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N° 325
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri (avec AFP)
Correspondante au Moyen-Orient

Moyen-Orient. Indépendance contre Nakba

Les Palestiniens, de leur côté, commémoraient leur “catastrophe”.
Et continuent à espérer un Etat,
dont la perspective semble
bien lointaine.
(AFP)

En 60 ans, Israël est devenu une puissance économique, mais toujours embourbé dans les conflits. En face, les Palestiniens, plus que jamais divisés, rêvent toujours d’un Etat.


Alors qu’il y a quelques jours, Israël fêtait ses 60 ans avec force pique-niques, barbecues, parades aériennes et défilé de personnalités étrangères, les Palestiniens commémoraient, de leur côté, la “Nakba”, la “catastrophe” qu'a représenté la création de l'Etat hébreu sur les trois-quarts de la Palestine historique. Mais les festivités israéliennes n’ont pu
occulter la situation politique et sécuritaire : dans la crainte d'attentats, les célébrations ont été placées sous haute surveillance, avec des milliers de policiers et de soldats mobilisés. La Cisjordanie a été bouclée par l’armée israélienne, invoquant des motifs de sécurité. Sans compter l’autre évènement venu ternir les festivités, cette enquête sur une affaire de corruption impliquant le Premier ministre Ehud Olmert. “Il n'y a vraiment pas de quoi faire la fête. L'avenir de notre pays est brumeux et la situation n'est pas plus reluisante chez nous que chez nos voisins”, résume, cité par l’AFP, Shalom Kital, un ancien patron de presse israélien. En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, les Palestiniens se souvenaient du jour où plus de 700 000 des leurs ont dû partir. Et les réfugiés, expatriés, continuent de rêver d’un hypothétique retour.

1948 reste plus que jamais une date amère pour les Palestiniens, divisés et toujours en quête d’un Etat. À Ramallah, ils ont inauguré un “camp du retour” pour rappeler leur tragédie. À Bethléem, des centaines de Palestiniens ont marché depuis trois camps de réfugiés autour d'un camion transportant une énorme clé métallique de 10 tonnes et longue de 10 m, symbolisant le lien de chaque réfugié à la maison qu'il a été contraint de quitter.

Miracle économique
En soixante ans, Israël est passé du statut de producteur d’avocats à celui d’un des principaux leaders mondiaux en termes de haute technologie. Il est aussi désormais le troisième pays à la Bourse de New York par le nombre d’entreprises cotées au Nasdaq, et se place au quatrième rang mondial pour les exportations d'armes derrière les Etats-Unis, la Russie et la France, selon les chiffres de son ministère de la Défense. En termes de niveau de vie, Israël se rapproche des pays les plus développés, avec un produit intérieur brut (PIB) de 20 400 dollars par d'habitant, en 18ème position dans le monde. Israël devrait également intégrer, en principe avant la fin de cette année, le club des pays membres de l'OCDE. Mais la “fracture sociale” dans le pays ne cesse de s'approfondir. Un million et demi d'Israéliens vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors que 40% du revenu des 500 plus grandes entreprises du pays sont contrôlés par 19 familles. Victimes d'un taux de chômage et de pauvreté élevés, les arabes d'Israël sont les laissés pour compte de la croissance économique. Plus de la moitié des familles arabes (54,8%) vivait en 2007 sous le seuil de pauvreté (avec un revenu d'environ 1000 euros par mois), contre 48,4% en 2003, selon un rapport du centre israélien Adva pour “l'Egalité et la justice sociale”. Surtout, Israël, dont une grande partie de la population vit dans un sentiment d’insécurité, reste loin d’avoir fait la paix avec tous ses voisins.

Un pays en guerre
Si l’Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec l’Etat hébreu, ce dernier reste un pays aux frontières floues, toujours en état de belligérance avec les Palestiniens, la Syrie, le Liban et l'ensemble des pays de la région, notamment l'Iran. Le président américain, George W. Bush, a beau jurer croire en un accord de paix israélo-palestinien avant la fin 2008, d’un côté comme de l’autre, personne n'est dupe. Bush n’avait jamais mis les pieds en Israël en sept ans de présidence avant janvier, mais il est venu fêter les 60 ans de l’Etat juif. “L'Amérique est à vos côtés pour briser les réseaux terroristes et priver les extrémistes de sanctuaires”, a-t-il affirmé devant le Parlement israélien. “La population d'Israël n'est peut-être que d'un peu plus de 7 millions. Mais quand vous faites face à la terreur et au mal, vous êtes 307 millions parce que l'Amérique est à vos côtés”, a-t-il ajouté. Bush a eu beau assurer que les Palestiniens auront “la patrie dont ils rêvent et qu'ils méritent depuis longtemps”, sa visite en Israël a conforté la conviction d'un parti-pris aveugle pour l'allié israélien chez la majorité des arabes et des Palestiniens, qui le voient partir sans regrets. Avec la Syrie et le Hamas, deux annonces sont venues donner un peu d’espoir : l’Egypte a affirmé qu’Israël avait donné son accord de principe à une trêve dans la bande de Gaza, tandis qu’Israël et la Syrie ont dit avoir engagé des négociations indirectes de paix sous les auspices de la Turquie. Seul l’avenir pourra dire si ces annonces constituent véritablement des avancées vers la paix.



Dates. 60 ans de conflits

• 14 mai 1948 : Création d’Israël, suivie de la première guerre israélo-arabe, gagnée par l'Etat hébreu en 1949.
• 1956 : La nationalisation du canal de Suez par l'Egypte entraîne la deuxième guerre israélo-arabe. Israël est soutenu par la France et le Royaume-Uni, mais Washington et Moscou contraignent les troupes occidentales à se retirer.
• 1967 : Troisième guerre israélo-arabe, dite des “Six-jours”. Israël occupe le Sinaï, la bande de Gaza, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et le plateau du Golan.
• 1973 : Les Etats arabes attaquent de nouveau Israël qui repousse l'assaut : c'est la “guerre du Kippour” d'octobre 1973.
• 1979 : Signature du traité de paix israélo-égyptien.
• 1982 : Israël envahit le Liban et chasse l'OLP de Yasser Arafat de Beyrouth. Les troupes israéliennes occupent le sud du pays jusqu'à leur retrait en 2000.
• 1986 : Un ancien technicien israélien du nucléaire, Mordechaï Vanunu, fait savoir que son pays possède l'arme atomique. Cette révélation, jamais démentie ou confirmée en Israël, est considérée comme exacte.
• 1987 : Première Intifada.
• 1993 : Israël et l'OLP signent à Washington une “déclaration de principes” sur une autonomie palestinienne transitoire de cinq ans. C'est le premier accord de paix entre Israël et les Palestiniens, scellé par la poignée de main historique entre Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin (assassiné en 1995).
• 2000 : Seconde Intifada.
• 2005 : Israël se retire unilatéralement de la bande de Gaza.
• 2006 : Guerre entre Israël et le Hezbollah libanais.
• 2007 : Le Hamas prend par la force le contrôle de la bande de Gaza. A Annapolis (Maryland), George W. Bush lance l'idée d'un accord israélo-palestinien avant la fin 2008.

 
 
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