Islamistes. Le PJD en questions
Années de plomb. Les oubliés de l'IER
Société. Les Moroccan doctors
Elections. Le rapport qui dit (presque) tout
Consommation. Le client est loi
Moyen-Orient. Indépendance contre Nakba
Afrique du sud. La chasse à l'étranger
Électricité. Bientôt la pénurie ?
Festival. Ziggy, Goran et les autres
Mode. Glamour attitude
N° 325
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Islamistes. Le PJD en questions

Lahcen Daoudi, Saâd Eddine
El Othmani et Abdelilah Benkirane.
Va-t-on vers un combat des chefs
au sein du PJD ?
(AIC PRESS)

Sauf surprise, le 6ème congrès national du PJD, attendu pour juillet, devrait déboucher sur un statu quo. Une manière, pour le parti d’El Othmani, de ne pas poser les questions qui fâchent. Décryptage.


Le PJD fait comme les autres officines du champ politique marocain : il s’auto-parodie. Le 15 mai, le parti, via son secrétariat régional à Rabat, a émis un communiqué pour commémorer le 60ème anniversaire… de la Nakba. Evidemment. Israël a 60 ans, la Nakba de la Oumma
arabo-musulmane aussi, alors le PJD fait ce qu’il a l’habitude de faire : dénoncer le “silence assourdissant des dirigeants arabes”, le “complot mondial”, etc. On connaît la chanson. Les islamistes ont pourtant de quoi meubler leur temps, mais à l’approche du sixième congrès du parti, les amis d’El Othmani ne se sont jamais autant regardé le nombril. De l’aveu même d’un jeune loup du parti, “le PJD est le parti où les surprises n’ont pas lieu”. Ennuyeux à mourir, nos barbus modérés ? En fait, le parti se projette encore dans l’avenir. Mais pendant que certains refusent de faire des vagues et attendent leur heure, les méchants sortent du bois.

Mardi soir, sur le plateau d'Al Aoula, Abdelilah Benkirane, invité de l'émission Hiwar de Mustapha Alaoui, a fait feu de tout bois. Sûr de lui et accrocheur, le président du conseil national du PJD, à l’aise dans son rôle de tribun populiste, n’a rien fait pour changer son image de bulldozer. “Normal, explique un de ses camarades du parti. Abdelilah Benkirane, c’est tout un style”. C’est surtout un candidat sérieux au secrétariat général du parti, a-t-on envie d’ajouter. Car deux mois avant la grand-messe du parti, les préparatifs vont bon train et de sérieuses questions restent en suspens.

El Othmani, toujours à la barre ?
On l’a encore vu, mardi 20 mai, sur le plateau de Hiwar, la guerre des chefs n’est pas finie au PJD. Pour succéder au très diplomate Saâd Eddine El Othmani, on se bouscule au portillon. Et les congressistes de juillet devront trancher entre deux options claires (reconduire El Othmani ou non) et, surtout, entre une foule de têtes d’affiche. “Nous avons l’embarras du choix, contrairement à d’autres partis”, persifle cette source autorisée au sein du parti. En fait, tout le monde (ou presque) peut prétendre à la place du chef. Incarnant la continuité, El Othmani part favori. Moins attaqué sur le bilan des législatives qu’au lendemain des élections de 2007, populaire et apprécié en haut lieu, il a tous les atouts dans la main. Sauf que les candidats n’ont pas besoin de se déclarer, comme l'explique ce dirigeant du parti, puisque “ce sont les membres sortants du conseil national et les nouveaux membres élus lors du congrès qui proposeront une liste de noms. Ceux qui rassembleront 10% des voix seront candidats d'office”. Actuel n°2, Lahcen Daoudi est en lice, même s’il se déclare démissionnaire. Abdelilah Benkirane s’accroche, après son échec en 2004, et on murmure que Mustapha Ramid y penserait tous les matins (sans se raser). Sans compter la jeune garde, Abdelaziz Rebbah, Abdelkader Amara, etc.

Faut-il reprendre la campagne de la morale ?
En annonçant, après les évènements de Ksar El Kébir, l’organisation d’une caravane du parti axée sur les valeurs, la Chabiba du PJD voulait montrer qu’elle maîtrisait ses classiques. “La question des valeurs n’est pas exclusive. Les valeurs n’appartiennent pas au PJD et elles ne se limitent pas à la religion”, tente de tempérer le secrétaire général de la jeunesse du parti, Abdelaziz Rebbah. Les sorties répétées de dirigeants du PJD ou les lapsus dans le journal Attajdid montrent pourtant les limites du discours modéré. Le parti souffle le chaud et le froid, un classique pour une formation politique d’opposition. Double discours ? “Il y a à la fois une stratégie d’intégration, qui se déploie en direction du Pouvoir, et, en même temps, des mécanismes de mobilisation de la base qui reposent invariablement sur un discours moraliste, populiste même”, analyse Mohamed Darif, professeur de sciences politiques. Un pas en avant, un pas en arrière, chassé vers la gauche, le PJD commence à connaître son cha-cha-cha.

Riposter ou non aux attaques d'El Himma ?
Juste après les législatives de septembre 2007, le fraîchement élu député des Rhamna avait choisi de se faire le “chevalier blanc du Makhzen”, selon l’expression d’un spécialiste des mouvements islamistes. Déjà sa bête noire lorsqu’il officiait au ministère de l’Intérieur, Si Fouad s’est de suite positionné en premier opposant au PJD. “Depuis septembre, les escarmouches entre El Himma et le PJD se sont multipliées”, poursuit cet observateur. En ciblant les déçus de l’Alternance et les classes moyennes urbaines, le Mouvement pour tous les démocrates chasserait-il sur les terres islamistes ? En tout cas, dans son fief des Rhamna, le tracteur accélère encore. Le PJD essaye bien de faire pièce à cette ambition débordante. Comme lors d’une réunion, samedi 17 mai à Kelâat Sraghna, quelques jours après le show de Fouad Ali El Himma sur son pré carré. Abdelilah Benkirane ne mâche pas ses mots : “Il a 700 milliards (de centimes). Qu’il nous montre ce dont il est capable et dans quatre ans nous ferons les comptes”. Pan ! Dans les dents. Un autre responsable de parti nous confie son trouble. “On ne peut pas accepter qu'El Himma nous attaque continuellement. La scène politique nationale mérite qu’on élève le niveau”, lâche-t-il, avant d’ajouter, sourire en coin : "Au final, cela ne fait que renforcer notre popularité".

Comment “dealer” avec l’Intérieur ?
Savoir quand il est à propos de combattre et quand il convient de se retirer. Le PJD a certainement retenu l'une des premières leçons de stratégie de Sun Tzu. La maison PJD n’est pas en feu, mais elle est sur la braise. Sur le qui-vive, le parti singe l’USFP d’avant l’Alternance : il guette les fameux signaux émanant du pouvoir, les décortique et essaye de réajuster son tir dans un continuel exercice d’équilibriste. “Déjà en 1997, le PJD avait limité ses ambitions. Lors des communales de 2003, le parti essayait de préserver ses acquis, après les attentats du 16 mai. La pression risque de monter à mesure que les communales approchent”, note ce politologue. Il sera de toute façon difficile de couvrir tout le territoire, parce que le potentiel de progression n’est pas illimité. “Pour les municipales, le PJD devra en tout état de cause revoir sa copie”, note cet observateur. D’ailleurs, Rabat bruisse de rumeurs de rencontres entre dirigeants du PJD et le ministère de l’Intérieur. Un deal est-il en préparation ? Possible, possible.

Une nouvelle stratégie pour le monde rural ?
Le PJD reste peu présent dans les campagnes. Parce que son discours s’adresse d’abord aux classes moyennes ? Parce que l’islam politique est un phénomène essentiellement urbain ? “Pas seulement, nuance Mohamed Darif. La situation est différente entre le PJD et Al Adl Wal Ihsane. Al Adl qui s’appuie sur le soufisme arrive à s’implanter hors des villes”. Le parti d’El Othmani doit encore tirer les leçons des élections de septembre 2007. Il faudra s’appuyer sur les relais locaux pour s’implanter en zone rurale. “Des relais qui se construisent au niveau municipal”, d’après ce chercheur spécialiste du PJD. D’ailleurs, les partis qui se sont refait une santé en 2007 avaient auparavant réalisé de bons scores lors des communales de 2003. “Tant que le parti est dans l’opposition, il peinera à séduire les notables qui associent l’opposition parlementaire à l’hostilité au Makhzen”, explique Darif. “Le mode de scrutin de liste à la proportionnelle favorise l’éclatement des voix. Les partis doivent trouver des alliances locales sans lien avec les rapports de force au niveau national”, ajoute le chercheur. “De ce point de vue-là, le PJD n’est pas une exception. C’est un parti comme les autres”, lâche notre politologue. Vraiment ?

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés