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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Consommation. Clopes, pas clopes

Parmi les revendications des
buralistes, la revalorisation de leurs
marges, jugées trop faibles.
(AFP)

Les buralistes réclament une renégociation des conditions commerciales imposées par Altadis. Faute de compromis, les débitants de tabac annoncent un boycott du 23 au 29 juin, et une grève n’est pas à écarter.


“Il n’y aura plus de tabac. Pendant dix jours au moins”. “C’est les moul'détail (vendeurs de cigarettes à la sauvette) qui vont s’en mettre plein les poches !”. Simples propos de comptoir et cauchemar d’accros à la nicotine, mais qui pourraient bien devenir réalité. Après deux mois
d’hésitation, le Syndicat national des commerçants et professionnels du Maroc (comprenez les débitants de tabac) a sauté le pas, en annonçant un boycott des produits d'Altadis Maroc. “Concrètement, du 23 au 29 juin, les buralistes ne se fourniront pas auprès des centres de distribution d’Altadis”, nous a confirmé Saâd Essalam, membre du bureau national du syndicat des buralistes. Et comme pour mettre la pression sur la filiale du groupe franco-espagnol, certains font même planer la menace de la pénurie. “Je n’hésiterai pas à fermer boutique s’il le faut”, renchérit Salem, buraliste de 38 ans à Rabat, un brin jusqu’au-boutiste.

Les buralistes réclament-ils plus de fumeurs en ces temps de croisade anti-clope ? Pas vraiment, le Marocain reste un bon client pour les industriels du tabac. Avec une proportion de fumeurs au sein de la population inférieure à 20%, le Maroc est encore un pays à fort potentiel. “Lorsqu’en 2003, le gouvernement a annoncé la privatisation de la Régie des Tabacs, on était plutôt contents. Maintenant, on regretterait presque la période de la Régie”, se désole Salem.

Davantage de marge !
À l’époque, pour s'adjuger la privatisation de l’opérateur monopolistique du tabac au royaume, Altadis a brandi du cash (14 milliards de dirhams) et un curriculum vitae impressionnant. S’appuyant sur son expérience de 3ème groupe européen sur le marché des cigarettes, Altadis a fait de sa filiale locale un relais de croissance des blondes vedettes du groupe : Fortuna et Gauloises. Sauf que la promotion des marques du groupe se fait au détriment de produits locaux. Evincée la prometteuse Anfa, blonde locale à 20 dirhams, ou la mythique Koutoubia. Pour ce buraliste, l’explication est toute trouvée. “C’est évident. En attendant la fin du monopole, prévu pour durer jusqu’en 2010, Altadis cherche à populariser ses marques au détriment des produits locaux. L’objectif est d’imposer les Fortuna et Gauloises face aux cigarettes rivales comme Marlboro, Winston ou Camel”. Et si l’on excepte Marquises, best-seller incontesté et même exporté, les cigarettes “made in Morocco” ont du mal à résister. Et les buralistes doivent faire l’effort de commercialiser de nouveaux produits. Mais ces deniers ont d'autres griefs, listés dans un dossier revendicatif digne de la CDT de la belle époque. À commencer par les marges, jugées trop faibles.

“Notre marge bénéficiaire se limite à 4,9% du prix de vente. Alors qu'au niveau mondial, la part du détaillant avoisine plutôt les 8%”, s’étonne Saâd Essalam. Les buralistes dénoncent également les traitements de faveur, que prévoient les contrats “Fidélité Plus”, signés avec les gros buralistes réalisant plus de 3 millions de dirhams de chiffre d’affaires annuel. Il y a aussi le transport et la rémunération de la publicité sur les points de vente. “Depuis la loi de 1995, la publicité du tabac est interdite dans les médias. C’est dans les points de vente que les marques font leur promotion et nous ne sommes même pas payés en contrepartie”, nous confirme ce buraliste de Casablanca. Il est vrai qu'à coups de posters, tombolas et cadeaux, les marques ne lésinent pas sur la pub détournée. C’est ce qu’ont saisi les parlementaires du groupe de l’Istiqlal, qui ont déposé le 24 décembre dernier une proposition de loi visant à interdire plus fermement la publicité du tabac. En attendant, Altadis s’est réunie avec des représentants des débitants, vendredi 23 mai, pour tenter d'apaiser leur colère. En vain…

 
 
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