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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nina Hubinet,
Correspondante en France

France. Zizanie au Conseil musulman

Fouad Alaoui (g.) et Dalil Boubakeur
s’affrontent pour la présidence
du CFCM.
(AFP)

La lutte d'influence au sein du Conseil national du culte musulman provoque une nouvelle crise institutionnelle en France. Le Conseil y survivra-t-il ?


Le Conseil français du culte musulman (CFCM) affronte une nouvelle tempête. À la veille des élections qui doivent renouveler son conseil exécutif, début juin, son actuel président, Dalil Boubakeur, a provoqué une crise en annonçant que la Fédération nationale de la Grande mosquée de Paris (FNGMP), qu'il dirige, ne participerait pas au scrutin. Certes, aucune des deux élections du CFCM (en 2003 et en 2005) ne
s'est déroulée dans la sérénité. Mais cette fois, l'institution censée représenter les musulmans de France joue peut-être sa survie. La défection de la FNGMP, la troisième plus importante formation du CFCM, risque de remettre en cause la légitimité de l'instance en tant qu'interlocuteur des autorités sur les questions de culte (construction de mosquées, formation des imams, gestion des carrés musulmans dans les cimetières, dates du ramadan et des fêtes…).

Pour justifier cette décision, Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, a dénoncé les “critères de représentativité iniques” du CFCM, “qui ne reflètent en rien la sociologie de l'islam”, et qui ne prennent pas en compte l'affluence des fidèles, la régularité des cultes ou la qualification des imams. Les 43 membres du conseil du CFCM sont en effet désignés par des délégués représentant l'ensemble des lieux de culte, chacune des mosquées ayant un nombre de délégués proportionnel à sa superficie (1000 m2 donnent droit à un délégué). Or, selon Boubakeur, ce mode de désignation privilégie “des lieux de culte récemment édifiés, en périphérie urbaine voire dans les campagnes, qui ont des surfaces importantes”, au détriment de ceux anciennement implantés. “Même s'il n'y a que 50 ou 60 personnes dans ces 1000 m2 à la prière du vendredi, on a le même nombre de délégués”, s'indigne une source proche de la direction de la FNGMP. Soit. Mais pourquoi revenir aujourd'hui sur des critères définis depuis cinq ans ? En réalité, la FNGMP s'y est opposée dès 2003. “Mais nous avons joué le jeu, pour donner une visibilité institutionnelle au CFCM. Et nous avons accepté ce mode de représentation en échange de la présidence”, clarifie ce membre de la Fédération.

Guéguerre entre Maghrébins
Depuis sa création, l'institution voulue par Jean-Pierre Chevènement et mise sur pied par Nicolas Sarkozy (alors ministre de l'Intérieur) a du mal à trouver sa voie. Car au-delà du problème de représentativité, le CFCM est en proie à une lutte d'influence entre musulmans d'origines algérienne et marocaine. Lors des élections de 2005, les “Marocains” l'avaient largement emporté : l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), soutenues par Rabat, ont totalisé 29 des 43 sièges du conseil. Le Rassemblement des musulmans de France (RMF), issu d'une scission, a ensuite remplacé la FNMF.

De son côté, la Fédération nationale de la Grande mosquée de Paris ne possède que 10 sièges, et ses alliés turcs (Comité de coordination des musulmans turcs de France) et africains, avec deux ou trois sièges, ne lui permettent pas de “peser dans le conseil”. En changeant les modes de désignation, la FNGMP espère ainsi rééquilibrer le rapport de forces.

Le conflit entre Maghrébins se double d'une opposition entre deux tendances : d'un côté la mosquée de Paris, qui conserve son image d'autorité morale modérée de l'islam de France, et de l'autre, le RMF et l'UOIF, plus traditionalistes. Selon une journaliste algérienne, l'avantage des formations soutenues par le Maroc vient de “leur meilleure implantation sur le terrain, grâce à un réseau bien organisé d'aide sociale dans les quartiers défavorisés”. Le vice-président de l'UOIF, Fouad Alaoui, qui vise la présidence du CFCM, a d'ailleurs clairement affiché ses ambitions lors de la rencontre annuelle de l'organisation, le week-end dernier au Bourget : “Le moment du changement est arrivé, nous rompons avec un consensus qui régnait depuis 2003”, a-t-il déclaré. Les frères ennemis semblent donc en ordre de bataille. Les problèmes rencontrés par les musulmans de France dans leur pratique religieuse attendront…

 
 
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