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Sortie. Pasolini n'est pas mort
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Sortie. Pasolini n’est pas mort

Mohamed Bastaoui et Mohamed
Majd, les deux héros de
En attendant Pasolini.
(DR)

Le nouveau Daoud Aoulad Syad est l’un des meilleurs films distribués au Maroc en 2008, toutes nationalités confondues. Hommage.


Il ne faut pas croire la propagande de la télévision et des critiques au référentiel cinématographique proche du zéro : Ouarzazate n’est pas le “petit Hollywood”. Ah non ! Ouarzazate, les villages satellites de la région, c’est plutôt de l’ordre de cinéma Paradiso, le cinoche du pauvre dans une ambiance proche de la Sicile de l’après Mussolini. Ceux qui croient encore à Hollywood et au mythe de l’Americana près de chez
nous n’ont qu’à aller se recoucher, merci pour eux. Le rêve existe dans les têtes seulement, la réalité est faite de petits films, d’artistes de second rang, de comparses interchangeables et de machinos fatigués, de décors délabrés et de personnages plus pathétiques que la moyenne nationale.

Alors bonjour l’ambiance. Nous sommes dans une bourgade près de Ouarzazate. Thami, un des hommes forts du village, n’a rien oublié de ce qui s’était passé ici-même il y a 40 ans, quand Pier Paolo Pasolini, poète maudit, était venu tourner l’un de ses classiques : Oedipe roi. “Vous avez aimé Pasolini ? Eh bien il est revenu tourner un nouveau film chez nous !”, répète Thami autour de lui. Les villageois le croient sur parole. Pasolini est revenu. Du caïd local au gargotier, en passant par le fqih-mage, tous ces gens coupés du monde ont gardé le souvenir de “cet homme qui a fait tant de bien au village quand il y a tourné un film”. Alors tous se prennent à rêver puisque personne, en dehors de Thami, n’a jamais su que le pauvre Pier Paolo avait trouvé la mort (atroce) en 1975, déjà…

En attendant Pasolini, qui est le prolongement d’un documentaire de l’excellent Ali Essafi (Ourzazate movie, 2001), repose sur un malentendu, une manipulation, une supercherie. Ce qui est une posture très cinématographique. Le quota en émotions et en rires est garanti. Les deux ingrédients se chevauchent d’ailleurs dans de nombreuses situations : une femme enceinte et ses enfants en bas âge qui se présentent dans un casting où ils n’ont rien à faire, un fqih mourant qui convulse en rêvant d’Europe et de cinéma, un père de famille qui table sur Pasolini pour payer les fournitures scolaires de ses enfants, etc. À la fois drôle et touchant, le film distille au passage une réflexion assez fine sur des thèmes aussi peu familiers (dans le contexte marocain) que le cinéma, le pouvoir ou l’homosexualité. Parce que Pasolini, rappelons-le, en plus d’être poète, communiste et cinéaste iconoclaste, était un homosexuel affiché.

Avec tous ces ingrédients de base, le nouveau film de Daoud Aoulad Syad place tout de suite la barre haut. Le cinéaste s’appuie par ailleurs sur les ficelles qui ont fait le succès (d’estime) de ses premiers films : un scénariste de qualité (Youssef Fadel), un casting intelligent (les trois Mohamed, Majd, Bastaoui, et le revenant Habachi, tous les trois franchement épatants) qui fait la part belle aux comédiens amateurs, un sens aigu du cadrage et du plan-séquence contemplatif qui nous rappelle que la photo a été le premier métier du réalisateur. La mayonnaise prend et le cocktail est, par moments, jouissif. En attendant Pasolini appartient clairement à la veine des meilleurs films marocains.

Le mirage des tournages étrangers
“J’ai voulu rendre hommage au cinéma et à Pasolini, vrai amoureux du Maroc, qui n’a pas attendu le feu-vert des grands studios pour venir tourner ici”, nous explique Daoud Aoulad Syad. Pari tenu, l’hommage en est un. En attendant Pasolini possède même une “vertu” qui échappait aux premiers Aoulad Syad, pourtant tous très intéressants : le potentiel de plaire au grand public. Moins marginal que Bye bye souirti (Adieu forain), plus gai que Cheval de vent ou Tarfaya, le film, sans rien sacrifier du côté roots, ou désabusé, du cinéaste, est suffisamment nerveux pour accrocher le plus grand nombre. On peut y lire une violente charge contre les tournages étrangers estampillés “machines à rêves”, alors qu’ils correspondent, le plus souvent, à de petits budgets bidonnés par des seconds couteaux inconnus au bataillon. On peut y voir bien des thèmes de cinéma, ou de vie, tout à fait intéressants. Il est tout cela à la fois mais aussi, ne l’oublions pas, une comédie un peu loufoque, très drôle, avec de vrais moments de cinéma.

Conclusion ? Si vous habitez Casablanca, Rabat, Marrakech ou Tanger, faites un tour au cinéma à partir du 21 mai. Sans être nécessairement inconditionnel du cinéma de Pasolini.

 
 
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