Scandale. Le Maroc des fosses communes
Prisons. En attendant l'effet Benhachem
Analyse. Amaoui, un zaïm aux abois
Nostalgie. L'âge d'or de la presse partisane
Italie. Berlusconi Vs les poubelles
Tourisme. Les couacs du Plan Azur
Histoire. Le Saladin intime
Portrait. Serial acteur
N° 326
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Ismaël Lô, l’une des têtes
d’affiche du Festival de Fès.
(DR)

L’Boulevard. Dix ans et toutes ses dents


Dix ans ! Arrivé au premier gros carrefour de son existence, L’Boulevard fête son dixième anniversaire avec pas mal de surprises. La première : le Tremplin, qui pourrait devenir itinérant, s’offre enfin une vraie belle scène pour lui tout seul, du 9 au 11 juin, au Théâtre Mohammed V de Rabat. “On peut y faire jouer plus de groupes, tout en retrouvant l’ambiance d’une salle, comme à la FOL des débuts”, explique Hicham Bahou, co-fondateur de L’Boulevard. En plus, “les six vainqueurs
(sur 26 candidats) auront cinq jours de formation technique et managériale avec les Bubblies, groupe toulousain qui s’autogère de A à Z, avant de rejouer à L'Boulevard”. Celui-ci se tiendra du 19 au 22 juin, très probablement au COC/RUC. Ceci malgré la tentative de l’équipe de le délocaliser à l’Aérodrome d’Anfa, bien plus vaste, pour marquer le coup et “rendre hommage à cet espace que les Casablancais ne connaissent pas, mais qui va disparaître”. Côté têtes d’affiche, honneur aux groupes du terroir, au nombre de 40, côte à côte avec quelques hôtes étrangers : après Dirty Fonzy et Desert Rebel au Tremplin, place à Band of Gnawa, The Exploited, Psykup et Puppet Mastaz sur L'Boulevard. Sans oublier les “plus” habituels : du 23 au 25 juin, le Festival du docu musical, avec Génération Boulevard de Hicham Bajjou et Simo Slaoui, Fangafrica de l’association StayCalm ou encore Ethiogroove d'Anaïs Prosaic. Enfin, le Kounache sur le gâteau, avec une rétrospective choc et un dossier “oldies” sur les rockers marocains des années 60 à fin 80, Golden Hands, Vigon et Jauk en tête. Aïd milad saïd !


Sortie. Jeu de baballe

Une histoire d’amour, d’argent et… de football américain. Voilà comment on pourrait résumer Jeux de dupes, le dernier film de George Clooney… en tant que réalisateur. Nous sommes en 1925. Les Bulldogs, petite équipe amateur de football américain parmi tant d’autres, ne remplit plus les stades et doit fermer boutique. Son capitaine, Dodge Connelly (George Clooney), veut se servir du football universitaire pour récupérer joueurs et public. Il fait donc appel à l’idole des jeunes, Carter le bolide (John Krazinski), joueur décoré héros après la Première guerre mondiale. Mais l’arrivée de la reporter Lexie Littleton (Renée Zellweger) change ses plans… C'est sur ce scénario mince comme du papier à cigarettes que Clooney déroule un film sans prétention, vacillant entre la comédie romantique et la reconstitution nostalgique de l’Amérique des années 20. Un pur divertissement bien ficelé et parsemé d'humour, où le duo Clooney-Zellweger se fait manifestement plaisir. What else ? À voir tout de même, pour le plaisir des yeux (de ces dames).

Jeux de dupes, au mégarama.



Peinture. L’empreinte de Flo

Le corps, dans la peinture de Florence Arnold, surgit telle une apparition, précieusement protégée par un halo de couleurs à la fois douces et denses. Discrètement, ce corps se laisse aller sur la toile de l’artiste, dont le travail a résolument gagné en maturité. Florence Arnold donne à voir le meilleur de ses vies au Maroc, en Algérie, en Côte d’Ivoire et au Cameroun : un sens de la narration propre à ceux qui ont connu le voyage. L'artiste n’en est pas à son premier, loin s’en faut. Depuis 1996, elle sillonne les galeries en France, aux Etats-Unis et au Maroc, et jette l’ancre du 5 au 21 juin à la galerie Théma, rue Taha Houcine, à Casablanca.


Festival. Timitar, cinquième !

Plusieurs scènes dans la ville, une cinquantaine de concerts en six jours, 600 artistes d’ici et d’ailleurs… Pour sa cinquième édition, Timitar a de nouveau vu grand, tout en restant fidèle à une identité forgée dès sa naissance : faire (re)découvrir les différentes familles de la musique amazighe. Agadir met donc à l'honneur les rythmes traditionnels du Souss, qui ouvriront le bal tous les soirs. Pour commencer, Izenzaren, Tarragt ou Aït Laati. Suivra une programmation mêlant nouvelle scène marocaine et musiques du monde, ou plus exactement du continent africain. Les sonorités chaleureuses de Youssou N’Dour envahiront la ville pour la soirée d’ouverture. Puis, au fil de la semaine, Alpha Blondy, Rokia Traoré, Khaled et Salif Keita se relaieront pour chanter l’Afrique. “Le Festival ne recherche pas une programmation d’artistes internationaux de renom, mais la promotion d’artistes locaux”, insiste le staff organisateur. À noter, parmi les chanteurs du cru, la présence de Rap 2 Bled aux côtés de Darga et Fez City Clan.

Agadir, du 1er au 6 juillet.



Polémique. Fnaïre rate le coche

Les Marrakchis de Fnaïre doivent à l’heure qu’il est s'en mordre les doigts. Prévus dans la programmation du festival Mawazine, les inventeurs du “rap taklidi” se sont désistés quelques semaines plus tôt, ratant ainsi l’occasion… de recevoir le chèque royal de 250 000 dirhams, offert aux groupes de la jeune scène marocaine. Quelle mouche les a donc piqués ? “La grosse tête”, souffle-t-on du côté de l'organisation du festival rbati : “Ils ont revu à la hausse leur cachet et exigé de jouer en première partie de Juanes ou de Whitney Houston”. Du côté du groupe, on préfère tempérer. “Tout ceci n’est qu’une suite de quiproquos, assure Noufissa Bouanani, manager du groupe. Les négociations se sont multipliées mais nous ne sommes pas arrivés à un compromis. Nous avons demandé une grande scène, chose qu’on nous a refusée. Nous avons préféré nous retirer. Quant au don royal, nous ne regrettons rien. Pour le roi, nous aurions joué gratuitement”. Mouais.


Photographie. Regards sur villes

Les Rencontres internationales de la photo de Fès ont une ambition : devenir le deuxième rendez-vous photographique africain, après la prestigieuse Biennale de Bamako. Les deux événements ont d’ailleurs été partenaires pour cette deuxième édition de la manifestation fassie, proposant depuis le 24 avril une exposition d’une qualité indéniable, réunissant, autour du thème de la ville, des photographes de renom. En plus d’un panorama de jeunes talents, l'exposition propose des regards sur la ville dans tous ses états : Sebastian Schutyser immortalise les mosquées du Mali (Place Sofia), Ramirez montre Cuba sous un nouveau jour (Institut français) et, le clou des Rencontres, un hommage à l’Iranien Abbas (pilier des agences Sipa, Gamma puis Magnum), dont le travail The Children of Abraham est montré pour la première fois dans un pays musulman (Musée Batha).

Jusqu’au 16 juin, à Fès.



Disparition. Sidi Pollack

Réalisateur prolifique, souvent décrié par la critique pour un cinéma qu’il revendiquait lui-même comme commercial, Sydney Pollack, disparu le 26 mai dernier, a pourtant marqué de sa patte le 7ème Art mondial. Le grand public, dont il se disait être le serviteur, retiendra l’inénarrable Tootsie (1982), le sept fois oscarisé Out of Africa (1986), ou encore La firme (1993), dans lequel il dirigea le jeune Tom Cruise. Les inconditionnels se souviendront, eux, du duo Sydney Pollack-Robert Redford dans On achève bien les chevaux (1969), Nos plus belles années (1974) ou encore Havana (1990). Acteur de formation, Sydney Pollack a fait sa dernière apparition à l’écran dans Michael Clayton (2007) de Tony Gilroy, auprès de George Clooney.


Livre. La vie vécue de Rachida

Elle a éclos dans Sept chiennes de vie, triomphé avec La Vie rêvée de Fatna. Quatre ans plus tard, Rachida Khalil, comédienne experte ès one woman shows corrosifs, continue de régler ses comptes avec l’existence, la plume remplaçant les planches. Le Sentier de l’ignorance (Ed. Anne Carrière), premier roman “presque” autobiographique, raconte Rosenas, gamine des montagnes rifaines, graine de rebelle que les parents ne savent plus trop bien s’ils doivent l’arroser ou l’arracher. À Mantes-la-Jolie, banlieue parisienne où la famille émigre, profs et bien-pensants en prennent aussi pour leur grade. Garçon manqué, amoureuse des plaisirs défendus, voleuse chevronnée, fugueuse insouciante, mariée de force, saltimbanque ou militante… autant de visages pour un seul cri, contre le poids des traditions et la petite mort induite par l’abdication.


Music-hall. Début de Folie’s

Des serveurs en rollers slaloment entre les cracheurs de feu, un homme faucon s’élance au-dessus des tables, des mimes se chamaillent sur les échafaudages, des chevaux de bois hennissent parmi les cancans… Depuis le 8 mai, Les Folie’s de Marrakech fait son show. Dans une immense salle à l’ambiance mi-médina mi-opéra, après un dîner finement gastronomique, les 47 artistes, convaincants, enchaînent tout sourire et sans temps mort des tableaux extravagants, parfois décalés et souvent drôles. Petit bémol : dans cette prolifération de décors et costumes, on ne sait pas toujours où regarder et des petites choses sont encore à régler côté son, lumière et trame de l’histoire, qui manque de clarté. Mais foi de spectateur, le premier music-hall du Maroc fait une entrée digne d’intérêt.



Humeur.
Le 3ème œil

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Conjuguer l’alcool et les insomnies rendrait lucide, croit savoir une source proche du comptoir. Un jour, un vieil aveugle fatigué entre dans un bar, une fille canon à son bras, la main tendue à la place du non-voyant pour recevoir l’aumône des clients. Les questions tournent vite dans la tête quand le sommeil manque, l’alcool coule, et que l’on se croit plus malin que les autres. Etait-elle vraiment sa fille ? Etait-il son père ? Qui avait loué l’autre pour optimiser la recette ? Lui, pour réveiller la libido des hommes ? Elle, pour humaniser les mêmes hommes ? Les clients la dévoraient des yeux, on ne le voyait plus. Lui ne remarquait rien. Elle percevait tout, exposée en pleine lumière, sans les lunettes de soleil de son père aveugle. Le désir des hommes se pose sur son corps et la méfiance qui habitait leurs regards. Trop belle pour être honnête, trop sexy pour être une vraie pauvre, trop voyante pour faire la manche. C’était énorme, ça ne pouvait pas être, se dit-on quand on se croit extralucide. Plusieurs clients ont jeté une pièce à la fille, juste pour la forme, parce que ce n’était pas cher payé pour accrocher ses yeux revolver. Elle ne les a pas décollés un seul instant du sol. C’était vraiment son père, elle était sa fille. Tous l’avaient diffamée d’un simple coup d’oeil. Elle aurait mérité des dommages et intérêts. Plus que le dirham symbolique…



Blad Schizo triomphe
Le jury international du FICAM est littéralement tombé amoureux du clip réalisé par Chouaïb Chirour et Amine Beckoury pour la chanson Blad Schizophrène de Hoba Hoba Spirit. Il lui a justement décerné le Grand prix de la première compétition africaine du court-métrage d’animation. Bravo.


Electro night
L’équipe d’Alternatif Magazine se transforme, le temps d’une soirée, en électrons libres de l’electro et organise “Alternight” au Ce’on, boîte de nuit casablancaise. En têtes d’affiche : Pro7, le zmagri de l’electro, Daox et sa transe, Mood et sa musique minimaliste… Le tout dans un décor signé Night of spirit. Rendez-vous le 6 juin.


La palme de la classe
On attendait un manifeste politique, c’est finalement un regard humain qui fut distingué. Entre les murs, immersion dans une classe de 4ème en France, de Laurent Cantet, a décroché à l’unanimité la Palme d’or du 61ème Festival de Cannes. “Le lauréat devra être très conscient du monde qui l’entoure”, avait prévenu le président du jury, Sean Penn. Dont acte.

 
 
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