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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ahmed R. Benchemsi

Mais encore ?

Ahmed R. Benchemsi
(SEBASTIEN MICKE/PARIS MATCH)

El Himma fait du marketing, c’est très bien. Mais à part ça, qu’a-t-il à offrir ?


“Le Mouvement pour tous les démocrates n’est pas, et ne sera jamais un parti politique”, martèle son initiateur, Fouad Ali El Himma. Fort bien. Mais cela ne veut pas dire que “l’ami du roi” ne créera pas un parti politique, par ailleurs, dans les quelques mois ou années à venir. Ce qui se dessine est plus cocasse encore : l’ex-ministre délégué à l’Intérieur est en train de poser les bases d’un parti qui ressemblera comme deux
gouttes d’eau… au PJD, son pire ennemi ! Selon toute vraisemblance, le MTD sera au parti d’El Himma ce que le MUR (Mouvement unicité et réforme) est au parti islamiste : un vivier d’hommes et d’idées prétendument “apolitique”, mais qui n’est en fait que la base arrière d’une formation partisane aux buts clairement électoraux. Voilà pourquoi il faut s’intéresser à ce mouvement dès aujourd’hui même si son mentor se défend, la main sur le cœur, de tramer quoi que ce soit…

Que dit donc le MTD ? Que sa philosophie s’appuie sur 3 actes fondateurs du règne de Mohammed VI : la réforme de la Moudawana, le rapport du cinquantenaire et les travaux de l’Instance équité et réconciliation (IER). L’idée est judicieuse. Ces trois dossiers-là (avec les grands travaux d’infrastructures) sont ceux qui ont le plus marqué les 9 dernières années. “Construire” dessus est, effectivement, une bonne piste de travail pour un parti politique - existant ou à créer. Mais creusons un peu l’idée…

La réforme de la Moudawana ? Comme son nom l’indique, c’est une réforme, déjà votée au Parlement, déjà appliquée sur le terrain. Que reste-t-il à “construire” là-dessus ? Pas grand-chose, hormis en corriger les ratés (il y en a encore, notamment au niveau de l’application). En clair, se réclamer de la nouvelle Moudawana est un positionnement, pas une vision de l’avenir. À moins d’aller plus loin en proposant, par exemple, une loi garantissant aux femmes la même part d’héritage que les hommes.
El Himma osera-t-il ? On demande à voir…

Le rapport du cinquantenaire ? C’est une somme impressionnante d’analyses statistiques, présentant les acquis comme les ratés des 50 ans d’indépendance du Maroc. Sauf qu’il n’y a pas, en conclusion de ce rapport, de programme de travail sur ce qui reste à faire. Il faudrait en pondre un par secteur. El Himma et ses amis entendent-ils le faire ? Ce serait fantastique. Mais on n’a encore rien vu…

Reste l’IER. La création de cette instance, dont le but était de faire la lumière sur les exactions des années de plomb, a été un grand acte de courage politique de Mohammed VI, aiguillonné par feu Driss Benzekri. Surtout que le rapport final de l’IER était accompagné de “recommandations” pour que les exactions ne puissent plus se reproduire. L’application desdites recommandations consisterait à installer des mécanismes de gouvernance sérieux, à même de nous faire avancer vers une démocratie qui ne serait plus de façade. Mais à ce jour,
El Himma n’a pas dit clairement si, oui ou non, appliquer les recommandations de l’IER fait partie de ses objectifs. Là aussi, on demande à voir…

Récapitulons. Pour l’instant, les 3 axes majeurs de la vision du MTD (donc du parti à venir) ne sont que des paroles, du vent. On est loin de “l’action concrète” que prône l’ami du roi, la main sur le cœur. Pour y arriver, il est nécessaire d’entrer dans les détails. C’est l’objet, nous dit-on, des “débats participatifs” organisés par El Himma. Mais quand on examine ces rencontres de plus près, que voit-on ? Que les participants n’y viennent que pour trois choses : voir “Si Fouad” de plus près, se greffer à lui pour assurer son avenir politique, et/ou lui transmettre toutes sortes de doléances. On est loin de l’élaboration d’une quelconque vision, et encore moins d’un programme d’action. Le marketing, c’est utile, tous les politiciens devraient en faire. Mais à condition qu’il y ait quelque chose à “vendre”. Autre chose que la bonne vieille allégeance et l’éternel recours au “roi sauveur” - fût-ce à travers son ami de 30 ans…

 
 
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