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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Déjà, la rumeur…

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

Déjà, on donne Abbas El Fassi partant. Ça ne fait jamais que 6 mois qu’il est là, mais ça ne choque personne…


On a beau savoir que les rumeurs de remaniement ministériel sont récurrentes, il n'aura pas fallu longtemps au gouvernement Abbas El Fassi pour en être victime. A peine 6 mois ! Une “liste” circule ainsi avec insistance, depuis une semaine. Elle donne Fouad Ali El Himma Premier ministre, Saâd Eddine El Othmani ministre de la Santé (si !), Salah El Ouadie ministre de la Culture, et Mohand Laenser, ministre d'Etat sans portefeuille (comme s'il en fallait nécessairement un à chaque gouvernement).

Les rumeurs valent ce qu’elles valent, et celle-là, à dire vrai, ne tient pas du tout la route. Certes, il ne faut jamais sous-estimer la capacité du Makhzen à prendre tout le monde à contre-pied, mais tout de même. “L'ami du roi” est en plein effort de construction de son “parti démocrate”, et ce n'est pas demain la veille qu'il pactisera avec le PJD, son ennemi intime, pour former une coalition. Du moins, si Mohammed VI continue à tenir au respect de la “méthodologie démocratique” - et rien n'indique que le roi veuille l'abandonner si tôt. C'est cette fameuse méthodologie qui avait fait accéder Abbas à la primature, et franchement, c'était à se demander si dans ces conditions, la démocratie était vraiment ce qu'il fallait au Maroc.

Car les raisons qui motivent la rumeur de remaniement sont tout sauf nouvelles - et toutes tiennent à la personnalité de Abbas El Fassi plutôt qu'à son (in)action. Que le chef de l'Istiqlal soit malade, très facilement irritable et physiquement incapable de soutenir le rythme de son prédécesseur Driss Jettou, on le savait depuis le début. Qu'il ne comprenne pas grand-chose aux visions portées par les ministres “technocrates” de son gouvernement (qu'ils soient labellisés “souveraineté”, ou qu'ils se déguisent sous les couleurs de l'un ou l'autre des partis), cela n'a étonné personne. Que la plupart de ses ministres échappent à sa supervision, on l'avait compris dès leur nomination - laquelle ne devait quasiment rien à Abbas, et quasiment tout au tandem de conseillers royaux Belfqih-Moâtassim…

On avait fini par se faire à l'idée que le Premier ministre remplissait une fonction protocolaire, et à ne plus trop faire attention à lui. Mais est-il vraiment raisonnable de se faire à cette idée ? Il y a tout de même un minimum d'apparences à préserver. Un Premier ministre est censé être un chef d'équipe. A défaut d'impulser un cap (notre système monarchique ne laisse guère cette latitude à ses chefs de gouvernement, fussent-ils compétents et appréciés comme l'était Jettou), on attend de lui, au minimum, qu'il cadre l'action de son équipe, qu'il réponde de sa cohérence. Las. Pour toutes les questions pointues, on est réorienté, quand on s'adresse à la primature, vers Nizar Baraka, ministre des “Affaires générales” (jamais ce titre n'a été aussi justifié), et gendre de Si Abbas. Baraka est sans doute compétent, mais il n'a pas l'envergure, ni la légitimité pour jouer le rôle de Premier ministre de substitution. Tant qu'à avoir un Premier ministre “de l’ombre” issu de l'Istiqlal, autant que cela se fasse dans la lumière, et que le poste revienne à un des ministres du parti (Hejira, Ghellab, etc.) qui ont fait leurs preuves depuis 2002.

La rumeur, toujours elle, motive le remaniement potentiel par l'échec de Abbas El Fassi à gérer les négociations avec les syndicats, en cette période socialement troublée par la hausse générale des prix. Ce n'est jamais que la première épreuve que Abbas a eu à traverser. Demain, la rumeur s'assourdira, faute de s'être vue confirmée. On attendra alors le prochain “test” du Premier ministre (et sans doute son prochain échec) pour la relancer. Avant qu'elle ne s'assourdisse à nouveau, en attente du test (et de l'échec) suivant… Jusqu'à quand ? La “méthodologie démocratique” est une belle excuse pour nous infliger Si Abbas, mais elle ne pourra pas tenir indéfiniment. Pas 5 ans, en tout cas. Il ne reste plus qu'à attendre.

 
 
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