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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Bourse. La cagnotte des dividendes

Pour les sociétés de la cote
casablancaise, l’heure est à la distribution des bénéfices.
(TNIOUNI)

Les sociétés cotées rémunèrent de mieux en mieux leurs actionnaires. Cette année, un butin de 18 milliards de dirhams sera partagé par les investisseurs. Les clés de la répartition.


Les comptes clôturés, audités et publiés, pour les sociétés cotées sur la place casablancaise, l’heure est donc au partage des bénéfices engrangés. Et le cru 2008 des dividendes est plutôt relevé. Ce sont quelque 18,3 milliards de dirhams qui vont être distribués par une soixantaine d’entreprises cotées, soit 5 milliards de plus que l’année dernière. Pour l’explication, il suffit de scruter les résultats faramineux
dégagés par les valeurs du MASI. “C'est simple : les bénéfices sont passés de 20 à 27 milliards de dirhams entre 2006 et 2007”, explique un analyste. Toutefois, plus de gains n’est pas forcément synonyme de plus de dividendes. Car quand il s’agit de partager les bénéfices, chaque entreprise y va avec sa propre approche. “La politique de distribution de dividendes est cruciale pour une société cotée, explique un analyste. C’est un signal envoyé au marché, qui doit être en cohérence avec la capacité et les performances financières de l'entreprise, de ses programmes d’investissement et de sa volonté de rémunérer ses actionnaires”. C’est ainsi que l’on peut voir des sociétés, dont les résultats ont augmenté, garder le même niveau de dividende et inversement.

SNI-ONA dans le top 10
Dans l’ensemble, les sociétés de la cote casablancaise restent assez prudentes. La moitié des entreprises bénéficiaires, cette année, ont distribué moins de 50% de leurs bénéfices. D’ailleurs, 80% de la cagnotte globale (18 milliards de dirhams) est distribué par les dix plus grandes sociétés de la cote. Maroc Telecom, à elle seule, reverse plus de 8 milliards de dirhams à ses actionnaires, à raison de 9,2 dirhams par titre. “Evidemment, 53% de ce montant est rapatrié par Vivendi. Et en devises s'il vous plaît”, rappelle cet analyste. L'opérateur télécoms figure parmi les sociétés qui ont distribué plus que les bénéfices réalisés durant l’année. Mais ce n’est pas une nouveauté pour la filiale de Vivendi. L’année dernière, déjà, celle-ci a été jusqu'à puiser dans son capital pour rémunérer ses actionnaires. Il faut cependant avouer que la société peut se le permettre. Les derniers chiffres trimestriels de Maroc Telecom viennent encore de confirmer son statut de “filiale la plus rentable du groupe Vivendi”. L’opérateur a même tellement de cash qu’il vient de réactualiser un programme de rachat de ses propres actions : cela devrait lui coûter jusqu’à 4 milliards de dirhams.

Les actionnaires locaux ne sont pas en reste. Le groupe royal SNI - ONA en plus de quatre de leurs filiales figurent sur le top 10 des plus importants dividendes versés. Sonasid distribue à elle seule 1,7 milliard de dirhams, à raison de 155 dirhams par action, en plus d’un dividende ordinaire de 279 dirhams. En gros, Sonasid distribue deux fois plus d’argent qu’elle n’en a gagné, ce qui lui permet de prendre la tête des sociétés les plus rentables de la cote. Pourtant, la société a bien besoin de moyens financiers pour investir. “Avec l’explosion du BTP, la société vend tout ce qu’elle peut produire. Elle a donc bien besoin d’investir pour accompagner la croissance à deux chiffres de ce marché”.

Seulement, les dividendes exceptionnels restent monnaie courante dans la maison ONA. Aucune filiale n’a été épargnée par cette purge dans les réserves au cours des cinq dernières années. Et en 2008, on compte encore deux récidivistes parmi les filiales du holding : Cosumar, qui double les 40 dirhams de prime aux actionnaires, et Centrale Laitière, qui accorde un dirham exceptionnel contre 437 dirhams de dividende normal. Sans doute pour le fun…

Une rentabilité dérisoire
Mais ce n’est parce qu’on distribue des dividendes exceptionnels ou plus que ses bénéfices que l’on est forcément généreux avec ses actionnaires. Le critère qui compte est bien entendu le taux de rendement. Comprenez : le rapport entre ce dividende et le cours en Bourse. ONA, SNI et filiales (mis à part Sonasid et Cosumar) occupent d’ailleurs le milieu du tableau dans le classement des meilleurs taux de rentabilité. La SNI et l’ONA rémunèrent leurs actionnaires respectivement à 2 et 1,8%, soit un niveau bien inférieur au taux des bons du trésor à un an (3,45%). En haut du classement, on retrouve des petites capitalisations qui ne pèsent pas lourd sur le marché. Exemples : la petite Rebab rapporte à ses actionnaires 10%, suivie du courtier en assurances Agma, avec un niveau de rentabilité de 8%. “Vu son activité de simple courtier en assurances, il paraît tout à fait normal que l’ensemble des bénéfices d’Agma reviennent aux actionnaires”, explique un analyste. Mieux encore, les véritables stars de la cote, les immobilières CGI et Addoha, se retrouvent bonnes dernières du classement en termes de rentabilité avec respectivement 0,5% et 0,7%. Pourtant les deux sociétés ont bien mis la main à la poche : la filiale de CDG Développement a distribué près des trois-quarts de ses bénéfices, alors que le groupe de Sefrioui a budgétisé 425 millions de dirhams en dividendes (50% du résultat). “Cela est dû à l’explosion de leurs cours en Bourse, argumente notre analyste. Même les autres indicateurs boursiers (multiple du résultat et multiple des fonds propres) est particulièrement disproportionné chez ces deux sociétés par rapport au reste du marché”.

Ainsi, même un niveau de rentabilité 10 fois plus élevé paraîtrait dérisoire devant la performance des cours de ces deux sociétés qui ont atteint des sommets. C’est valable d’ailleurs pour l’ensemble de la cote : la rentabilité du dividende moyen sur le marché ne dépasse pas les 2,5%. Un niveau largement révélateur de la cherté actuelle de la Bourse de Casablanca. Un niveau qui justifierait bien cette sérieuse correction du marché que les professionnels voient déjà se profiler à l’horizon.



Rémunérations. Cash ou en titres ?

Deux sociétés de la cote ont choisi de payer les dividendes en nouvelles actions, technique qui a l’avantage d’éviter une sortie de cash pour les entreprises, tout en maintenant le principe de rémunération des actionnaires. Elle est surtout utilisée quand l’entreprise est en phase de recapitalisation. C’est le cas de la BMCI, qui a déjà introduit le mécanisme en 2007. Cette année encore, elle y recourt pour contribuer à une augmentation de capital de 1,5 milliard de dirhams. Le mécanisme ne devrait toutefois intéresser que les gros porteurs des titres de la BMCI : avec 20 dirhams de dividende par action, il faut disposer d’au moins 600 titres pour atteindre le niveau de cours de Bourse actuelle. Mais le paiement de dividendes en actions commence à faire des adeptes : la compagnie d’assurances Atlanta a ainsi donné à ses actionnaires la possibilité de convertir une partie du dividende (12,5 dirhams sur 42,5) en titres.



Top 5
Les chèques à encaisser
(en dirhams)

Anas Sefrioui
263 millions

Il contrôle à lui seul 62% du capital d’Addoha, 3ème capitalisation boursière de la place. Mais surtout une société qui verse désormais la moitié de ses bénéfices, dépassant les 840 millions de dirhams.


Mohammed VI
244 millions

Le holding Siger/Ergis appartenant à la famille royale détient directement 60% de la SNI et 5% de l’ONA. Les deux conglomérats stars de la cote ont distribué le tiers de leur résultat.


Othman Benjelloun
176 millions

Via son groupe Finance.Com et RMA Watanya, il détient 37% du capital de la BMCE Bank. La banque qui distribue cette année 476 millions de dirhams en dividendes.


Mohamed Bensaleh
108 millions

La plus importante participation boursière du groupe Holmarcom est la compagnie d’Assurances Atlanta dont il détient près de 43%. Une compagnie qui vaut aujourd’hui 7,8 milliards de dirhams sur la cote.


Aziz Akhannonch
68 millions

À travers Afriquia Gaz (30%) et Maghreb Oxygène (62,9%), l’actuel ministre de l’Agriculture reste aussi l'un des plus gros revenus de la cote. Il est talonné par Miloud Chaabi qui, via SNEP (65%), devrait encaisser 48 millions de dirhams.

 
 
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