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N° 323
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Le saxophoniste Wayne Shorter.
(DR)

Festival. Essaouira mon amour


Les festivals de musique florissent et rivalisent de qualité. À la guerre comme à la guerre, chacun se targue d’être de plus en plus prestigieux, de donner à voir et à écouter des artistes des quatre continents et surtout “de ne pas être comme les autres”. Le Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira est, lui, pas comme les autres. L’aîné des festivals de musique a ouvert le bal, et tel un sage, on lui doit le respect. C’était il y a dix ans. C’était dans une ville qui somnolait, et dont on ne connaissait que le thuya et les perturbants alizés.

À l’époque, Timitar n’était pas. Mawazine et le Festival de Casablanca non plus. Le Festival Gnaoua et Musiques du monde entame sa seconde décennie, Essaouira est reconnue Mecque des amoureux de la musique ganwie (des milliers et non plus quelques illuminés), et le quotidien anglais The Guardian a sélectionné le Festival parmi les 12 meilleures destinations de l’année 2008. Que dire de plus si ce n’est que la onzième édition (du 26 au 29 juin) ne bouscule en rien les acquis des précédentes : les maâlems gnaouis (Mustapha Bakbou, Hamid El Kasri, Allal Soudani...) resteront les stars, la musique world sera dignement représentée, les rencontres musicales reprendront leurs quartiers, les remparts abriteront des lilas et la scène musicale marocaine aura sa place. Dix lieux de musique sont prévus cette année, et s’y produiront en vrac : le saxophone Wayne Shorter, le trompettiste libanais Amine Maalouf, les Palestiniens du Trio Joubrane, le guitariste Justin Adams, Kimany Marley (fils de l’autre), Bassekou Kouyaté, Toumani Diabaté. Nec plus ultra, le retour à Essaouira de l’Orchestre National de Barbès, fraîchement reconstitué.

Du 26 au 29 juin, à Essaouira.



Sortie. Fer de lance

Ingénieur surdoué, vendeur d’armes et séducteur milliardaire, Tony Stark est kidnappé en Afghanistan. Sous couvert de fabriquer une arme secrète pour ses ravisseurs, il se forge une armure high-tech avec laquelle il entend se reconvertir en justicier - à condition de l’apprivoiser. Parce qu’il laisse l’acier tremper dans une savoureuse dose de dérision, sans sacrifier le réalisme sur l’autel des effets spéciaux, le réalisateur Jon Favreau relève le défi qu’était cette énième adaptation d’un comic-book Marvel. Après Spiderman, les X-Men et Hulk, tous créés par Stan Lee, c’est Iron Man qui s’y colle sous - ou plutôt sur - les traits de Robert Downey Jr
(Zodiac, Kiss Kiss Bang Bang), super-convaincant en improbable super-héros, un peu déconcentré par la belle Gwyneth Paltrow (Shakespeare in love, La Famille Tenenbaum). Tout en confrontant des personnages soigneusement écrits, Iron Man a donc le mérite, surtout par les temps qui courent, de mêler légèreté et idéalisme. On y croit dur comme fer.

Iron Man, au mégarama.



Hip hop. Le prince de Bel Air

Seigneur autoproclamé depuis son premier maxi The Revival of Lord Ragga, sorti en septembre, le rappeur casablancais Lord Aminos, 21 ans, étudiant en journalisme dans une vie parallèle, récidive avec le cinq titres Casa on air. Seul interprète de ses premiers titres Renaissance, Soirée VIP ou encore Faya, Lord Aminos la joue cette fois R’n’B, en s’entourant de quatorze danseurs, dirigés par la chorégraphe Sandrine Rattier. C’est à El Jadida, le 17 mai (si tout va bien), que Lord Aminos et sa clique projetteront pour la première fois le clip de Party zanka, avant de tracer la route vers Sidi Bennour, Khouribga et Rabat.


Série. Fantastique Al Aoula

Voilà une série flambant neuve pour la SNRT : L’Etranger. Dans l’esprit, cela se situe entre Dune et Le Seigneur des anneaux, “mais pour la télévision marocaine” comme nous le précise Hicham Lasri, auteur de dix des trente-deux épisodes que comptera cette histoire épique mêlant chevaux, épées, magie et technologies. L’atelier d’écriture a été chapeauté par deux storytellers américains, dont Thomas Schlesinger, consultant sur le scénario de l’oscarisé Nowhere in Africa (2003). Une farandole de personnages évoluent dans cette traversée de mondes imaginaires : Leyle, un guerrier banni à cause d’un amour interdit, Yara, alter ego féminin, et l’inquiétant Niran lancé à leurs trousses… Le film, dont le tournage durera quelques six mois, est une idée de sa réalisatrice Layla Triqui (Chapelet, Sang d’encre). Et il se pourrait bien que son mari, l’acteur et producteur Mohamed Marouazi, se glisse dans la peau de Leyle.


Festival. Azemmour, acte II

Tous les amoureux de la musique ont rendez-vous à Azemmour du 29 au 31 mai, pour la deuxième édition de son “Printemps”. Renouant avec ce qui a fait le succès de l’an passé, la programmation sera éclectique : rap marocain, fusion, chaâbi, gnawa et musique électronique résonneront dans l’enceinte de la cité côtière. Vous retrouverez donc Bigg, Fnaïre, Fez city Clan, Casa Crew, Darga, Jbara, Gnawa storm, Daoudia et Mazagan. Petite nouveauté cette année, DJ Amine K et DJ Unes officieront en fins de soirée. Mais aux mélodies nationales se mêlera la richesse des musiques espagnoles, portugaises et cubaines. A noter parmi les invités étrangers, le groupe Maraca associant jazz et salsa et Louis Simao, chantre de la fusion de musique cubaine, de reggae et de funk. Et à la musique s’ajoute l’art contemporain. Au cours d’une balade dans la médina, vous pourrez découvrir les œuvres d’une vingtaine d’artistes plasticiens, ainsi que les productions des collégiens et lycéens d’Azemmour.


Arts plastiques. Un Marocain chez Christie’s

Hakim Ghazali est un garçon inattendu. Invisible au Maroc depuis une dizaine d’années, pendant lesquelles il posé ses bagages tantôt en France tantôt à Dubaï, Hakim n’a rien de l’artiste plasticien comme on peut l’imaginer. Parlant rarement de son travail, préférant la fête aux conversations de salon, il fait pourtant partie des jeunes plasticiens qui ont roulé leur bosse. Mieux encore, sa carrière vient de connaître un tournant fulgurant : une des ses toiles, intitulée Allah, a été adjugée le 30 avril dernier à Dubaï, lors d’une vente aux enchères estampillée Christie’s (la prestigieuse société londonienne de vente aux enchères). Et c’est un collectionneur anglais qui a déboursé la bagatelle de 75 000 dollars (quelque 600 000 dirhams) pour avoir un “Ghazali”. L’artiste, loin d’avoir les chevilles qui enflent, a déjà récolté de nombreux prix récompensant son travail de calligraphe, aux Emirats arabes unis, en Allemagne et en France. Une expo au Maroc ? ça se travaille, répond l’artiste.


Projection. L’amour tabou

Un homme, une femme et dix intenses minutes d’amour interdit. C’est ce que propose l’artiste plasticien Mounir Fatmi (nom qu’il écrit sans majuscules) dans Les Ciseaux. L’anticonformiste marocain a monté les scènes censurées du long-métrage Une minute de soleil en moins, de Nabil Ayouch, pour proposer à la fois une œuvre artistique et une réflexion sur la censure. Des scènes d’étreintes coupées à l’époque, en 2003, car jugées pornographiques. La création vidéo de Mounir Fatmi montre un couple partageant le plaisir comme une paire de ciseaux qui coupent. Réalisée la même année que la sortie du film, elle n’a toujours pas été projetée au Maroc. Mais elle le sera à l’auditorium du Louvre, le 18 mai.


Inattendu. Peace and love

Projeter simultanément les mêmes films aux quatre coins du monde? C'est l'ambition du Pangea Day, manifestation audiovisuelle pacifiste. La paix et la tolérance donc, clamées et réclamées le 10 mai par vingt-quatre courts métrages mêlant musiques et images, retransmis à Jérusalem, le Caire, Dharamsala, Londres, Kigali, Ramallah, Rio de Janeiro, New York… et Casablanca. Une initiative qui emprunte son nom, Pangea, à la terre d'il y a 250 millions d'années, sans continents ni délimitations géographiques. Les Casablancais pourront y assister à l'Institut français, et le reste du monde pourra la regarder à la télé et sur le Net. Les cinq heures de projection, de 17 à 22h, seront suivies d'un débat autour du thème de la soirée. Une manière originale d'encourager de nobles idées, telle que “l'union des peuples”.

Samedi 10 Mai à l'Institut Français à partir de 17h.



Photo. Les yeux d’Anaïs

“J’aime l’ambiguïté de l’image, cette infinitude qui nous convie à un voyage au centre d’émotions incertaines et fragiles. Je suis une pérégrine qui assoit son œil, le temps d’un cillement, sur l’imperceptible battement des choses”, ainsi parle Anaïs Wade (galeriste, conservatrice et photographe) de son travail et ainsi le lit celui qui le regarde. L’exposition de cette jeune artiste vivant à Los Angeles depuis trois ans est d’une fraîcheur telle qu’on en revient le cœur léger et des images flottant agréablement dans l’esprit. À Dar Chérifa, riad dont l’histoire remonte au XVIIème siècle, Anaïs Wade raconte les siennes propres, passe des formats intimes aux grands, puis repart à Los Angeles, laissant sa première emprunte à Marrakech. Vivement les prochaines.

À Dar Chérifa, Marrakech, jusqu’au 30 mai.




Humeur.
Happy birthday

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Une fois soufflées vos vingt-cinq bougies, vous souhaiter un joyeux anniversaire les années suivantes devrait être passible de poursuites judiciaires. C’est vous annoncer à intervalles réguliers votre approche à pas de géant vers la tombe. Comme revêtir le costume d’un chef de gare qui vous saluerait de son mouchoir blanc à chaque station. Il n’y a qu’une mère pour ne pas comprendre ça. Elle vous prend dans ses bras, sûre de son fait : vous sentez toujours le lait maternel sous les aisselles. Le déo-bille de votre copine y est pour beaucoup. Elle, s’en fout, vous sentirez toujours comme avant. C’est un peu pareil pour votre grande sœur. Elle vous a changé, lavé, pouponné. Et fait réviser vos maths. Définitivement coincé, à ses yeux, entre l’âge couche-culotte et le mystère abyssal d’une équation. Figé entre vos deux ans et vos douze ans. Ce n’est pas mieux du côté des ex. Il leur arrive d’envoyer un message, une fois l’an. Des poèmes pêchés au supermarché de la rime, sur google, mots-clés : “anniversaire+sms+gratuit”. Résultat de la recherche reçu par texto, cette semaine : “Les vagues de la mer, les étoiles du ciel, l’odeur des fleurs, les anges du paradis sont tous réunis pour te souhaiter un joyeux anniversaire”. Un message long comme une agonie. Adressé juste à vous et à des millions d’autres. Chacun fait avec, bon an mal an…



Muslim’s back
La retraite de celui que les Tangérois appellent le “king of rap” marocain n’aura pas été longue : Muslim, leader du groupe Zanka Flow, renoue avec son domaine de prédilection. Son prochain album est annoncé pour cet été et un single exclusif est déjà téléchargeable sur le site raptiviste.net.


Ibère espace
Guitare, percu, piano, et une voix chaude comme un été madrilène : sous un nom improvisé et éphémère, Barbara and the Dar El Baiders, rencontre entre une prof d’espagnol installée à Casa et cinq musiciens marocains (certains issus de Azul et Ganga Vibes), promet une belle soirée de rumba latine à l’Institut Cervantès, le 21 juin.


Abkari reste
La rumeur donnait Hicham Abkari démissionnaire de son poste de directeur du théâtre Mohammed VI. Contacté, l'intéressé dément catégoriquement : “Je me réunis régulièrement avec le maire Mohamed Sajid”. À l’ordre du jour, les préparatifs d’un hommage à Abdelkader Badaoui, prévu le 14 mai prochain.

 
 
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