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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“La liberté de la presse, ça se paie”

Saïd Essoulami, directeur du Center Media Freedom (CMF MENA).
(AIC PRESS)

Antécédents

1956. Naissance à Casablanca.
1977. Part étudier en France.
1985. Obtient un DEA de sciences sociales et humaines en France.
1986. Part pour Londres.
1987. Rejoint l’ONG Article 19 pour la liberté des médias.
1998. Lance CMF MENA dont il est le directeur.
2006. Ferme ses bureaux à Londres et s’installe à Casablanca.

Smyet Bak ?
Elayachi Essoulami.

Essoulami, comme le fameux traiteur, plus connu sous le nom de Rahal ?
Oui, oui, Rahal est mon oncle, que Dieu ait son âme.

Smyet mok ?
Aïcha bent Ali.

Nimirou d’la carte ?
B263161.

Pourquoi ne pas avoir suivi la voie de votre oncle ?
Chacun son chemin. Quand j’étais au Maroc, mon oncle me sermonnait, gentiment bien sûr. Il me disait souvent : la politique ne réussit à personne. Je lui rétorquais : Tonton, toi tu nourris les ventres, moi, c’est plutôt les têtes (rires). Au fond, ma famille a toujours respecté mon parcours.

Etes-vous la brebis galeuse de la famille Rahal ?
Pour cela, il faudrait que ma famille soit un troupeau, ce qui n’est pas le cas.

Vous profitez de votre filiation pour manger à l’œil ?
Ecoutez, à chaque anniversaire, je demande à mon cousin, qui a repris les rênes de l’activité, de me ramener des trucs à manger. Ça, je le concède, c’est vrai.

Votre famille est connue pour sa proximité avec le cercle royal. ça doit servir de temps en temps ?
L’idée ne m’a jamais traversé l’esprit. J’ai toujours estimé que je ne devais m’appuyer sur personne. Je fais mon travail simplement, je défends des idées… Le retour sur investissement n’est pas forcément visible, mais on essaye de faire avancer les choses.

Vous venez de rencontrer Fouad Ali El Himma. Vous n’avez pas saisi l’occasion pour aborder avec lui la situation de la liberté de la presse au Maroc ?
Non, car nous l’avons rencontré en tant que président de la commission des Affaires étrangères. Je conduisais une délégation de 15 journalistes européens venus s’enquérir de la migration Sud-Nord.

Si El Himma vous proposait de rejoindre son mouvement pour tous les démocrates, vous accepteriez ?
S’il voulait le faire, il me l’aurait proposé depuis longtemps. Mais il ne le fera pas, parce que je suis un rebelle (rires). Je n’appartiens à aucune organisation.

Vous n’en avez pas marre de défendre le droit à la liberté d’expression des journalistes ?
Jamais, car je sais que les choses bougent. Bien sûr, il y a encore des faiblesses, comme les conditions de travail des journalistes. On n’a pas encore assimilé que la presse est une activité créatrice de richesse. Il y a un autre niveau de lutte, qui se situe du côté de la censure et de la liberté d’expression, avec une justice qui n’est pas indépendante. De même que les peines privatives de liberté. Mais le Maroc a franchi, quand même, un pas en avant en matière de liberté d’expression.

Et tous les procès intentés aux organes de presse ces dernières années ?
Oui, ce n’est pas normal. Il faut comprendre que les enjeux ne sont plus les mêmes. Ces dernières années, des journalistes ont été inculpés pour des histoires de religion, de Sahara, d’atteinte au sacré. Mais vous savez, la liberté, on la prend, on n’attend pas qu’elle vienne à nous. Et aujourd’hui, les journalistes payent le prix de leur liberté.

Si vous rencontriez Mohammed VI, vous lui diriez quoi ?
Je lui dirais qu’il est courageux, qu’il a tous les atouts pour continuer à réformer la société marocaine. Et je pense qu’il y arrivera.

Vous êtes makhzénien ?
Je ne comprends pas pourquoi vous me demandez cela. J’aurais dit la même chose à un ministre.

Comment vous financez votre ONG ?
Nous soumettons nos projets à des fondations internationales, qui décident si elles veulent bien mettre la main à la poche.

Militer, ça vous a rendu riche ?
Oui, riche en problèmes (rires). Plus sérieusement, quand on voit qu’on peut arriver à des résultats, ça vaut tout l’or du monde.

À l’origine, votre ONG était basée à Londres. C’était plus simple de défendre la liberté à partir de l’Angleterre ?
Quand je me suis installé à Londres, je ne pensais pas faire carrière dans la société civile. Et puis, à l’origine, mon séjour ne devait durer que quelques mois. Il se trouve que ça a duré plus longtemps que prévu, voilà.

Votre ONG s’appelle CMF MENA, vous n’avez pas trouvé plus court ?
Si vous y tenez tellement, vous n’avez qu’à enlever le MENA. Et puis, entre nous, je suis sûr qu’en cherchant un peu, vous trouverez pire comme sigle.

 
 
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