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Par Youssef Aït Akdim
Islamistes. Le PJD en questions
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Lahcen Daoudi, Saâd Eddine
El Othmani et Abdelilah Benkirane.
Va-t-on vers un combat des chefs
au sein du PJD ?
(AIC PRESS)
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Sauf surprise, le 6ème congrès national du PJD, attendu pour juillet, devrait déboucher sur un statu quo. Une manière, pour le parti dEl Othmani, de ne pas poser les questions qui fâchent. Décryptage.
Le PJD fait comme les autres officines du champ politique marocain : il sauto-parodie. Le 15 mai, le parti, via son secrétariat régional à Rabat, a émis un communiqué pour commémorer le 60ème anniversaire
de la Nakba. Evidemment. Israël a 60 ans, la Nakba de la Oumma |
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arabo-musulmane aussi, alors le PJD fait ce quil a lhabitude de faire : dénoncer le silence assourdissant des dirigeants arabes, le complot mondial, etc. On connaît la chanson. Les islamistes ont pourtant de quoi meubler leur temps, mais à lapproche du sixième congrès du parti, les amis dEl Othmani ne se sont jamais autant regardé le nombril. De laveu même dun jeune loup du parti, le PJD est le parti où les surprises nont pas lieu. Ennuyeux à mourir, nos barbus modérés ? En fait, le parti se projette encore dans lavenir. Mais pendant que certains refusent de faire des vagues et attendent leur heure, les méchants sortent du bois.
Mardi soir, sur le plateau d'Al Aoula, Abdelilah Benkirane, invité de l'émission Hiwar de Mustapha Alaoui, a fait feu de tout bois. Sûr de lui et accrocheur, le président du conseil national du PJD, à laise dans son rôle de tribun populiste, na rien fait pour changer son image de bulldozer. Normal, explique un de ses camarades du parti. Abdelilah Benkirane, cest tout un style. Cest surtout un candidat sérieux au secrétariat général du parti, a-t-on envie dajouter. Car deux mois avant la grand-messe du parti, les préparatifs vont bon train et de sérieuses questions restent en suspens.
El Othmani, toujours à la barre ?
On la encore vu, mardi 20 mai, sur le plateau de Hiwar, la guerre des chefs nest pas finie au PJD. Pour succéder au très diplomate Saâd Eddine El Othmani, on se bouscule au portillon. Et les congressistes de juillet devront trancher entre deux options claires (reconduire El Othmani ou non) et, surtout, entre une foule de têtes daffiche. Nous avons lembarras du choix, contrairement à dautres partis, persifle cette source autorisée au sein du parti. En fait, tout le monde (ou presque) peut prétendre à la place du chef. Incarnant la continuité, El Othmani part favori. Moins attaqué sur le bilan des législatives quau lendemain des élections de 2007, populaire et apprécié en haut lieu, il a tous les atouts dans la main. Sauf que les candidats nont pas besoin de se déclarer, comme l'explique ce dirigeant du parti, puisque ce sont les membres sortants du conseil national et les nouveaux membres élus lors du congrès qui proposeront une liste de noms. Ceux qui rassembleront 10% des voix seront candidats d'office. Actuel n°2, Lahcen Daoudi est en lice, même sil se déclare démissionnaire. Abdelilah Benkirane saccroche, après son échec en 2004, et on murmure que Mustapha Ramid y penserait tous les matins (sans se raser). Sans compter la jeune garde, Abdelaziz Rebbah, Abdelkader Amara, etc.
Faut-il reprendre la campagne de la morale ?
En annonçant, après les évènements de Ksar El Kébir, lorganisation dune caravane du parti axée sur les valeurs, la Chabiba du PJD voulait montrer quelle maîtrisait ses classiques. La question des valeurs nest pas exclusive. Les valeurs nappartiennent pas au PJD et elles ne se limitent pas à la religion, tente de tempérer le secrétaire général de la jeunesse du parti, Abdelaziz Rebbah. Les sorties répétées de dirigeants du PJD ou les lapsus dans le journal Attajdid montrent pourtant les limites du discours modéré. Le parti souffle le chaud et le froid, un classique pour une formation politique dopposition. Double discours ? Il y a à la fois une stratégie dintégration, qui se déploie en direction du Pouvoir, et, en même temps, des mécanismes de mobilisation de la base qui reposent invariablement sur un discours moraliste, populiste même, analyse Mohamed Darif, professeur de sciences politiques. Un pas en avant, un pas en arrière, chassé vers la gauche, le PJD commence à connaître son cha-cha-cha.
Riposter ou non aux attaques d'El Himma ?
Juste après les législatives de septembre 2007, le fraîchement élu député des Rhamna avait choisi de se faire le chevalier blanc du Makhzen, selon lexpression dun spécialiste des mouvements islamistes. Déjà sa bête noire lorsquil officiait au ministère de lIntérieur, Si Fouad sest de suite positionné en premier opposant au PJD. Depuis septembre, les escarmouches entre El Himma et le PJD se sont multipliées, poursuit cet observateur. En ciblant les déçus de lAlternance et les classes moyennes urbaines, le Mouvement pour tous les démocrates chasserait-il sur les terres islamistes ? En tout cas, dans son fief des Rhamna, le tracteur accélère encore. Le PJD essaye bien de faire pièce à cette ambition débordante. Comme lors dune réunion, samedi 17 mai à Kelâat Sraghna, quelques jours après le show de Fouad Ali El Himma sur son pré carré. Abdelilah Benkirane ne mâche pas ses mots : Il a 700 milliards (de centimes). Quil nous montre ce dont il est capable et dans quatre ans nous ferons les comptes. Pan ! Dans les dents. Un autre responsable de parti nous confie son trouble. On ne peut pas accepter qu'El Himma nous attaque continuellement. La scène politique nationale mérite quon élève le niveau, lâche-t-il, avant dajouter, sourire en coin : "Au final, cela ne fait que renforcer notre popularité".
Comment dealer avec lIntérieur ?
Savoir quand il est à propos de combattre et quand il convient de se retirer. Le PJD a certainement retenu l'une des premières leçons de stratégie de Sun Tzu. La maison PJD nest pas en feu, mais elle est sur la braise. Sur le qui-vive, le parti singe lUSFP davant lAlternance : il guette les fameux signaux émanant du pouvoir, les décortique et essaye de réajuster son tir dans un continuel exercice déquilibriste. Déjà en 1997, le PJD avait limité ses ambitions. Lors des communales de 2003, le parti essayait de préserver ses acquis, après les attentats du 16 mai. La pression risque de monter à mesure que les communales approchent, note ce politologue. Il sera de toute façon difficile de couvrir tout le territoire, parce que le potentiel de progression nest pas illimité. Pour les municipales, le PJD devra en tout état de cause revoir sa copie, note cet observateur. Dailleurs, Rabat bruisse de rumeurs de rencontres entre dirigeants du PJD et le ministère de lIntérieur. Un deal est-il en préparation ? Possible, possible.
Une nouvelle stratégie pour le monde rural ?
Le PJD reste peu présent dans les campagnes. Parce que son discours sadresse dabord aux classes moyennes ? Parce que lislam politique est un phénomène essentiellement urbain ? Pas seulement, nuance Mohamed Darif. La situation est différente entre le PJD et Al Adl Wal Ihsane. Al Adl qui sappuie sur le soufisme arrive à simplanter hors des villes. Le parti dEl Othmani doit encore tirer les leçons des élections de septembre 2007. Il faudra sappuyer sur les relais locaux pour simplanter en zone rurale. Des relais qui se construisent au niveau municipal, daprès ce chercheur spécialiste du PJD. Dailleurs, les partis qui se sont refait une santé en 2007 avaient auparavant réalisé de bons scores lors des communales de 2003. Tant que le parti est dans lopposition, il peinera à séduire les notables qui associent lopposition parlementaire à lhostilité au Makhzen, explique Darif. Le mode de scrutin de liste à la proportionnelle favorise léclatement des voix. Les partis doivent trouver des alliances locales sans lien avec les rapports de force au niveau national, ajoute le chercheur. De ce point de vue-là, le PJD nest pas une exception. Cest un parti comme les autres, lâche notre politologue. Vraiment ? |
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