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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“J’ai toujours besoin de mon père”

Asmaa Chaabi,
Maire d’Essaouira
(DR)

Antécédents

1962. Naissance à Rabat.
1985. Diplômée du London Polytechnic.
1989. Naissance de sa première fille.
1991. Dirige une école comprenant des classes pour élèves aux besoins spécifiques.
1998. Désignée vice-présidente d’Ynna Holding.
2003. Est élue maire d’Essaouira.
2005. Est élue au bureau politique du PPS.

Smyet Bak ?
Miloud Chaabi.

Smyet Mok ?
Mama bent Abderrahman.

Nimirou d’la carte ?
G138460.

Vous êtes la seule femme maire au Maroc. Vous ne vous sentez pas un peu seule ?
Pas vraiment. Je travaille avec beaucoup de femmes, on est solidaires entre nous, car on doit composer avec des réflexes machistes. Un jour, alors que je revenais de voyage, un douanier m'a lancé : “Dites madame, c’est bien votre mari qui est maire ?”. J’ai simplement répondu : “Oui monsieur, si vous le dites”.

Qu’est-ce qu’une Rbatie de Souissi comme vous fait à Essaouira ?
Je voulais retourner à mes origines. J’appartiens à cette région et je suis berbère d’origine.

Tssent tachelhit ?
Un peu. Je sais dire “je veux de l’eau”, “je veux du pain” (Rires).

C’est déjà ça, pour ne pas mourir de faim ou de soif…
Oui, mais j’aurais aimé mieux parler cette langue.

Vous êtes membre du PPS. Ce n’est pas un peu étrange, une milliardaire chez les cocos ?
Aux dernières nouvelles, le PPS s’est converti au socialisme…

Vous venez de participer à un forum international qui promeut le leadership des femmes dans tous les continents. Sur quelle base on vous a choisie ?
Je suis une pionnière au Maroc. J’ai réussi à m’imposer dans une grande ville. Au forum, j’ai été invitée à composer une liste de femmes marocaines, leaders dans leur secteur, pour la prochaine session qui aura lieu à Pittsburg, aux Etats-Unis.

En 2004, il paraît que vous vous êtes incrustée à la cérémonie de la beïa. Qu’est-ce qui vous a prise ?
C’est simple, je tenais à être présente en tant qu’élue. Quand je m’en suis ouverte au gouverneur, il m’a répondu : "On ne vous a pas trouvé de chaise". Je n’ai pas lâché prise et il m’a proposé une place dans la tribune, avec les ambassadeurs. J’ai refusé, arguant que je voulais être avec mes pairs. J’ai fini par obtenir gain de cause. J’étais au milieu des hommes, je les aidais à arranger leur burnous (Rires).

Vous êtes installée à Essaouira, ou c’est juste pour les vacances ?
J’y suis souvent. Je ne connais pas de maires qui sont dans leurs villes au quotidien.

Ça ne vous embête pas qu'André Azoulay et Neïla Tazi vous volent la vedette pendant le Festival Gnaoua ?
Pourquoi ça m’embêterait ? Le Festival Gnaoua appartient à tout le monde, aux visiteurs comme aux habitants d’Essaouira.

Votre père était maire d’Essaouira. Vous avez hérité du poste ?
Du tout. J’ai décidé de mon propre chef de me présenter. Depuis mon jeune âge, j’ai vu mon père faire de la politique. Mon fils, qui a dix ans à peine, me pose déjà des questions sur les élections… Cela dit, il est clair qu’on a toujours besoin de son père.

Oui, surtout quand il est milliardaire…
Ce n’est pas une question de milliards. Il est évident que nous étions des privilégiés. On aurait pu être des enfants pourris, gâtés, mais ça n’a pas été le cas. Mon père nous a élevés à la dure.

Fille unique, vous étiez la chouchoute de Haj Miloud ?
Mes parents m’ont appris qu’il fallait mériter ce qu’on avait. Eux sont nés pauvres et je garde toujours ça en tête. D’ailleurs, après mes études, je n’ai pas voulu travailler dans le groupe familial, j’ai d’abord fait mes preuves ailleurs.

Vous avez fait vos études à l’étranger. Vous avez dû négocier dur pour qu’on vous laisse quitter le pays ?
Oui, ce n’était pas prévu au programme, on m’avait certainement prévu un heureux mariage. Mais j’ai réussi à convaincre mes parents. Ils n’étaient pas rigides. Mon père était plutôt strict quand nous étions au Maroc, mais quand on voyageait à l’étranger, il m’emmenait danser en discothèque. Je fais la même chose avec ma fille.
Comment votre mari vit-il votre célébrité ?
Très bien. Il est fier de moi. Vous savez, il n’est pas étranger à mon élection. Il me répétait souvent que le Maroc a besoin de femmes comme moi. C’est une chance pour moi de l’avoir à mes côtés.

Depuis un moment, vous avez une coupe à la garçonne. Vous comptez la garder éternellement ?
Je ne sais pas. Je porte les cheveux courts depuis 1992. Je voulais changer de tête et je pense que ça me va bien (Rires).

Vous avez toujours les cheveux brillants. Vous devez vous ruiner en gel…
Du tout, c'est mauvais pour les cheveux (Rires).

 
 
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