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Par Abdelkrim Chiguer
Débat. La musique de la rupture
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Les Hoba Hoba Spirit en concert.
(TNIOUNI)
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Les Hoba Hoba Spirit, comme cette fameuse nouvelle scène, apportent une nouvelle perception de la musique, plus proche de notre quotidien et en rupture avec l'anesthésiante chanson marocaine officielle.
Trabando, c'est le titre de l'avant-dernier album du groupe rock casablancais Hoba Hoba Spirit, (Haiha Music, mars 2007). Pour moi, ce fut une rencontre heureuse avec un antidote contre l'anesthésiante et harassante Musîkâ Sâmitâ officielle. La bande casaouie fait partie de |
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cette nouvelle mouvance, ravivant avec talent la fougue d'une siba désormais urbanisée, sublimée. Outre la diversité des références musicales, reflet d'un groupe en perpétuelle tournée entre les deux rives, l'album comporte aussi un ensemble de portraits et, par moments, d'autoportraits, dessinant une humanité qui nous fut trop longtemps interdite. L'un de ces portraits, peut-être le plus savoureux, est le morceau intitulé Al'Kalakh. Cette chanson reprend les dires du dramaturge Abdelkrim Berrechid qui, lors d'un entretien sur 2M, se déchaîne contre tout ce qui est produit de contrebande, à commencer par la musique. Il joue avec le feu, rétorque le chanteur et guitariste du groupe, Réda Allali. Où est l'Etat ?, s'interroge, furieux, le dramaturge, douanier autoproclamé de la culture marocaine. Sans réserve, il est celui qui se refuse à tout produit importé, qui vient de l'étranger, quand bien même pourrait-on le défaire et le refaire. Monsieur Berrechid est un gardien du temple de l'authentique, il se dresse, non sans surenchère, contre tout chewing-gum et autres hamburgers, tout ce qu'il considère comme un produit non cacheté.
Une guitare pour canon
Entonnée dans une darija épicée, sur un ton ironique, voire sarcastique, la réponse de Hoba Hoba Spirit avance patois, étouffant le tambour (Rimbaud). Et ce via un travail de greffe, au sens où, entre autres, gnaoui, chaâbi, rap, andaloussi et raï s'y interpénètrent selon le principe d'une interchangeabilité continue, une fusion de matériaux - piratage à tous les étages - avançant dans le sillage d'un Slaoui et son heureuse hybridité générique.
La musique fait-elle désormais rimer voir et écouter ? C'est en tout cas la conviction que donne l'album des Hoba Hoba Spirit. Miloudi, Super caïd, Maradona, Zerda, Tiqar, Intikhabât, Marock'n Roll II
ce sont toutes des chansons écrites et composées comme autant de zooms sur des personnages bien de chez nous, rendus trop longtemps invisibles par une chanson typique, rétive à toute voix ou expérience réelle. À travers une thématique diversifiée, l'angle d'attaque (rappelons à cet égard que le logo du groupe casablancais est un
blindé muni d'une guitare à la place du canon), le vrai pari se situe, à chaque fois, dans ce qui résiste ou peut encore le faire à tout moule immuable, qu'il se nomme recette culinaire, chanson ou encore cette fameuse identité culturelle. Le vrai pari est, au fond, d'investir les blancs (polychromies) sonores, gustatifs ou visuels qui y résistent encore.
L'heureux remue-ménage qu'est L'Boulevard atteste qu'aujourd'hui la musique marocaine, restée pendant des décennies fonctionnarisée, folklorisée à outrance, s'achemine vers une nouvelle perception qui, à terme, prendra les voies d'une perception physique du son, celle qui appréhende les aspérités de son matériau, en coupant court à tout usage incapable de troubler le moindre contour et de percer le moindre tympan, lequel resta anesthésié pendant des décennies par les ténors de la chanson nationale. Afin d'échapper au maillage d'un étatisme et d'un corporatisme souvent éculés, et du fait que le circuit façonne inévitablement le produit, les jeunes musiciens s'emploient aujourd'hui à mettre en place les premiers éléments d'un espace d'expression, permettant une meilleure diffusion, notamment via la presse écrite et les radios privées. De nouveau sur la route, les musiciens agissent en arpenteurs de territoires non cartographiés, déshérités. Aussi, l'immense mérite d'un groupe comme Hoba Hoba Spirit me semble résider dans ce travail de mise à plat, arrachant les mémoires musicales à toute hiérarchie culturelle et cultuelle exclusive. |
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