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Par Youssef Ziraoui
Électricité. Bientôt la pénurie ?
10 clés pour faire la lumière
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La consommation atteint un pic,
qui approche du point de rupture.
(DR)
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Lété risque dêtre chaud, et pas seulement à cause de la canicule : le Maroc a de plus en plus de mal à faire face à ses besoins en électricité. Coup de projecteur sur le casse-tête énergétique.
1. La tension monte
Imaginez la scène : Casablanca, plongée dans le noir de longues heures durant. Arrêt des usines et de la signalisation sur les artères, plus d'éclairage ni de télévision dans les foyers, plus de réfrigérateurs
bref, |
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toute une ville, voire une région, paralysée. Le black-out, en jargon délectricien. Un chaos que des métropoles plus prestigieuses ont déjà vécu par le passé : Paris en 1999, New York en 2003, Berlin en 2004, Moscou en 2005, etc. Le Maroc nest donc pas à labri de ce scénario catastrophe. Il a dailleurs été évité de justesse lété dernier. La faute à qui ? À pas de chance : une défaillance sur la ligne haute tension qui traverse la Méditerranée et qui permet au royaume de sapprovisionner auprès de son voisin espagnol, dont il est dépendant en électricité à hauteur de 10%. Pourtant, chez lOffice national délectricité, on se veut rassurant. Les risques de black-out sont minimes et ne pourraient exister quen cas daccident grave sur le réseau, rassure Abdelrhani Baakil, Directeur général adjoint de lONE. À voir
Des hôtels surbookés aux climatiseurs en surrégime, cest tout le Maroc qui pompe. Marrakech et Agadir présentent ainsi des signaux dalerte depuis des années. Dans tout le pays, le taux déquipement des ménages ne cesse daugmenter. Les grands projets touristiques pullulent, de nouvelles villes sortent de terre comme des champignons
Ajoutez à cela la croissance industrielle et démographique : le Maroc peine à faire face à la demande, note cet observateur. La preuve en chiffres : la consommation augmente denviron 9% par an. Autrement dit, elle devrait doubler dici 10 ans. En parallèle, la production ne suit pas la cadence.
2. Des installations court-circuitées
Alors quà Mohammedia les turbines carbureront bientôt au gaz, à Tan Tan et à Beni Mathar, au diesel, dautres projets denvergure, à même de booster la production délectricité sont en cours. Mais leur réalisation nécessite plusieurs années. Sans compter les blocages administratifs, comme ce fut le cas pour le projet de Cap Ghir (au nord dAgadir), annoncé en grande pompe en 2006. Les deux unités de production censées voir le jour en 2011 ont été bloquées par les élus du Souss. Les topographes de lOffice jettent alors leur dévolu sur la région de Safi. Résultat : un nouveau bras de fer avec les élus de la localité, qui brandissent un argument imparable : la préservation du potentiel touristique de la région. Laffaire finit par remonter à la primature qui tranche : lONE na pas sa place dans larrière-pays de Safi. Mais les pourparlers se poursuivent, si lon en croit ce responsable de lONE : Le marché international des équipements est tel que si on retarde de 6 mois le lancement, on perd au moins un an en bout de course. Nous ne pouvons que nous mobiliser pour que ce projet soit lancé dans les plus brefs délais. Notre secteur a longtemps souffert de retard dans la prise de décision. Cela coûte très cher à lONE. En gros, le temps, cest vraiment de largent.
3. Une heure de soleil en plus
Dans cette course contre la montre, le gouvernement tente de rattraper son retard. Léquipe de Abbas El Fassi a en effet décidé de passer à lheure dété, du 1er juin au 27 septembre. En général, les pics de consommation sont constatés en fin de journée, cette mesure réduira les besoins en éclairage, nous expliquait Fatima Mossadeq, chargée de la communication à lONE. Une heure de soleil en plus, qui permettra au Maroc de mettre de côté 460 millions de dirhams sur les deux prochaines années, selon les prévisions de lOffice. Une économie qui reste dérisoire face à une consommation énergétique estimée à 64 milliards de dirhams pour 2008. Du côté des officiels, on se veut réaliste : Ça ne résoudra pas le problème énergétique du pays, mais nous devons prendre toutes les mesures pour l'atténuer, admet le porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri. Le passage à GMT+1 est prévu pour le 1er juin. Mais, curieusement, aucune campagne d'information auprès des utilisateurs na été entamée. Quant à la sensibilisation à l'économie dénergie, elle a évolué. Le temps des spots télé Hafidou Ala Taka (Ne gaspillez pas lénergie) est révolu. Aujourdhui, les décideurs optent pour une approche beaucoup plus ciblée.
4. Des économies de bout de chandelle
Améliorer les performances énergétiques des hammams et des fours de boulangerie. Cette mesure pourrait prêter à sourire, mais elle est on ne peut plus sérieuse. Du moins, elle a sa place dans les priorités du ministère de lEnergie et des Mines. Soutenu par lAgence française de développement (AFD), le programme concerne quelque 140 hammams. Une centaine de chaudières améliorées ont été installées, cinquante audits énergétiques ont été réalisés avec lamélioration de 40 hammams à Casablanca et 30 chaudronniers ont été formés, annonce le département d'Amina Benkhadra. Cost-killer sur le tard, le ministère de tutelle entend bien faire la chasse au gaspi dans les secteurs de la santé, de lhôtellerie et des logements collectifs. On pourrait économiser jusquà 420 Mégawatts si toutes les actions étaient entreprises ! En chiffres, au moins 4 milliards de dirhams déconomie nette pour la collectivité sans compter la réduction de la facture pétrolière, justifie-t-on du côté de lONE. Les actions prévues permettraient datteindre des économies dénergie allant de 15 à 20% à lhorizon 2020. Entre-temps, cest toute la configuration de la carte énergétique du royaume qui est à revoir.
5. Le défi des moulins à vent
Même en brassant de lair, on peut arriver à quelque chose, comme produire de lénergie. Le Maroc dispose dun fort potentiel éolien. Les projets concernant les énergies renouvelables (y compris lhydraulique et le solaire) ont mobilisé dimportants investissements. Dici lhorizon 2012, quelque 17 milliards de dirhams seront consacrés aux parcs éoliens et aux ouvrages hydroélectriques. On y croit dur comme fer : En 2012, la contribution des énergies renouvelables (y compris lhydraulique) devrait atteindre 10% dans la consommation nationale, contre 4% actuellement. Mais ce type dénergie ne peut constituer qu'un appoint au niveau du réseau électrique. Explication : Le vent nest pas disponible durant les périodes de pointe de consommation en fin de journée, nuance le DGA de lONE. Ce nest pas une alternative aux énergies de base que constitue le thermique fonctionnant au charbon ou au gaz. Mais encore faut-il assurer lapprovisionnement en ces matières.
6. À plein gaz !
Il y a quelques mois, on pensait le projet du terminal gazier bouclé. Létude de faisabilité était finalisée. Le consortium adjudicataire de ce projet (ONE, Samir et Akwa) devait soumettre les résultats de létude au ministère de lEnergie et des Mines. Lautorité de tutelle aurait dû trancher sur le choix du site censé abriter le terminal. Parmi les trois ports sélectionnés (Jorf Lasfar, Mohammedia et Tanger), cest celui de Jorf Lasfar qui partait favori, étant donné lexistence dune centrale thermique sur le lieu. Deux tiers du gaz acheminé devraient servir à produire lélectricité, rappelle-t-on du côté du ministère de lEnergie. Et puis plus rien. Silence radio. Le projet a été simplement mis en veilleuse. En attendant, le Maroc veut respirer le gaz du voisin, Le gaz étant lunique produit qui passe légalement de lAlgérie au Maroc, comme le rappelle le journaliste Ignacio Cembrero dans un article paru récemment dans le quotidien espagnol El Pais. Si, pendant longtemps, le Maroc se contentait de prélever un droit de passage sur le gazoduc reliant lAlgérie à lEspagne, il préfère désormais se dédommager en nature, ponctionnant léquivalent de 80 millions de dollars en gaz. Mais avec la hausse des prix des matières premières, on est loin du compte
7. De lélectricité dans les marchés
Avec le renchérissement du prix des matières premières, le charbon est devenu l'option la plus économique à moyen terme, assure cet observateur. Cette matière reste le combustible le plus disponible et continuera à peser dans la production délectricité, confirme-t-on du côté de lOffice. Dautant quune variété de charbon, dite propre, permet de préserver lenvironnement. Lengouement pour les centrales électriques à charbon propre ne concerne pas seulement les pays émergents. On retrouve cette technologie dans plusieurs Etats américains, en Espagne, au Japon, en Grande-Bretagne et dans dautres lieux où la sensibilité environnementale et le développement touristique sont forts. Cest sans doute une des solutions les plus adaptées pour le Maroc. Et elle est surtout plus réaliste que dautres options explorées.
8. Un projet de centrale
atomisé
Affichée depuis plusieurs années, la volonté du royaume daccéder au club (très fermé) des pays producteurs de lélectronucléaire risque de rester un vu pieu. Le projet nucléaire rentre dans le cadre du plan de développement de lOffice. Un site a été sélectionné sous légide de lAIEA (Agence internationale de lénergie atomique), nous révèle cette source proche du dossier. Nous avons invité les entreprises présélectionnées à nous soumettre leurs offres techniques que nous sommes en train dévaluer. La phase dévaluation devrait sachever dans les mois à venir. Mais le Maroc continue de traîner les pieds. Le nucléaire est à létude, mais le projet ne verra pas le jour avant 2020, nous déclare-t-on du côté du département de communication de lOffice. Pourtant, il y a peu de temps encore, lONE avait lair plus pressé. Russes, Français et Américains avaient approché les décideurs marocains dans lespoir de décrocher le marché de construction dune centrale nucléaire. Mais le dossier semble être reporté aux calendes grecques, tant pour des sensibilités politiques que pour des raisons économiques.
9. LONE dans la pénombre
Alors que la demande explose, lONE augmente la cadence des investissements. Durant la période 2007-2012, le programme dinvestissement sélèvera à 47,5 milliards de dirhams, nous révèle cette source proche du dossier. LONE se taille ainsi la part du lion (20%) dans le budget de lEtat prévu pour les entreprises publiques. Ce qui a provoqué lire des députés lors de lexamen de la Loi de Finances 2008. Le patron de l'ONE a même été convoqué devant les parlementaires pour sexpliquer sur la dégradation des comptes de lOffice. Linquiétude des élus est justifiée. Les résultats financiers ne sont pas reluisants. LONE traîne d'abord un lourd passif, sous la forme d'un endettement à long terme de plus de 16 milliards de dirhams et d'une trésorerie déficitaire pour près de 3 milliards de dirhams. En parallèle, les actifs de lOffice se déprécient. Les provisions sur des créances clients quasiment irrécupérables lui coûteront près de 1,5 milliard de dirhams. Cest une perte sèche que devra supporter lONE, rapporte cet analyste financier. Pire encore, le déséquilibre dexploitation est structurel : lONE vend lélectricité moins cher que son coût de production.
10. Du jus, à quel prix ?
Comment alors espérer pour lONE dengranger des bénéfices et devenir (enfin) une entreprise rentable ? Parmi les solutions envisagées, celle dune recapitalisation, dans le cadre de la libéralisation du secteur en cours. Lidée date du milieu des années 90. Les premières avancées aussi. Cette libéralisation simposait delle-même. LONE navait pas une capacité de production suffisante pour faire face à la demande croissante, et nétait pas prêt à consentir un investissement aussi lourd, explique cet observateur. LONE est alors habilité, à passer des conventions avec des sociétés privées, pour la production de lénergie électrique dune puissance supérieure à 10 MW, apprend-on au ministère de lEnergie. Ainsi, les trois sociétés concessionnaires (la Jorf Lasfar Energy Company, la Compagnie éolienne du Détroit et lEnergie électrique de Tahaddart) produisent 2 KW sur trois au Maroc. Côté vente, lONE alimente 45% du marché national. Le reste est assuré par des sociétés privées (Lydec et Veolia) et par des régies communales de distribution. LONE pourrait même céder encore plus de terrain. Objectif : Établir un équilibre économique durable du secteur, explique cette source au ministère. Ces revenus devraient couvrir les charges dexploitation et autres coûts, mais aussi rémunérer les capitaux investis et contribuer au financement des investissements futurs. Sauf que le projet de loi visant à libéraliser et moderniser le secteur tarde à rejoindre le circuit législatif. Le Maroc paie ainsi le prix du retard cumulé tout au long des dernières années. |
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Programme dinvestissement de lone 2007-2012
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Projets
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Puissance
en MW
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Investissements
en milliards DH
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| Ouvrages hydro-électriques |
440
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3,2
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| Turbines à gaz et groupes diesel |
700
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3,9
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| Centrale thermosolaire (gaz naturel) |
472
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5
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| Centrale à charbon |
1000
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13,8
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Source : Ministère de lEnergie et des mines
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