USFP. Le combat des chefs
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

USFP. Le combat des chefs

Abdelouahed Radi, Mohamed
Elyazghi et Fathallah Oualalou.
Le zaïm sortant, entouré de deux successeurs potentiels.
(AIC PRESS)

Le 8ème congrès de l'USFP est celui de tous les dangers. Alors que quatre candidats se sont déclarés pour succéder à Elyazghi, d'autres fourbissent leurs armes dans les coulisses. TelQuel évalue les chances des uns et des autres.


Sauf revirement de dernière minute, le 8ème congrès du parti de la rose se tiendra les 13, 14 et 15 juin. Pour les socialistes, respecter le timing fixé par les statuts du parti (trois ans entre deux congrès) est déjà un motif de satisfaction. Certains avaient bien tenté, lors des
différentes réunions du conseil national, de défendre l'idée d'un congrès extraordinaire à l'issue duquel les membres du bureau politique pouvaient espérer garder leur siège. Mais, depuis novembre 2007, on sait que le congrès sera ordinaire et qu'il devra réélire toutes les instances du parti, en particulier le conseil national (sorte de parlement du parti) et le bureau politique (organe de direction). Autre fait marquant : les 2/3 du bureau politique (BP) seront entièrement renouvelés. En d'autres termes, seuls 9 membres de l'actuel bureau, sur 25, peuvent espérer être reconduits.

La première place du podium coûtera décidément très cher. Mais si le sprint final est lancé, les règles de la course ne sont pas encore fixées. Le scrutin de liste est certes en passe d'être adopté, mais les inconnues sont encore nombreuses : certains proposent par exemple que la liste majoritaire obtienne d'office les 2/3 du bureau politique, d'autres préféreraient une majorité plus réduite (la moitié plus un). La question du nombre de tours n'est pas fixée non plus. Un scrutin à un seul tour reviendrait à élire le BP sur une base très large (les 1365 participants au congrès), mais avec un risque d'émiettement important. Un deuxième tour favoriserait les regroupements : le congrès élirait (toujours au scrutin de liste) les membres du conseil national, qui à leur tour éliraient le bureau politique.

Au-delà des enjeux d'organisation et de démocratie interne, ce 8ème congrès intervient dans une situation de crise : habitué à jouer les premiers rôles depuis 1997, le parti de la rose a été relégué en cinquième position lors des élections de septembre dernier. Ce recul interpelle les leaders socialistes à plus d'un titre. Il s'agit pour eux de faire le bilan de dix ans de gouvernement, de clarifier la position de soutien critique au gouvernement El Fassi et, plus généralement, de fixer une nouvelle ligne politique, un nouvel horizon pour le parti. Dans cette course au titre, sept candidats peuvent briguer la place laissée vacante par Elyazghi. Chacun a choisi sa stratégie, chacun a son profil, ses défauts et ses qualités. Mais tous n'ont pas encore franchi le pas, certains d'ailleurs ne le feront pas, et d'autres pourraient fusionner leurs listes. TelQuel a fait le tri.



Quatre candidats déclarés

Fathallah Oualalou.
Le théoricien

L’ancien argentier du royaume est plus que jamais en lice pour prendre la tête de l'USFP. Principal argument : “Je suis disponible”. Effectivement, aux dernières législatives, Oualalou a préféré ne pas affronter l'épreuve des urnes. Il n'a pas non plus cherché à rempiler au ministère des Finances. Le premier secrétariat de l'USFP serait ainsi une voie de sortie idéale pour ce vieux loup de la politique qui ne brigue plus aucun ministère, mais rêve peut-être en secret de l'ultime consécration : la primature. A demi-mot, c'est d'ailleurs ce qu'il laisse entendre : “Si je suis élu, je n'ai pas l'intention de m'éterniser à la tête du parti : pas au-delà de 2012 en tout cas. Mais ma vision pour le Maroc, mon horizon d'analyse, c'est 2020”. Voilà qui est dit : Oualalou voit loin, très loin. C'est pour cela qu'il ne s'adresse pas seulement aux militants socialistes, mais aux Marocains de manière générale. “J'ai choisi de ne pas faire campagne au sein de l'USFP, mais de dialoguer avec l'opinion publique sur des thèmes qui me tiennent à cœur, par exemple ma vision du Maghreb”, explique-t-il. Depuis qu'il a quitté les ors du gouvernement, Oualalou est aussi plus libre de ses paroles, renouant avec la verve oratoire qui a fait son succès. Libre ainsi d'analyser l'intrusion de Fouad Ali El Himma dans l'arène politique : “Il ne faut pas que la monarchie soit plus proche d'un parti que des autres. Il n'est pas bon non plus de créer un parti par le haut”. Et toc !

Pour : la légitimité historique.
Contre : les échecs du gouvernement de l'Alternance.



Abdelouahed Radi.
Le sage

Le ministre de la Justice a été le premier à se dévoiler. Accaparé par sa fonction au gouvernement, il est pourtant tout sauf disponible. C'est dans son vaste bureau du ministère que Radi reçoit. Entre deux réunions et quelques soupirs, il a pu répondre à quelques unes de nos questions. Mais qu'on se le dise, Radi est un haut commis de l'Etat avant d'être un militant. Alors, pour les amateurs de discours coups de poing, prière de repasser. Le ministre de la Justice est un homme tout en rondeurs, justement apprécié pour sa tendance à relativiser, contextualiser et faire profil bas. Exemple : “Ce sont mes camarades qui m'ont poussé à présenter ma candidature. Je n'ai rien prémédité. C'est dans ma nature : je suis modeste et sans prétention”. Rien que de très vrai : Radi est un homme de circonstances plus que de principes, un homme de relations plus qu'un théoricien. Et il est sans doute le plus consensuel des candidats, celui qui a le plus de chances de plaire en haut lieu. Un atout non négligeable, mais qui fait aussi sa faiblesse : la base de l'USFP lui reproche d'avoir activement participé à la formation du gouvernement et beaucoup voudraient le voir sombrer dans la même galère qu'Elyazghi. Mais l'ancien président de la Chambre des représentants a plus d'un tour dans son sac : il a annoncé qu'il ne briguait pas un mandat entier, et qu'il espérait partir avant terme. “Je pourrais quitter la tête du parti au bout de deux ans”, nous a-t-il confié. Ajoutant aussitôt, comme pour se rattraper : “Si les circonstances le permettent”. Prudence, prudence.

Pour : la sagesse du vieux routier.
Contre : la tendance à vouloir plaire au Palais.



Habib El Malki.
Le séducteur

Pour l'ancien ministre de l'Education nationale, l'occasion était trop belle pour ne pas être saisie. Car Habib El Malki a presque tous les arguments pour briguer le premier secrétariat de l'USFP. Vainqueur aux dernières législatives à Khouribga, il peut se targuer d'une expérience gouvernementale de 5 ans à la tête d'un ministère-clé. Seul hic : on juge un ex-ministre à son bilan, et celui de Habib El Malki est loin de faire l'unanimité. L'homme semble d'ailleurs en être conscient : “J'avais les mains libres, mais la bourse vide”, se justifie-t-il. Comprenez : j'ai travaillé en symbiose avec Abdelaziz Meziane Belfkih, mais Fathallah Oualalou ne m'a pas accordé suffisamment de moyens. Aujourd'hui, El Malki a pris un nouveau tournant. Libéré de ses responsabilités gouvernementales, le ton est forcément plus accrocheur. “Le prochain premier secrétaire ne doit pas être ministre. Ce sont deux emplois à plein temps”. En ligne de mire, c'est évidemment Radi qui est visé. En cas de victoire, ce dernier pourrait être contraint de quitter le gouvernement… En attendant, El Malki est bel et bien en campagne. Son discours est rodé et l'homme a visiblement envie d'en découdre. “Il faut confirmer l'option social démocrate et éviter le techno-socialisme”, assène-t-il. Endossant sa casquette de président du Centre marocain de conjoncture, il prône aussi un retour à la planification : “En période de crise, on a besoin d'une vision à long terme. Aujourd'hui, les bureaux d'études ont remplacé le plan”. Un coup de griffe à Ahmed Lahlimi, haut commissaire au Plan ?

Pour : le profil vieux-jeune, politique - technocrate.
Contre : un bilan gouvernemental en demi-teinte.



Ali Bouabid.
L'ambitieux

Le jeune loup de l'USFP a la politique dans les gènes. Bon tribun, il parle avec la conviction de la jeunesse. Mais sans le recul de l'expérience, persiflent ses détracteurs. Effectivement, Ali Bouabid n'est ni élu, ni ministre, mais simple membre du conseil national. Aidé par son nom bien sûr (il est le fils de Abderrahim Bouabid), mais aussi par sa capacité à théoriser, Ali Bouabid incarne pour beaucoup le renouveau de l'USFP. Le chef de file de la jeune garde socialiste (Hassan Tariq, Ahmed Zaïdi, Soufiane Khirat..) a adopté un discours musclé : “Je veux peser de tout mon poids pour que la direction du parti sorte de l'autisme dans lequel elle est plongée depuis huit ans”. Accusé de “concurrence déloyale”, El Himma en prend aussi pour son grade : “Il a entraîné la monarchie dans l'arène politique et cela alimente la confusion des genres”. Et Bouabid de résumer : “Fouad Ali El Himma était davantage à sa place au ministère de l'Intérieur”. Cependant, malgré sa ténacité, Ali Bouabid concède lui-même qu'il a peu de chances de l'emporter. Pour autant, il entend bien être candidat jusqu'au bout : “Je continue la course quoi qu'il advienne”, nous a-t-il confié. Qui en doutait ?

Pour : l'héritage de Abderrahim Bouabid.
Contre : la faiblesse du vécu.



Trois surprises possibles

Driss Lachgar.
Le revanchard

Driss Lachgar a vu son horizon politique considérablement rétrécir ces derniers mois. Son échec électoral a été la raison avancée pour lui refuser tout portefeuille ministériel. Alors qu'il était jusqu'alors le lieutenant d'Elyazghi, il a dû, pour survivre politiquement, se servir de son siège au bureau politique et “trahir” le chef. Il y a quelques mois, on disait encore qu'il maîtrisait l'appareil du parti, aujourd'hui, ses adversaires jubilent de le voir dans le creux de la vague. Mais ce militant endurci n'a pas épuisé ses dernières cartouches et pourrait créer la surprise. Fidèle à sa réputation de cogneur, il a haussé le ton à l'égard du gouvernement. Désormais, il réclame un retour pur et simple à l'opposition. Sans doute le meilleur moyen d'être entendu par le “peuple de gauche” qui, le 7 septembre dernier, a boudé l'USFP… Lachgar est tout sauf consensuel à l'USFP. Ses adversaires en font même l'éventuel candidat de la discorde, rappelant avec malice sa dernière colère : en pleine réunion, il aurait renversé la table sur une de ses camarades de parti, Latifa Jbabdi.

Pour : la possibilité du vote-sanction.
Contre : l'image de diviseur.



Mohamed El Gahs.
Le caméléon

Que veut Mohamed El Gahs ? Où est-il ? Et que fait-il ? Depuis sa fracassante démission du bureau politique de l'USFP il y a un an, l'ancien secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux sports a plus que brouillé les pistes. Présent au parti, mais par intermittence, El Gahs semble hésiter entre ses camarades de l'USFP et ses nouveaux amis du Mouvement pour tous les démocrates. Certains socialistes n'ont pas apprécié de le voir s'afficher avec Fouad Ali El Himma. “Il y a une grande différence entre accepter une invitation à un événement et rejoindre un mouvement”, tempère un de ses partisans. El Gahs a encore une image qui, bien que brouillée, joue pour lui. L'ancien directeur de Libération a longtemps porté, au sein du parti, le discours de la rénovation. Un moment chef de file de la jeune garde, El Gahs semble aujourd'hui avoir rejoint le clan des déçus du parti, mais ses camarades y croient encore. Un politique reconverti techno ?

Pour : l'attrait du renouveau.
Contre : la proximité avec les hommes du sérail.



Mohamed Elyazghi.
Le dinosaure

Très peu, au sein du conseil national, semblent croire en un retour en force du zaïm. Mais aucun ne prend le risque d'un conflit ouvert. “Il faut lui aménager une porte de sortie. On pourrait très bien instituer que chaque ancien premier secrétaire devienne président de droit de notre commission de discipline et de moralité. Elyazghi en a la stature”, nous confie un soutien presque affirmé de Oualalou. Un strapontin pour le déjà ex-homme fort de l'USFP ? Elyazghi pourrait s'en accommoder, mais à condition, sans doute, que la participation au gouvernement du parti de la rose (et donc la sienne) ne soit pas remise en question. Et c'est justement sur ce point que se joue la stratégie d'Elyazghi : faire en sorte que le prochain congrès national n'accouche pas d'un bureau politique hors de contrôle. Et la carte maîtresse d'Elyazghi s'appelle Radi, l'homme du consensus, ardent défenseur du soutien critique.

Pour : la tentation du statu quo.
Contre : les échecs de l'après-Youssoufi.

 
 
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