ne cesse de s'alourdir : plus de 80 000 morts, 41 000 disparus et près de deux millions de sans-abri, d’après le dernier bilan officiel du gouvernement birman. Et selon la chargée d’affaires américaine sur place, Shari Villarosa, le nombre de morts pourrait monter à “plus de 100 000”. C'est le décompte macabre après le passage du cyclone Nargis, qui a ravagé, dans la nuit de samedi à dimanche 4 mai, le delta du fleuve Irrawaddy, région fertile du sud du pays où vit la moitié des 48 millions de Birmans.

La tempête a provoqué des vagues de sept mètres de haut et des rafales de vents atteignant 250 km/heure, rayant plusieurs villages de pêcheurs de la carte. Sur le site Internet The Irrawaddy, un survivant du village de Mondine Gyi, dans le delta, raconte : “Une vague géante a frappé ma maison et l’a totalement engloutie. J’ai vu des cadavres flotter alors que je me cramponnais à un morceau de bois. Je n’ai toujours pas retrouvé ma femme et mes enfants”.

Risque de famine et d’épidémies
Au-delà du nombre de morts, la première urgence concerne les survivants. Dans les régions les plus touchées, les besoins en nourriture et en eau potable sont alarmants. Dans le reste du pays, les prix du riz ou de l’essence sont devenus inabordables. “L’eau va devenir un produit de marché noir extrêmement cher. Les prix des bouteilles d’eau ont doublé en une seule journée”, raconte Aude, une Française qui vit à Rangoon, contactée par Radio France International. Et plus l’aide humanitaire tarde à arriver, plus les risques de famine et d’épidémies sont importants. La junte birmane, qui entretient depuis 1962 le mythe de l’autosuffisance alimentaire, a été cette fois forcée d’accepter l’aide internationale. Car non seulement le régime n’est pas en mesure de faire face à une crise d’une telle ampleur, mais une mauvaise gestion de l’après-cyclone risque de se retourner contre le Pouvoir. Une nouvelle révolte, comparable à celle des bonzes, cet automne, pourrait aisément naître d’une pénurie alimentaire.

Déjà, les habitants se plaignent de n'avoir pas été prévenus par les autorités de l’ampleur de la tempête, surtout que l’Inde avait fourni au gouvernement de Rangoon toutes les informations sur le cyclone, 48 heures avant qu’il ne touche les côtes birmanes.

Entre coopération et méfiance
Pour le moment, l’aide internationale arrive au compte-gouttes. Plus de 14 millions de dollars ont été récoltés par l’ONU pour venir en aide aux victimes de la catastrophe, mais la plupart des acteurs humanitaires attendent toujours à Bangkok, en Thaïlande, les visas pour pouvoir se rendre en Birmanie. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a quand même pu distribuer 800 tonnes de nourriture à environ un million de sans-abri dans la région de Rangoon, et le régime a autorisé l'atterrissage d'un avion de l’ONU transportant 25 tonnes de matériel. La junte entrouvre la porte, mais avec méfiance. Au risque de condamner plusieurs Birmans à une mort certaine. Il faut dire qu’elle n'en est pas à une démonstration de cynisme près. Malgré la situation d'urgence et la destruction d’une partie du pays, le gouvernement birman refuse de reporter la tenue du référendum sur la nouvelle Constitution, qui devrait avoir lieu le 10 mai. Un vote qui doit théoriquement permettre l’évolution du pays vers le multipartisme dès 2010. Dans une société très superstitieuse, “la coïncidence du cyclone avec le scrutin pourrait être ressentie par beaucoup de Birmans comme une signe montrant que la junte ne devrait pas être au pouvoir”, explique David Steinberg, un spécialiste de la Birmanie à l’université de Georgetown, interrogé par Associated Press. Le gouvernement n’aurait donc pas forcément intérêt à maintenir la consultation. Mais il peut très bien choisir de faire voter la population et de présenter les résultats qui lui conviennent. Comme l’a montré la révolte de l’automne dernier, en termes de rapport de forces, la junte militaire conserve un large avantage.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés