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Festival. Droits sur image
N° 324
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Cerise Maréchaud

Festival. Droits sur image

Pas d'eau potable,
de Marina Galimberti.
(DR)

Balbutiant mais ambitieux, le premier Festival international du film sur les droits humains de Rabat, déjà reporté deux fois, se tient finalement du 15 au 20 mai, sans la moindre aide étatique. À encourager.


Une enseignante défiant les islamistes durant la guerre civile algérienne. Un jeune paraplégique chilien en quête d’un moyen de survie. Le calvaire silencieux de détenus politiques noirs en Mauritanie. Une multinationale qui envoie son “expert en civilité” contrôler les conditions de travail dans son usine délocalisée en Chine. L’agonie des
Massaï, société pastorale qui n'en finit plus d'être chassée de ses terres. Les rouages de la machine judiciaire brésilienne dans un tribunal de Rio. La lutte quotidienne pour l’impartialité d’une radio de paix en République démocratique du Congo. L’insurrection de mères-courage contre la guerre en Tchétchénie… D’une exaction à l'autre, d'une réalité à l'autre, un constat commun : sans souci de frontières, l’homme est toujours un loup pour l’homme. Mais c’est déjà rogner le territoire de sa propre barbarie que d’oser se la prendre en pleine figure. Jusqu’au mardi 20 mai, le premier Festival international du film sur les droits humains de Rabat est là pour vous (nous) y aider. De la marginalisation culturelle à la torture, des disparitions forcées à la liberté de la presse, de la corruption aux droits des enfants, de l’égalité homme-femme aux migrations, du désendettement à l’esclavage moderne… une soixantaine de documentaires, récents et reconnus, issus de vingt pays, regroupés en thématiques et suivis de débats et conférences, font la programmation de cet évènement balbutiant mais ambitieux. Jeudi 15, c’est le film Cautiverio, otages en Colombie, d’Alberto Munoz Moncayo, qui inaugurait sur l’écran du Théâtre Mohammed V ces cinq jours de manifeste audiovisuel, en présence du réalisateur et de Mélanie Bétancourt, fille de l’ancienne députée franco-colombienne otage des FARC depuis plus de six ans.

Honneur au Chili
Sur le papier, la liste des invités de “prestige” ne s’arrête pas là. Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation et auteur de L’Empire de la honte, est pressenti. Philippe Quéau et Ahmed Saïd Ould Bah, directeurs respectifs de l’Unesco et de l’Isesco au Maghreb, font partie – avec le réalisateur Hassan Benjelloun (La Chambre noire) - du jury présidé par Salah El Ouadie. On attend aussi Ferhat Mhenni, défenseur des droits de l’homme en Algérie, Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, la pasionaria guatémaltèque Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la paix en 1992, et Marcia Covarrubias, ambassadrice du Chili. Sorti en 1990 de dix-sept années d’une dictature dont il n’a pas fini de panser les plaies, le Chili est à l’honneur de cette édition pionnière avec quatre films, dont deux dédiés à des centres de détention et de torture (le Stade national, en plein cœur de Santiago, et la mine de nitrate de Chacabuco, dans le désert d’Atacama). Sont également annoncés Louise Arbour, Haut commissaire aux droits de l’homme, Yasmin Sooka, membre de la Commission vérité d’Afrique du Sud, la députée européenne Halima Boumadiene, Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale, et Paulo Sergio Pinheiro, rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Birmanie. Du personnel international “hautement qualifié”. Viendra, viendra pas ? “J’ai rencontré un cadre des Affaires étrangères qui m’a promis qu’ils allaient faire un effort pour les faire venir”, se rassure Omar Louzi, directeur du Festival. Mais à la veille de l’ouverture, il n’avait pas encore vu la couleur des billets d’avion. Ambitieux mais fauché, prestigieux mais quasi anonyme, le premier Festival du film sur les droits humains de Rabat se débat depuis plus de deux ans pour exister. Au prix de deux annulations de dernière minute.

Le “haut patronage”, sans les sous
Dès 2006, Omar Louzi, militant des droits de l’homme “par tradition familiale”, ose le pas en faisant un saut aux deux grands rendez-vous du genre. D'abord à Genève, qu’il connaît bien pour y travailler trois mois par an au sein du groupe de travail sur les droits des peuples autochtones de l’ONU. Puis à New York, où se tient une manifestation cinématographique dédiée aux droits humains. C’est Reed Brody en personne, le directeur de Human Rights Watch en Europe (et spécialiste de la traque de dictateurs) qui l’y invite pour s’en inspirer et accéder à un réseau. Restait à vérifier la “faisabilité” d’une grand-messe des droits de l’homme au Maroc. “J’ai envoyé un dossier au Palais royal, Abdelaziz Meziane Belfqih m’a rappelé en me confirmant le Haut patronage royal”, rapporte Omar Louzi. Une bénédiction qui ne sera cependant pas accompagnée de fonds. Ayant contacté les trois ministères qu’il estimait concernés (Justice, Culture et Communication), Omar Louzi assure avoir reçu, de la bouche des ministres de l'époque (feu Bouzoubaâ, Achaâri et Benabdellah) des “promesses de financement et de soutien logistique”, notamment la prise en charge des billets d’avion ou des nuitées d’hôtel, en “low cost” et en “deux étoiles”. “Notre budget ne dépassait pas les 400 000 DH, c’était un acte militant”, insiste Louzi, qui a dû par deux fois renoncer, à la dernière minute, à la tenue du Festival : d’abord en novembre 2006, puis en mars 2007. À l’époque, dans la presse, Omar Louzi dénonce une “interdiction déguisée”. Toutefois, si cette troisième tentative se fait à nouveau “sans un rond de l’Etat ni du CCDH” (“Il n’y a aucune frilosité mais l’Etat n’a pas vocation à soutenir tous les festivals”, estime Khalid Naciri), l'organisateur n’a pas plus reçu d’argent des dizaines d’ONG, festivals et fondations internationales. “Il faut qu’on fasse nos preuves avec nos petits moyens, lance l'homme, qui ne se laisse pas abattre. Cela me tient trop à cœur, car je le fais à la mémoire d’un ami”.

Le Maroc au programme
Un ami nommé Driss Benzekri, qu’un collègue de Omar Louzi, croisé dans les couloirs onusiens de Genève, aurait “comparé à Nelson Mandela”. Le mardi 20 mai, jour de clôture du Festival, cela fera un an que l’ancien opposant, puis président de l’Instance équité et réconciliation, a disparu. Un Grand prix en son nom sera d'ailleurs remis au terme de la manifestation.

Mais 2008, c’est aussi le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et la première année de mise en place par les Nations Unies de l’EPU, ou “examen périodique universel”, censé évaluer les Etats dans leur respect des droits humains. Premier tiré au sort : le Maroc, avec la Tunisie et l’Algérie. Alors, foi de Omar Louzi, même désargenté, c’est l’année ou jamais pour ce Festival d’exister. Le budget initial de 600 000 DH a été raboté du tiers, à 400 000, dont la moitié est assurée par des soutiens épars, souvent modiques, mais bienvenus. Même tardivement : “Hier, la CDG m’ont rappelé pour s’engager sur 20 000 DH, et Bank Al-Maghrib sur 15 000 DH”, rapporte Omar Louzi. Restent 200 000 DH à avancer. Pas de problème : l'homme contracte simplement un crédit !

Le jour même de l’ouverture du Festival, difficile d’anticiper sur son succès. Malgré les “5000 mails et 3000 invitations envoyés”, Omar Louzi est un peu déçu du faible écho médiatique sur sa préparation. Il n’en croit pas moins à sa crédibilité. Pour aucun des soixante films projetés (deux fois plus que pour l’édition annulée de 2006), il n’a eu besoin de “mendier” l'accord des réalisateurs. Parmi eux, nombreuses pointures déjà auréolées, comme Maria Ramos, Bruno Ulmer, David Albala, Eric Bergkraut, Yamina Bachir-Chouikh, Thomas Balmès ou Marina Galimberti. Et plusieurs films touchent le Maroc de très près : Vivre à Tazmamart, de Davy Zylberfajn, qui revient à travers cinq témoins sur dix-huit ans de détention secrète ; La Sécheresse au cœur, où Bernard Robert-Charrue filme Ali Sbaï, ancien petit berger du désert devenu physicien à Genève, retournant à ses racines ; Nezha la bonne, d’Anne Villacèque, sur l’exploitation d’une femme marocaine par des coopérants français à Marrakech, ou encore L’Innocence volée, enquête de Selma Mhaoud (Grand Angle, sur 2M) sur les différents visages de la pédophilie. Espérons donc que, malgré la tentation festive de Mawâzine, ce premier Festival du film des droits de l’homme saura trouver son spectateur et honorer la comparaison avec ses prédécesseurs. Rabat, debout bien droit à côté de Paris, Genève, et New York.



Omar Louzi. Une vie de militantisme

Il avait neuf ans quand son père, Haddou Louzi, a été condamné à mort par contumace pour sa participation au soulèvement populaire du Sud-est en 1973, avant de s’exiler en Algérie, en Libye puis en Italie. Un an plus tard, son oncle Bassou Louzi “meurt en taule”, au bagne d’Agdz, “la colonne vertébrale fracturée”. C’est ensuite sa famille entière qui est emprisonnée six mois et ses biens confisqués. Quelques années plus tard, Omar Louzi est étudiant à HEC de Lausanne (Suisse). Peu influencé par les séminaires de Milton Friedman, “l’économiste de Thatcher et Reagan”, il embarque des dizaines de camarades faire la cueillette du café au Nicaragua, à la place des hommes partis sur le front avec la guérilla sandiniste. Aujourd’hui, à 43 ans, l’ex-brigadier du café est consultant marketing free-lance, mais collabore trois mois par an au sein du groupe de travail sur les droits des peuples autochtones de l’ONU (missions auprès des Maoris de Nouvelle-Zélande et des Semis de Finlande). En parallèle, Omar Louzi est président de l’Observatoire international des droits des Imazighen, co-fondateur du Congrès mondial amazigh, à la tête du Mouvement de la jeunesse euro-méditerranéenne (organisatrice du Festival). Tout en planchant sur la création d’un parti écologique marocain.



Programme. Cris sur celluloïd

Samedi 17 mai
Salle 7ème Art

10h00. La Révolution ne sera pas télévisée, de Kim Bartley et Donnacha O’Brian.

Centre culturel Agdal
15h30. Massaï : Terre interdite, de Kristin Sellefyan.
- La Sécheresse du cœur, de Bernard Robert Charrue.
18h00. Pas d’eau potable !, de Marina Galimberti.

Dimanche 18 mai
Salle 7ème Art

10h00. L’Accord, de Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa.
- Je m’accroche aux racines car au-dessus le vent emporte tout, de Donia Mili.
- Israël / Hezbollah : L’Echange, de Patrice Barrat et Najat Rizk.
18h00. Justiça, de Maria Ramos.

Centre culturel Agdal
15h30. Honneur au Chili Memoria Desierta, de Niles Arallah.
Perspecplejia, de David Albala.
Stade National, de Carmen Luz Parot.
El Rey de San Gregorio, d'Alfonso Gazitúa Gaete.

Lundi 19 mai
Salle 7ème Art

10h00. Mondialisation, quelques maux que je sais d’elle, de Marina Galimberti.
A decent factory, de Thomas Balmès.
18h00. Casa-Marseille, inchallah et Welcome Europa, de Bruno Ulmer.

Centre culturel Agdal
18h00. Tindouf, récit de martyrisés, de Rabii Jawhari.
- Cautiverio, otages en Colombie, de Alberto Munos Moncayo.

Mardi 20 mai
Salle 7ème Art

10h00. Urgence au Darfour, d’Alain Chabod et Wissam Charaf.
- Makbarat Nissian, de Imane Fallah.
- Douleur et révolte, de Lucienne Lanaz.
18h00. Vivre à Tazmamart, de Davy Zylberfajn (film de clôture suivi de la remise du Grand Prix Benzekri).

Centre culturel Agdal
15h30. Chahinaz : quels droits pour les femmes ?, de Samia Chala et Patrice Barrat.
- Les Belles étrangères, de Dominique Rabourdin.

D’autres films sont projetés en séances matinales au Centre culturel Agdal. Mais à l’heure où nous mettions sous presse, le programme n’en était pas définitivement arrêté.

 
 
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