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N° 326
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fahd Iraqi

Tourisme. Les couacs du Plan Azur

D’ici 2010, le site de Lixus, près
de Larache, accueillera un
gigantesque complexe hôtelier.
(DR)

Les premiers hôtels des six nouvelles stations balnéaires devaient ouvrir leurs portes cet été. L’échéance est finalement repoussée d’au moins deux ans. Le point sur le programme-phare de la vision touristique du Maroc.

Nichée au cœur d’une forêt, la falaise surplombe une plage de sable doré, s’étendant sur 6 km. Bienvenue sur le site Lixus, à 5 km de Larache. C'est là, pas loin des vestiges du légendaire comptoir phénicien, que sortira de terre une infrastructure touristique paradisiaque. Une quinzaine d’hôtels, des centaines d’appartements et
de villas haut de gamme, des golfs, une marina… Port Lixus est l'une des six fameuses composantes du Plan Azur. Mais ce 28 mai, on est encore loin de ce décor de rêve. Quelques trous de golf, une poignée de villas-témoins, quelques routes et beaucoup d’engins témoignent des travaux herculéens pour lesquels 500 millions de dirhams d’investissement auraient été déjà engagés. L’avancement du projet a visiblement pris du retard. Révolu le temps où l'on projetait une ouverture des premiers hôtels pour 2008. Oubliées, aussi, les promesses faites par l’aménageur, l’année dernière, pour un lancement en 2009. Aujourd’hui, on parle plutôt de la saison 2010. “Il y a certes un décalage par rapport au planning initial, mais c’est la réalité du terrain qui prime”, avoue Jean-Claude Herman, directeur de développement de la société Salixus, consortium d’aménageurs piloté par le groupe belge Thomas & Piron. Déjà, l’année dernière, le management de Salixus invoquait, pour justifier le retard, les difficultés liées au foncier, les problèmes d’adduction d’eau ainsi que les changements intervenus dans la convention initiale. Aujourd’hui, on affirme toutefois que le plus dur est fait. Et comme pour rassurer sur le nouvel échéancier, Port Lixus ouvre pour la première fois son site aux médias. On convie même le ministre du Tourisme à donner le coup d’envoi des travaux de construction des deux premières unités hôtelières. Mais Mohamed Boussaïd n’est pas là que pour la posture protocolaire. Aux différents promoteurs qui lui présentent leurs projets, encore en friche, il évoque invariablement les délais. “Il faut assurer un suivi permanent sur le terrain et mettre la pression sur tous les aménageurs pour tenir les délais”, nous explique le ministre du Tourisme. Une manière de dire que le Port Lixus n'est pas un cas isolé.

Un retard en cache un autre
Changement de décor, vers la côte méditerranéenne. À Saïdia, la société espagnole Fadesa construit une autre station du Plan Azur. Là aussi, le projet est pharaonique : 700 hectares, 3 golfs, 8 hôtels, une marina et des milliers d’appartements et de villas. Les travaux de la station, attribuée en même temps que Port Lixus (en 2004), sont nettement plus avancés. La forêt et la plage vierge ont depuis longtemps cédé la place à des villas dans les terres et des chantiers d’hôtels en front de mer (au grand dam des écologistes de la région). Mais même si Saïdia Mediterranea semble quasi prête, son ouverture est repoussée à l’année prochaine. Un troisième report : au démarrage des travaux en 2004, on annonçait 2007 comme délai de livraison du premier hôtel. Arrivée cette échéance, les promoteurs ont déclaré vouloir attendre 2008. Mais cette année encore, alors que le projet est passé entre les mains d'Addoha (qui a racheté 50% de Fadesa Maroc), les nouveaux managers annoncent qu'il n'y aura pas de clients dans les hôtels avant l’été 2009. “Nous aurions pu livrer le premier hôtel cet été, mais on est encore loin de la taille critique, en termes de capacité, pour pouvoir réellement lancer la destination. Il faudra donc achever les deux autres établissements toujours en chantier”, nous confie une source d’Addoha. Port Lixus risque aussi de sacrifier une saison s’il n’y a pas de simultanéité dans l’exécution des chantiers. En effet, les quatre hôtels promis pour 2010 risquent de ne pas être tous prêts au deadline prévu. “Nous avons la chance d’être adossés à une grande société de bâtiment, explique Mohamed Kebbaj, administrateur de SGTM immobilier, attributaire du lot d’un des hôtels de Port Lixus et filiale d’un des plus gros groupes BTP au Maroc. Nous pouvons alors tenir le délai de 18 mois pour la construction d’un hôtel. Pour nos confrères, la tâche s’avère plus compliquée, vu la multiplication des chantiers et la pénurie de main-d’œuvre et d'engins”.

Des délais peu réalistes
Les autres stations du Plan Azur ne sont pas plus dans les temps. Celle de Mazagan, à El Jadida, également attribuée en 2004, n’a donné son premier coup de pioche qu’en juin 2007. Là encore, les causes du retard sont multiples : élargissement du tour de table du consortium d’aménagement et difficultés au niveau du foncier, entre autres. Même la convention d’investissement de 3 milliards de dirhams, concernant la première phase, n’a été signée avec le gouvernement que courant 2008. “Le délai de 2009, annoncé pour l’ouverture, paraît intenable”, nous confie un observateur du secteur. Idem pour la station Mogador à Essaouira. Celle-ci devait être ouverte durant l'été 2008, si l’on s'en tient aux termes de la première convention signée entre Seamog, société du consortium aménageur (piloté par Risma), et le ministère du Tourisme en 2004. “Le projet a été complètement transformé entre-temps et une nouvelle convention a été signée en 2006”, confie un responsable de la société d’aménagement. Et même l’échéancier de ce dernier accord, prévoyant une ouverture pour 2009, semble compromis : “Nous sommes bien avancés par rapport aux infrastructures, mais nous avons déjà neuf mois de retard par rapport au lancement des travaux de construction”, explique notre source. Les deux dernières stations, quant à elles, avaient accusé du retard dès le processus d’attribution. Taghazout à Agadir était entre les mains du groupe Dallah Al Baraka, quand le Plan Azur avait été annoncé en 2002. Mais le projet avait tellement traîné qu’il a été retiré au groupe saoudien pour être attribué en 2006 à Colony Capital. Enfin, la Plage Blanche, dans la région de Guelmim, n’a trouvé preneur qu’en septembre 2007 et l’on est aujourd’hui encore dans la phase des études.

C’est donc tout le Plan Azur qui se retrouve décalé par rapport au planning initial. Une situation qui, à en croire les responsables du secteur, n'a rien de dramatique. “Nous avons fait exprès d’annoncer au départ des délais très serrés, pour pousser les aménageurs à accélérer la cadence, nous explique un des concepteurs de la vision 2010. Cela dit, les retards accusés jusque-là ne sont pas si graves, vu l’ampleur de ces projets”. Même son de cloche auprès du ministère du Tourisme. “Les échéances initiales ont été très ambitieuses. Mais là, nous avons une meilleure visibilité sur l’avancement du chantier et nous ferons tout pour que les nouveaux délais soient respectés”, souligne Mohamed Boussaïd. Promis juré, donc, en 2010, le rêve du Plan Azur prendra corps, sauf surprise. Le nouveau compte à rebours est lancé…


Fiche technique des 6 stations du plan azur
Stations
Lixus
Saïdia
Mazagan
Mogador
Plage
Blanche
Taghazout
 Aménageurs Thomas&Piron Colbert Orco
H Partners
Fadesa
Kerzner
Somed
CDG
MAMDA
Risma
Thomas&Piron
Colbert Orco
Fadesa
Colony Capital
Satocan
Lopesan
 Superficie (en ha)
462
713
514
580
632
615
 Lits hôteliers
10 100
16 900
3900
6800
19 500
15 800
 Emplois directs
5000
8000
2000
3300
10 000
8000
 Investissement (en Mrd DHS)
5,6
12
6,3
5,6
10
20
 Ouverture
2010
2009
2009
2010
2012
2009



Investissement. Effet d’entraînement

Depuis son annonce en grande pompe en 2002 (dans le cadre de la vision 2010), le Plan Azur a constitué un véritable produit d’appel pour attirer les investisseurs internationaux. Kerzner, Thomas & Piron et Fadesa ont été les premiers internationaux à se positionner, en s’adjugeant les stations de ce plan d’aménagement. Depuis, nombre d’autres enseignes mondiales leur ont emboîté le pas en lançant, à coups de milliards de dirhams, des projets dans les pôles touristiques du pays comme Tanger, Marrakech ou Agadir. L’effet d’entraînement a aussi touché les investisseurs locaux. Outre les grandes banques, qui ont constitué des fonds d’investissement dédiés au tourisme, les groupes immobiliers marocains (pour ne citer qu’Addoha ou CGI), initialement spécialistes du logement social, se sont lancés dans les projets touristiques. Même le leader marocain des BTP, SGTM, a renoué avec la construction d’hôtels et d’immobilier de luxe. Pourvu que ça dure…

 
 
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