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Festival. Ziggy, Goran et les autres
Mode. Glamour attitude
N° 325
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Wafaa Lrhezzioui

Festival. Ziggy, Goran et les autres

Nancy Ajram, moins “bimbo”,
mais toujours aussi populaire…
(TNIOUNI)

Rabat, ville calme et tranquille, s'est transformée en petit Woodstock constellé de petites et grandes stars. Bienvenue à Mawazine.


Samedi 17 mai, 21 heures. À l'entrée de Rabat, les abords du rond-point de la gare routière sont bondés de véhicules. La foule afflue en ballet, les klaxons et les sifflets des policiers alternent en symphonie.

À quelques encablures, plantée au beau milieu d’un terrain vague, l’une des grandes scènes improvisées pour l'occasion laisse échapper des échos de musique traditionnelle mexicaine, jouée par la troupe Real de Oro. En attendant les rythmes reggae de Ziggy Marley.

De Rabat à Kingston
Deux heures plus tard. La marée humaine a pris ses quartiers sur l’esplanade. Un public justement à l’image du quartier Yacoub El Mansour, populaire. Les familles au complet sont de sortie et l’ambiance bon enfant.

À mesure qu’on fend la foule, les dreadlocks supplantent progressivement les jellabas. Et le béton cède du terrain à la terre nue. La foule se fait plus dense dans une danse, une transe pour certains, entre sueur et poussière. Un gilet vert-jaune-rouge côtoie un tee-shirt à l'effigie d'Eminem. Les jambes vibrent au rythme des basses et les têtes s’évadent au gré des effluves de cannabis, comme un air de Jamaïque qui se dissipe. À ce moment, le spectateur, avalé par la foule, est tenté d'envier les badauds, allongés sur l’herbe fraîche du rond-point. Mais il en faut peu pour le raviser : la présence sur scène de Marley, deuxième du nom, chauffe le public, qui salue l'héritier par des salves d’applaudissements.

Si Love is my religion, l’un de ses titres les plus connus, permet à Ziggy Marley de rappeler son prénom, ce sont les reprises des Wailers qui enflammeront le public rbati. Dès les premières mesures de Get up, stand up, les mains se lèvent et les briquets s’allument. “For your rights”, entonnent en chœur différentes générations. La voix, clone de celle du père, fait pointer la nostalgie chez certains. Les autres n’étaient pas nés quand Bob s’en est allé. Les lycéens ont troqué leurs annales du bac pour un voyage dans le temps. Mais les voyages forment la jeunesse. Et des expéditions, ils en feront d’autres à travers les continents et les époques. Des escales musicales à La Havane, Tokyo ou Bamako attendent les mélomanes au long de la semaine dans les quatre coins de la ville. Pour l’heure, à minuit passé, dans ce coin de Rabat, on se rêve à Kingston. Ziggy Marley transporte pendant quelques notes encore.

Passé le rappel, les milliers de spectateurs déferlent en vagues. Ça bouchonne sérieux, mais personne ne ronchonne : la musique adoucit les mœurs. C’est soir de fête et on refait le concert chez le marchand ambulant. Les sandwicheries restent ouvertes plus tard et les chauffeurs de taxi, quant à eux, vivent les différents concerts par procuration.

Mélomanes errants
Cette liesse, Goran Bregovic a eu plus de mal à la créer sur sa scène. L'entrée en matière, plutôt symphonique, avec filet de piano et voix solo, a du mal à enthousiasmer l'audience amassée debout au pied de la Casbah des Oudayas. Incompréhension du public, qui chahute quelque peu le musicien serbo-croate.

Les plus impatients iront voir ailleurs si la note est plus festive. Les plus tenaces seront récompensés : le musicien attitré d’Emir Kusturica a l'intelligence d'adapter son répertoire vers des rythmes plus “punchy”. “Cette musique s’écoute plutôt assis, et confortablement”, résume une spectatrice. Une chance qui se monnaye. Les tribunes sont accessibles sur billetterie, comme l’espace devant la scène. Elles révèlent une autre facette de la ville, plus bourgeoise. Mais l’esprit festival n’a rien cédé à la (grosse) machine Mawazine.

Le caprices du temps l’ont rappelé, durant le concert d’ouverture, vendredi, aux fans - aisés - de George Benson. Le clapotis de la pluie s’est immiscé entre la guitare et la voix du jazzman américain. Mais pas de quoi gâcher le spectacle. Près de trente ans après Give me the night, il a de nouveau conquis son auditoire avec des arrangements teintés de soul et de funk. Sa prestation de l’après-midi, en conférence de presse, avait moins séduit les journalistes : pas d'interview !

Orient superstar
Idem pour Nancy Ajram, qui s’en excusa toutefois avec un sourire ultra-brite dont elle a le secret. “Pas le temps”, a plaidé la chanteuse, qui retrouvera tout de même quelques secondes pour signer la photo tendue par un jeune fan. D’autres jeunes filles patienteront sagement avec un bouquet de roses devant le Golden Tulip Farah. Car, pendant une semaine, la ville vit à l’heure Mawazine, au rythme des rumeurs sur l’arrivée des stars en journée, aux mélodies de spectacles de rue à la tombée de la nuit et aux beats métissés des concerts nocturnes.

Dimanche soir, le stade Hay Nahda rassemble les inconditionnels de la musique arabe, venus en masse acclamer la star libanaise. Le public réclame la reprise de Mestanyak, de Aziza Jalal. Refus embarrassé de la chanteuse, qui satisfait quand même la fibre patriotique des locaux en se drapant d'un étendard marocain. À la fin de la prestation, les fans en redemandent. Peine perdue. Le reste du plateau d’artistes arabes compensera le manque. Rendez-vous, même heure, même endroit, les jours suivants avec Fadel Chaker, Amr Diab et Saber Roubai. Avant le concert de clôture, samedi 24 mai, d'une certaine Whitney Houston.



Affluence. La recette Mawazine

Neuf jours, autant de scènes, une centaine de concerts et de nombreuses têtes d’affiche. Mawazine a manifestement vu grand cette année, avec l’arrivée à sa tête de Mounir Majidi. Et, dans sa besace royale, le plus gros budget depuis la création du festival. “On avait une petite appréhension quant à la présence du public, reconnaît son directeur artistique, Aziz Daki. Mais l’affluence a été record pour cette 7ème édition. Pour le concert de Bilal, par exemple, ils étaient plus de 80 000 personnes !”. Le secret du succès ? “On a installé des scènes dans les quartiers. On va chercher le public, au lieu d’essayer de le déplacer vers le centre-ville”, explique t-on, réjouits, du côté des organisateurs. Mais c'est surtout le plateau de stars qui a réellement attiré les foules. “Certes, quelques artistes constituent des forces d’appel, mais la programmation de fond reste tournée vers les musiques du monde”, poursuit Aziz Daki. Et de plaider les risques pris pour faire découvrir certains artistes. Souvent avec succès. “J’ai vu des visages hostiles au début du concert de Goran Bregovic, conquis après sa prestation. Et celle-ci a duré 3 heures au lieu des 1h30 prévues”. Problème : il faudra mettre la barre encore plus haut l’année prochaine.

 
 
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