Guantanamo. Y a-t-il une vie après l'enfer ?
Abdelouahed Radi : "Je suis un ministre de souveraineté"
Internet. La tribu des hackers
Reportage. Allah, Al Kora, Al Malik
Foot. L'écurie de Sa Majesté
Société. Les voix sans visage
Othman Mellouk : "Les Marocains n'aiment pas le preservatifé
Liban. Le retour du chaos
France. Zizanie au Conseil musulman
Bourse. La cagnotte des dividendes
Musique. Les MMA en coulisses
Sortie. Pasolini n'est pas mort
Festival. Droits sur image
N° 324
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Dalila Ennadre, sur le tournage
de Morts en vie(s).
(DR)

Documentaire. À la vie, à la mort


Las de devoir produire ses films “à la sauvage” et face à la rareté croissante des soutiens, Dalila Ennadre souffle un peu : elle vient de recevoir une bourse de la Fondation pour l’art et la culture arabes, basée à Amman, en Jordanie. De quoi finir de monter son dernier documentaire, suite humainement logique d’une longue série reconnue. Moi, Fadma (titre provisoire), c’est le portrait d’une septuagénaire, jadis envoyée satisfaire les goumiers dans les bordels de campements militaires indochinois. “Le sexe était une arme coloniale”, rappelle la
réalisatrice, dont l’héroïne “a toujours revendiqué qu’on reconnaisse sa participation à l’effort de guerre, comme les anciens combattants”. La prolifique cinéaste couve déjà un nouveau film. Dans Morts en vie(s), dont une partie des plans est déjà tournée, Dalila Ennadre plonge son regard dans le cimetière juif de Casa, aux abords de la médina. Un lieu silencieux mais mille fois témoin, accueillant tant les victimes d’une épidémie de typhus que des soldats “morts pour la France” ou des héros de la Résistance. À travers les regards du vieux gardien, qui s’est vu confier une boutique d’olives par son prédécesseur parti en Israël, d’un fossoyeur avec son fils, que “les morts aident à vivre”, et de deux petits vieux en manque de cette vie d’autrefois qui s’organisait “ensemble”, la réalisatrice souligne l’intangible : on est tous pareils. “La mort est très démocratique, elle ne souffre ni de frontière, ni de religion”. Bien dit.


Sortie. Le chaos selon Chahine

Le Chaos, dernier film de Youssef Chahine (co-réalisé avec Khaled Youssef), vient s’ajouter à la filmographie riche et engagée du réalisateur égyptien. Un personnage semble incarner à lui tout seul le chaos et l’absence de normes évoqués dans ce film : le policier Hatem (interprété par l’excellent Khaled Saleh). Un petit tyran dont le cynisme et la cruauté n’ont pas de limite. Son uniforme lui donne un sentiment de surpuissance et d’impunité. Il rackette les commerçants de son “fief”, humilie et torture les détenus entre deux courbettes à ses chefs. Il ne semble retrouver sa part humaine que lorsqu’il se retrouve la nuit, face au portrait volé de Nour (Mouna Chalaby), son objet d’amour et de dépit, qui se refuse à lui. Ce “Foutouwa” des temps modernes se heurte à Charif (Youssef El Chérif), un jeune procureur intègre et soucieux d’appliquer la loi et de rétablir l’équité. Ces deux figures relaient à l’écran la réputation de deux corps de l’Etat égyptien : la police égyptienne, empêtrée dans des scandales successifs de torture et de répression brutale de l’opposition, et la magistrature, qui se bat pour préserver son indépendance et mériter le respect dont elle jouit dans le pays de Moubarak.

Au 7ème Art le 17 et à l’IF de Rabat le 18.



Cinéma. Enfants terribles

Après ses périples sur la route (Le Grand voyage) et dans les airs en tant que scénariste (L’Avion), Ismaïl Ferroukhi voyage dans le temps. Avec Isild Le Besco ou encore Yann Le Gal, il est l’un des sept réalisateurs ayant co-signé Enfances, sorti en France le 14 mai. Chacun des sept a eu la liberté d’explorer une anecdote tirée des jeunes années d’un grand cinéaste (Fritz Lang, Orson Welles, Jacques Tati, Alfred Hitchcock, Ingmar Bergman et Jean Renoir), décisive dans son univers créatif. Ferroukhi a choisi de filmer un pan de l’enfance de Renoir. Lors d’un été à la campagne, Renoir enfant se lie d’amitié avec un jeune braconnier…


Musique. Chellah Jazz

Rabat abritera pour la 13ème fois le festival Jazz au Chellah : du 12 au 16 juin prochain, dix formations musicales se succéderont sur la scène installée entre les murailles historiques de la capitale. Comme à son habitude, l’événement mêlera jazz européen et musiques marocaines, fusions créées pour le “dialogue entre l’Europe et le Maroc”. Le guitariste belge Philip Catherine ouvrira le bal, suivi de la voix mystique du soufi Dhafer Youssef et des mélodies de Wolfgang Muthspiel. Les Hollandais State Of Monc joueront leur Nu-Jazz après la prestation des Pink Freud, qui présenteront leur “Trance-jazz-dance”. Florian Nicolesu et son violon seront aussi de la partie, sans parler de Lansiné Kouyaté, David Neerman, Hassan Boussou, Ahmed Cherkani, Giorgos Kontrafouris et bien d’autres. Du métissage, encore et toujours, avec le trio Majid Bekkas, habitué de Chellah, aux côtés du pianiste virtuose Joachim Kühn et du batteur d’exception Ramon Lopez. De quoi voyager le temps d’un festival.


jazzauchellah.com
Du 12 au 16 Juin à Chellah, Rabat.


Festival. L’écologie à l’honneur

L’écologie et le développement durable tiennent aussi leur festival. “Le premier en Afrique”, clame fièrement “Pour un Maroc vert”, l’association organisatrice. Et pour l’événement, celle-ci a mis les petits plats dans les grands. Rendez-vous pris pour trois jours au cœur du parc national du Toubkal, aux abords de Marrakech, où amoureux de mère nature et défenseurs de l’environnement échangeront sacs en papier recyclé et solutions pour une maison en matériaux écologiques. L’occasion de découvrir les actions d’associations, d’ONG et d’entreprises, et de sensibiliser le public sur de nombreux thèmes : les énergies renouvelables, la gestion de l’eau, la désertification ou le tourisme solidaire. Au programme, des conférences, des débats, des ateliers, des projections de documentaires et une foire biologique. Et, festival oblige, à la tombée de la nuit, la musique envahira le bivouac. Voilà un festival qui joint l’utile à l’agréable.

Du 29 mai au 1er juin.
Pass à 20 dh la journée.



Arts plastiques. Eternel Cherkaoui

Ahmed Cherkaoui en bref : il a commencé par réaliser affiches, panneaux publicitaires et enseignes, avant de rallier Paris, à l’Ecole des Métiers d’Art pour s’intéresser aux arts graphiques. Il a travaillé ensuite sur les tatouages, les jeux de tapisserie, les motifs artisanaux, autant de formes qu’il appelait “les signes de ma mère”. Dès 1962, il entame une série d’expositions à Paris comme au Maroc, qui le consacrent vite comme l’un des espoirs de la peinture moderne internationale. En 1964, une quête spirituelle se lit sur ses toiles, dont Noé, la Prière, Mont des Oliviers ou Signe du Ciel. En 1967, il entame un travail d’illustration du diwan d’Al Hallaj et envisage de rentrer s’installer au Maroc. La même année, il décède prématurément, laissant derrière lui une œuvre marquant la naissance de la peinture contemporaine moderne marocaine. À (re)découvrir.

À la galerie Delacroix, à tanger, jusqu’au 28 juin.



Prix. Inspiraction

Le temps d’un soir, elle a troqué sa tenue de chantier pour un caftan scintillant. Le 6 mai à Washington, Salima Naji a été sacrée l’une des dix Inspiring Women de la Mosaic Foundation, animée par les ambassadrices et femmes d’ambassadeur d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. En présence de mesdames Laura Bush et Condoleezza Rice, l’architecte a rappelé qu’il “faut recréer une confiance culturelle au Maroc pour permettre à la population d’intégrer la mondialisation avec fierté et créativité, car une jeune génération coupée de son contexte culturel cherche des modèles extérieurs à copier, niant son identité”. C’est via la Mosaic Foundation qu’un programme de télémédecine a été mis en place en 2006, entre le Children Hospital de District of Columbia et ceux de Rabat, Casa et Marrakech.


Tout neuf. Un Lion à Mers Sultan

Le collectif artistique La Source du Lion n’a pas lâché le morceau : Hassan Darsi et son team voulaient depuis un bon bout de temps un atelier de création à Casablanca, et ils ont fini par l’avoir. Financé par les moyens propres du collectif (soutenu par des mécènes), l’atelier sis au 113, boulevard Mers Sultan, ouvrira ses portes le 20 juin prochain. Le collectif affiche ses ambitions pour cet espace : plate-forme de rencontres, d’échanges et de recherches artistiques et atelier de travail qui accueillera et les artistes en résidence et leurs travaux. Le collectif inaugurera le lieu par une présentation du projet “Le Lion se meurt” (publication, costumes…) et lancera en même temps un nouveau projet intitulé “Le Square vu d’en bas”, qui impliquera dans un premier temps des architectes de Casablanca.


Exposition. La guerre en textes et photos

Guernica. Le tableau de Picasso est souvent la première image qui surgit à l’évocation de la guerre civile espagnole. Pour en savoir plus sur le conflit, direction l’Institut Cervantès à Casablanca. Une exposition retrace actuellement les trois années qui ont ravagé l’Espagne de 1936 à 1939, au travers des chroniques publiées par la presse internationale à l’époque. Plusieurs centaines de correspondants, du The New York Times à la Pravda, ont couvert les champs de bataille. En une vingtaine de sujets, on reconstitue les deux fronts, nationalistes contre républicains, et les événements qui ont amenés à la victoire du général Franco. Un voyage dans le temps en compagnie d’Ernest Hemingway, George Orwell ou Antoine de Saint-Exupéry, correspondants de guerre.

Jusqu’au 25 mai, à l’institut Cervantès, Casablanca.




Humeur.
Collision

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Samedi après midi. Autoroute Casablanca-Rabat. Extérieur jour : entre chien et loup. Une voiture a pris feu, provoquant un bouchon. Les pompiers arrivent dans l’urgence. Dans la précipitation, ils ont oublié les extincteurs. Un petit signe de sous-développement anodin comparé à l’attroupement provoqué par l’incendie de cette Fiat Palio. Explosera ? N’explosera pas ? Le suspense est intenable pour le troupeau de paysans attroupés sur le bord de l’autoroute. Malgré l’asphalte environnant, les grosses cylindrées, c’est la campagne. Les loisirs y sont rares, les autochtones s’occupent comme ils peuvent. Là, il y a mort d’homme possible, une famille peut partir en flamme en quelques secondes. Un condensé de vie qui vous fait oublier la mort à petit feu qui vous tue en zone périurbaine et reste de champ boueux, entre ciel gris d’usine et pâquerettes au raz du bitume. Nulle part, là où il ne se passe jamais rien, enfin, on tient une anecdote morbide à se raconter au coin du feu, dans ces contrées où le malheur des autres aide à tuer le temps. Sans influence sur le scénario du film, simple comparse à l’instar de la vache esseulée laissée à l’étable qui regarde passer les trains. Qu’est ce qui vous différence d’un bovidé, ici ? Un simple détail dans les infrastructures “stucturantes” qui vous traversent sans vous toucher. Votre vache posée sur le bord d’un rail. Et vous, définitivement sur le bord d’une autoroute…



Baume au chœur
La Chorale polyphonique de Casablanca se produira les 24 et 25 mai au théâtre Mohammed VI, à Casablanca. Près d’une centaine de choristes, de dix nationalités, chanteront en chœur musiques du monde, musique classique, jazz, gospel, etc. Amateurs d’harmonies, c’est pour vous ! Et pour ne rien gâcher, l’entrée est libre.


Apopkoi ?
Pas paresseux pour un sou, les Lazywall ne tiennent pas le mur… mais peaufinent en studio leur nouvel opus. Apoptosia verra le jour courant juin et rassemblera les titres du premier EP des rockeurs de Tanger, mais surtout, de nouvelles compos aux touches marocaines… Rock is not dead, loin de là !


La mort lui va si bien
Après Le Défunt, qui explore les arrière-pensées des invités à des funérailles, Rachid El Ouali dédie son deuxième court-métrage à un homme suicidaire. Pas de quoi plomber le Festival international du court d’Abidjan : La Mouche et moi s’est envolé avec le Grand Prix d’or et celui du meilleur acteur, décerné à Abdou Masnaoui.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés