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Par Cerise Maréchaud
Portrait. Serial acteur
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Aissam Bouali, ingénieur dans
le civil, comédien par vocation.
(DR)
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Ses films sont encore peu connus, mais il y crève lécran. Gueule marquante et jeu incarné, Aissam Bouali, ingénieur à la ville, puise dans sa double vie pour vivre le cinéma quil aime.
Cest qui ce loubard ?, est-on tenté de penser en voyant débouler le jeune homme. Bouc taillé à la serpe, anneau à loreille gauche et grosse chaîne en argent sous un col ouvert : il ny a que sa voix cassée que lacteur de 31 ans naura pas grimée pour devenir Mehdi, héros dun épisode de la nouvelle série Les Figurants, prochainement diffusée sur |
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Al Aoula. Problème : le tournage a été reporté à la dernière minute, et Aissam doit reprendre l'avion pour la Suisse, où il vit. Il nest pas à un aller-retour près. Janvier dernier, il jouait du flingue à Agadir, sur le plateau de The Red line, dernier film du Belgo-marocain Brahim Chkiri (coproduit par la SNRT et Faouzi Vision). L'histoire d'un flic qui, dans sa quête de vengeance, glisse inexorablement vers la folie. Un polar bien noir, revisitant le cultissime Infernal affairs, du Coréen Andrew Lau, et où Aissam Bouali se paie le luxe daffronter Mohamed Qissi, Tong Po pour les intimes des arts martiaux. Cest aussi à Agadir (ville où le môme des Hauts-de-Seine est envoyé par son père en internat, de sept à treize ans, pour apprendre larabe et la vie au bled) que Aissam avait enchaîné trois tournages pour la Film Industry : Aller-Retour en enfer, de Yassine Fennane, El Guerrab et La Vague blanche, de Ali El Mejboud.
Brando, lidole
Quimporte la médiatisation limitée de ces films : sous les traits de personnages fêlés ou écorchés vifs, Aissam Bouali crève lécran. Primo, il a une gueule, une vraie. Secundo, un jeu moderne, "explosif", comme le décrit son partenaire Mourad Zaoui : Il ma donné la chair de poule et même tiré quelques larmes. Il ne réfléchit pas trop, pour mieux se lâcher. Mais cest beaucoup de travail en amont. Jaime dessiner mon personnage, lui trouver ses accessoires, écouter sa zik
Après chaque scène de La Vague blanche, jallais faire la fête, et pas mal de bêtises, glisse-t-il, sourire en coin. On ma parfois reproché de surjouer. Mais Nasser, le personnage, surjoue déjà dans la vraie vie. Et puis regarde Al Pacino dans Scarface : il n'est pas Cubain, il en fait trop. Même le surjeu peut être pertinent.
Le jeunot se comparerait-il au monstre sacré ? Loin de là
Aissam lui préfère Brando et assure surtout ne pas se prendre au sérieux. Jai pas la discipline dacteur, le côté se vendre, faire son book, appeler des gens
. Les premiers rôles lui sont justement confiés par des potes : comme dans le court-métrage Psycho, de Ali El Mejboud, tourné en parallèle dun stage de fin détudes à Bruxelles, dans l'une des plus grosses boîtes dindustrie chimique au monde. Cest que notre homme est en école dingénieurs, à lUniversité de Technologie de Compiègne, section Génie des systèmes mécaniques 2003. Ce qui ne lempêche pas denchaîner devant la caméra pour Yassine Fennane, autre ami de jeunesse, dans le court-métrage Chemise blanche, cravate noire, l'histoire d'un gars qui étrangle sa nouvelle nana.
Guère apeurée, une copine comédienne lappelle pour lui donner la réplique sur un casting. Jai été pris, pas elle, résume Aissam qui joue Saïd, un Belge dorigine marocaine, passionné de littérature et victime de racisme. Malgré le côté un peu cliché du rôle, il ne crache pas dessus. Il mont rappelé le jour où je devais signer un contrat chez Géoservices, se rappelle-t-il. Entre un salaire tutoyant les 3000 euros et la vie de bohème sur les planches, un choix simpose. Aissam laisse tomber le pétrole, pour jouer, pendant près dun an, dans La Chanson de septembre, pièce de Serge Kribus mise en scène par Anne Coutureau, au Théâtre 13 à Paris.
Pas faire la pute
Une agence le repère et le met sur le coup des Talents de Cannes 2004, sorte de tremplin dont les happy few (Audrey Tautou et Assâad Bouab seraient passés par là) se répartissent au générique de dix courts-métrages. Aissam se fait diriger dans Personnes en danger (dans le rôle d'un flic qui, frustré avec sa femme, déverse sa tension sur une plaignante), de Pierre-Loup Rajot. Sa meuf, cétait Emmanuelle Béart, indique-t-il pour situer le cinéaste. À Cannes, Aissam monte les marches, défoncé, se souvient-il, hilare mais sceptique. Cest pas ce qui ma fait tripper. On savait quon irait au Festival avant même de tourner les films. On le méritait pas, estime-t-il, peu enclin à la grosse tête.
À fortiori quand il sagit de ne se voir proposer, par la suite, que des rôles de racailles, quil refuse invariablement. Ça ma dégoûté du cinéma français, vraiment pas très original. Heureusement, ça commence à changer avec Gaspard Noé, Jacques Audiard
. Des auteurs qui font dans le trash, le noir, le moralement incorrect. Avec, pour acteur fétiche, Vincent Cassel. LA rencontre du Festival de Cannes, se souvient Aissam. Je crois quil ma pris pour quelquun dautre, dit-il le plus sérieusement du monde. Il ma parlé de surf, du Maroc, où il venait de tourner Agents secrets
à aucun moment on n'a causé cinéma, poursuit-il, admiratif. Il ment pas, il sadapte partout, il tient tête aux Ricains.
Aissam, lui, en est à tâter le terrain. Et commet l'impair d'une pub Knorr. Pas pour le fric - 6000 euros la demi-journée - mais pour voir ce que cétait. Verdict : quand on veut faire de lalimentaire, on risque vite de faire la pute. La seule manière de rester indépendant, cest davoir un métier à côté. Embauché à plein temps chez Alsthom, Aissam pose des conditions dans le contrat : En cas de tournage, on me laisse partir. Le reste du temps, il assiste et pilote les sites de la boîte, parle allemand, français, anglais et espagnol, voyage à Taïwan, vit avec sa fiancée à Baden. Cest paisible, plus naturel, décrit-il en roulant ses clopes dans du papier au chocolat.
Petits meurtres entre amis
On est loin du psychopathe récurrent qui pointe sous ses personnages. Mais cest bien parce quil est à labri des fins de mois difficiles que Aissam Bouali se fait plaisir avec ses potes. Pas par défaut, mais parce quon est dans le même délire, on aime le même cinéma. Des films de genre, à la fois très codifiés et très créatifs. Dans Dangerman, court déjanté de Yassine Fennane, Aissam donne vie au premier super-héros marocain. Dans El Aroubi, du même Fennane, il trempe en eaux mafieuses. Il est aussi un père de famille qui pète les plombs et assassine sa famille à la chevrotine dans Papillon, de Ali El Mejboud, chabrolien malgré lui. Dans lappart-bureau de ce dernier, sous une affiche dApocalypse Now, ils peuvent passer des heures à décortiquer plans, dialogues et lumières dun grand cru 1975, genre Coppola, Leone ou Bertolucci.
Et puis, il y a cette envie commune de désamidonner le 7ème Art marocain, qui pêche parfois par sa lourdeur sociale ou son pseudo intellectualisme. La nouveauté dérange, on nencourage pas assez les jeunes, déplore-t-il, évoquant ces films qui circulent dans les festivals étrangers (La Vague blanche, Squelette
) et dont on nentend même pas parler ici. Sa stratégie est bonne, estime Mourad Zaoui, privilégier de bons premiers rôles avec de jeunes réalisateurs en pleine ascension. Si je peux vivre de ça, je le ferai, espère l'intéressé. Ou si, un jour, il en a assez dêtre ingénieur le lundi, et serial killer le mercredi. |
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Série. 40 minutes de figuraction
Dans la veine de Short Cuts de Robert Altman, et dans un esprit de court-métrage, Les Figurants (titre provisoire), future série d'Al Aoula coproduite par la SNRT et Image Factory, déclinera en 24 fois 40 mn des histoires speed et urbaines, sous la direction alternée de Ali El Mejboud et Yassine Fennane. Des personnages sans lien direct entre eux, se passant le relais dun épisode à lautre, pour vivre chaque fois une aventure différente, dans un style de réalisation distinct (polar, action, humour
). Dénominateur commun : lurgence - une heure daction en temps quasi réel - et le lieu, Casablanca. Dans le pilote, Saïd Taghmaoui semmêle les pinceaux avec une valise compromettante. Dans lépisode en tournage depuis mi-mai, Aissam Bouali est un zmagri ex-braqueur qui rentre au pays pour se mettre en planque dans une station-service, jusquà larrivée surprise de deux anciens potes de la cité. À suivre
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