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Par Youssef Zeghari
Société. Les voix sans visage
Leurs cordes vocales font le bonheur des opérateurs télécoms et autres messages d'accueil. Rencontre avec ces illustres inconnues dont les voix familières font partie de notre quotidien.
Je veux juste savoir qui est cette femme qui me parle dans la boîte bocale, s'interrogeait Baba Yahya, le personnage de Gad El Maleh dans son one man show La vie normale. La réponse à cette question existentielle, il faut la chercher dans les studios d'enregistrement spécialisés, qui vendent à leur clientèle des voix professionnelles à apposer sur les messages téléphoniques et autres spots publicitaires. |
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Nous proposons à nos clients d'assister à des castings ou d'écouter des échantillons de voix pour faire leur choix, indique Jérôme Boukhobza, patron du studio d'enregistrement Plug'n'Play, spécialisé dans les voix off.
Des voix à vendre
C'est en effet au sein de ces structures que prennent forme ces voix devenues si familières, que nous rencontrons quotidiennement au bout du fil ou le temps d'une annonce publicitaire. Et pour dénicher ces timbres d'exception, il n'y a pas véritablement de méthode : les studios se contentent de tâtonner, comptant le plus souvent sur le hasard.
C'est d'ailleurs lors d'une simple séance pédagogique d'enregistrement, organisée par l'école des Beaux-Arts de Casablanca en 1998, qu'ont été repérées deux étudiantes en graphisme qui sont devenues les voix de Méditel et de Wana. Âgées de 35 ans, elles ne souhaitent pas lever le voile sur leur identité, mais racontent volontiers leur parcours. J'ai simplement fait des essais, et un studio m'a recontacté quelques semaines plus tard, se souvient l'une d'elles. J'ai finalement été recrutée pour être la voix de Méditel, deux ans avant le lancement de l'opérateur. De son côté, Roaa, nom de scène de la voix de Maroc Telecom, travaillait dans le tourisme et rêvait de devenir chanteuse. Je devais enregistrer une chanson lorsqu'un ami, qui travaillait dans le secteur, m'a proposé de faire des essais pour un spot publicitaire, raconte-t-elle, l'essai a été concluant et, depuis, j'en ai fait ma profession. Une profession qui ne serait pas de tout repos. C'est un métier assez difficile. Imaginez l'effort que demande l'enregistrement d'une centaine de numéros de téléphone avec la même intonation !, s'exclame la "voix de Méditel". Du coup, pour préserver leur gagne-pain, ces speakerines d'un genre particulier enchaînent les séances de diction et d'orthophonie, et veillent à ménager leurs cordes vocales. Je dois protéger mon organe. D'ailleurs, je cherche à l'assurer, renchérit Roaa.
Car le métier est plutôt rémunérateur, avec des cachets oscillant entre 3000 et 6000 dirhams par prestation. Cela dépend si la personne est bilingue ou non, explique Jérôme Boukhobza. Les clients insistent pour avoir la même voix sur les versions arabe et française, voire anglaise. La facture grimpe davantage lorsque l'annonceur désire garder l'exclusivité d'une voix, avec des contrats qui peuvent culminer à quelque 100 000 dirhams ! C'est notamment le cas des opérateurs télécoms, qui se réservent les mêmes cordes vocales pour leurs différents services, comme la messagerie téléphonique.
Une voie artistique
Mais le plus souvent, les messages d'accueil et autre voix-off ne sont qu'un tremplin vers une véritable carrière artistique. Nous sommes des comédiennes à part entière. Nous apprenons nos textes, nous devons nous les approprier et jouer le rôle attendu par les clients, explique la voix de Wana, qui ambitionne, un jour, de passer au doublage de grosses productions hollywoodiennes. J'ai toujours rêvé de doubler Angelina Jolie, ajoute-t-elle, avec un sourire. En attendant, ses cordes vocales lui ont ouvert les portes de la radio, puisqu'elle anime aujourd'hui une émission sur une station de la place.
Idem pour son ancienne camarade de classe, qui délaisse aujourd'hui la scène publicitaire pour se consacrer à la radio et à la voix off pour des reportages télé. Je ne travaille plus que pour Méditel. La télé et la radio me prennent aujourd'hui tout mon temps, justifie-t-elle.
Roaa, elle, a poussé encore plus loin la logique de "diversification", puisqu'elle s'est reconvertie à la rédaction et à la conception de films publicitaires. Elle ne souhaite pas pour autant quitter son job de voix professionnelle. J'ai toujours cette poussée d'adrénaline lorsque je me reconnais sur une annonce, reconnaît-elle. Et c'est toujours amusant de voir des gens se retourner avec une impression de déjà entendu". |
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