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Par Nina Hubinet
Afrique du sud. La chasse à létranger
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Armés de machettes ou de bâtons,
les émeutiers veulent casser
de limmigré.
(AFP)
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Depuis le 11 mai, les violences xénophobes ont fait 42 morts à Johannesburg. La pauvreté extrême dans les townships, mais aussi l'ethnicisation du discours politique, ont mis le feu aux poudres.
Depuis dimanche 18 mai, plusieurs commissariats et églises de Johannesburg se sont transformés en petits camps de réfugiés : ressortissants zimbabwéens, mozambicains ou malawiens s'y sont abrités, fuyant les émeutiers armés de machettes, de couteaux et de |
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bâtons qui les pourchassaient. Selon les autorités, plus de 16 000 personnes ont été déplacées par les violences xénophobes qui ont secoué la capitale sud-africaine.
Nombre d'immigrés jurent qu'ils ne remettront plus les pieds en Afrique du Sud, terrorisés par ce qu'ils ont vu ou subi : personnes brûlées vives ou battues à mort, femmes violées, biens et commerces allègrement pillés
Alors que le gouvernement semblait avoir repris le contrôle de la situation à Johannesburg, de nouvelles violences, visant des Nigérians, ont éclaté dans la nuit de mardi à mercredi à Durban, dans le sud du pays. Le président Thabo Mbeki a décidé de déployer l'armée en renfort de la police, pendant que Nelson Mandela, l'icône nationale, appelait au calme.
La nation arc-en-ciel, le pays de la tolérance, ne serait donc qu'un mythe ? L'image de l'Afrique du Sud, qui accueillera la Coupe du monde de football dans deux ans, est certes écornée par ces émeutes, mais il n'est pas surprenant que les étrangers soient pris pour cible. Les violences xénophobes sont régulières. Elles reviennent tous les deux ou trois ans, explique Philippe Gervais-Lambony, géographe à l'université Paris X - Nanterre et spécialiste de l'Afrique australe. Habituellement, l'intervention de la police suffit à apaiser ces flambées de violence, en général peu meurtrières. C'est en fait, d'après le chercheur, l'ampleur de cette nouvelle vague xénophobe qui est inédite.
La pauvreté, mais pas seulement
Les townships, quartiers pauvres de la périphérie de Johannesburg, ont fourni le gros des bataillons d'émeutiers. Ces derniers accusent les Zimbabwéens, les Mozambicains et les Malawiens (qui constituent les trois principales communautés étrangères), de voler leurs emplois et d'alimenter la criminalité. Il y aurait environ cinq millions d'étrangers en Afrique du Sud (sur une population de 50 millions), dont trois millions en provenance du Zimbabwe. Le flot venu de ce pays frontalier s'est amplifié depuis 2000 à cause de la crise économique qui y sévit. Et les violences post-électorales ont poussé encore plus de Zimbabwéens à l'exil ces derniers mois. Mais, selon Philippe Gervais-Lambony, les récentes vagues d'immigration n'expliquent pas la crise actuelle, ni la pauvreté extrême des populations des townships, qui n'est pas nouvelle.
De là à penser que la colère des plus pauvres est instrumentalisée par un groupe politique, il n'y a qu'un pas, qu'a franchi Paul Veryn, l'évêque de l'église méthodiste de Johannesburg. Ce dernier a laissé entendre que l'Inkatha Freedom Party (IFP), parti zoulou, aurait orchestré ces violences. Les élus locaux jettent de l'huile sur le feu avec leurs propos xénophobes, constate pour sa part Claire Bénit-Gpaffou, enseignante à l'Université Witwatersrand. Selon cette Française expatriée, la xénophobie est un sentiment très présent : Quand je parle de ces violences avec des Sud-africains, ils répondent qu'on aurait pu demander aux Zimbabwéens de partir gentiment. De nombreuses personnalités sud-africaines dénoncent aussi la responsabilité du gouvernement : la brutalité employée habituellement par la police envers les étrangers a pu légitimer les violences actuelles.
Un autre facteur entre en ligne de compte : l'ethnie. Nous ne voulons pas de Shangaans ici. Ce sont des criminels, lançaient des émeutiers, cités par le quotidien sud-africain le Mail&Guardian. Le 11 mai, les émeutes sont parties d'un foyer de travailleurs zoulous dans le township d'Alexandra. Et des Shangaans sud-africains, et non étrangers, ont également été tués. Par ailleurs, Jacob Zuma, le nouveau dirigeant de l'ANC (le parti au pouvoir), qui a de bonnes chances d'être élu président de l'Afrique du Sud dans quelques mois, est lui-même zoulou et joue volontiers sur le registre nationaliste. Cette tendance croissante des hommes politiques à évoquer l'ethnie ou la nationalité a probablement influencé les émeutiers, qui ont pu penser que les violences xénophobes seraient désormais moins sévèrement condamnées. Aller contre ces constructions mentales ne sera pas une tâche aisée. |
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