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N° 327
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Maria A. Daïf

La semaine.

Une photo signée Touhami Ennadre.
(DR)

Photographie. D’ombre et de lumière


Les photos de Touhami Ennadre sont un coup de poing dans le ventre. Le ciel qui vous tombe sur la tête. Chacun de ses clichés est un condensé d’émotions fortes, une remise en question de tout. Remise en question de ce que vous avez pu lire ou apprendre sur l’ombre et la lumière, sur le noir et le blanc. Remise en question de ce que l’on a pu vous dire sur les voleurs d’images, sur leurs intentions et leurs secrets du métier. Touhami Ennadre vous pétrifie, ne vous laisse pas indemne.

Le photographe, dont la renommée n’est plus à faire dans le monde (il est bardé de prestigieux prix) et pourtant si rare et méconnu dans son propre pays, est un génie. Sans abus de langage aucun. Son travail, comparé aux peintures de Van Gogh et aux poèmes de Rimbaud, a l’intensité et la force propres à ceux qui marqueront à jamais l’histoire de l’art. Touhami Ennadre, fils de l’ancienne médina de Casablanca devenu parisien, n’a rien des photographes d’aujourd’hui. Aucun artifice dans ses clichés, aucune technique sophistiquée, mais un appareil auquel il a enlevé définitivement le viseur, en faisant du coup une extension de son bras et un capteur de cette “lumière noire” qui fait sa marque de fabrique. Ses portraits d’Américains face au 11 septembre, ses photographies de poissons aux yeux exorbités, d’animaux dépecés et de mains entrelacées, sont le regard qu’il porte sur “la violence, la misère et la mort”. Un regard comme il en faut pour nous ouvrir les yeux.

À partir du 5 juin, à la villa des arts de rabat.



Film. Tout pour ma mère

Good bye, Lenin !, réalisé par l’Allemand Wolfgang Becker n’est pas sans rappeler La Vie est belle de Roberto Begnini, essentiellement parce que les deux réalisateurs ont réussi avec brio un mélange des genres pas évident : l’ironie, l’humour et l’autodérision d’un côté, et le drame de l’autre. Par ailleurs, les deux films racontent comment, pour protéger des membres de leur famille (la mère pour le premier, le fils pour le second), deux hommes maquillent la dureté de la réalité. Si vous n’avez pas vu Good bye Lenin, sorti en 2003, c’est donc l’occasion d’aller courir voir l’histoire de ce jeune Berlinois qui apprend la chute du mur de Berlin alors qu’il est au chevet de sa mère dans le coma. La mère se réveille huit mois après la chute du mur, et pour lui éviter le choc de voir la ville (la vie) complètement changée, son fils fera en sorte qu’elle ne découvre rien des changements de la RDA. Le film est projeté dans le cadre d’une semaine du film allemand (du 9 au 13 juin 2008 à 20h30), à l’Ecole supérieure des arts visuels de Marrakeh. Nec plus ultra, l’entrée est libre.

Good bye, Lenin !, à l’ESAV de Marrakech.



Danse. Le Gabon au Maroc

Casablanca a désormais droit à sa journée du Gabon : pour la première fois, la culture (cuisine inclus) gabonaise sera à l’honneur, et ce grâce à l’Union Gabonaise du Maroc et à Amélie Banga Eboumi, ambassadrice de l’Etat africain au Maroc. Samedi 14 juin donc, une matinée est consacrée au plaisir des yeux et du ventre : des expositions et des dégustations vous feront découvrir l’artisanat et la cuisine gabonais. L’après-midi rimera avec spectacles vivants, sketchs, danses traditionnelles, défilé de mode, etc. Et pour les plus courageux, une soirée dansante au Bao Night Club de Casablanca est prévue pour prolonger la fête. De la culture et de la bonne humeur a priori.


Télévision. Aflam TV est arrivée !

Marocain, arabe, indien ou américain… le cinéma crève le petit écran national depuis le début du mois. Des films avant tout, tel est le créneau de la nouvelle chaîne de la SNRT, Aflam TV, diffusé 24 h/24. Au programme, des longs-métrages en français, arabe, amazighe ou en VO et une sélection Bollywood, ainsi que des feuilletons, pièces de théâtre et un magazine dédié au Septième art. “Quatorze nouveaux films par semaine, dont un marocain”, clame-t-on à la SNRT. Zapper la Sept semble donc pouvoir devenir le réflexe télévisuel préféré des Marocains, si ce n’est qu’Aflam TV n’est disponible que sur la TNT. Moyennant un décodeur, vous accéderez, en juin, à Aâlach a lbhar, de Hakim Belabbès, ou Manhouss ou zadou kadouss, de Brahim Chkiri, pour les films marocains. Les amateurs d’effets spéciaux verront ou reverront Troie, La Momie, Spiderman, Hulk, et les plus jeunes attendront Stuart Little ou la série des Allo Maman… Le coût reste donc élevé pour une programmation largement exempte de succès récents, trouvés gratuitement sur le satellite. À vous de voir.


Radio. Fréquence nostalgie

“Ces années-là”, certains chantaient pour la première fois. À l’époque, le public les découvrait. Pour rendre hommage à ceux d’avant et les faire connaître aux plus jeunes, Mohamed Bhiri a ressorti les 33 et 45 tours pour une émission éponyme. Le vieux routier de la radio marocaine, voix reconnaissable entre mille, titille les souvenirs pour le plus grand bonheur des nostalgiques. Amateurs d’un voyage musical dans les années soixante et soixante-dix, fermez les yeux et branchez vous sur la station Rabat Chaîne Inter tous les samedis de midi à 13 heures. “Une heure de divertissement pleine de surprises”, promet l’animateur qui officie à l’antenne depuis un mois, alternant chansons et sketches. Journaliste de son état, Mohamed Bhiri ravive les mémoires entre rires et spleen. Entre autres, Ces années-là, un de ces samedis, a rappelé aux auditeurs la participation du Maroc à l’Eurovision 1981, représenté par Samira Bensaïd, pas encore Samira Saïd.


Exposition. Rembrandt à Casablanca

Si la technique du clair-obscur a encore quelques mystères pour vous, le Sacré-cœur éclairera votre lanterne artistique avec l’exposition de 50 reproductions en taille réelle des tableaux de Rembrandt. Un décor idéal pour les œuvres du peintre, fortement inspiré par la Bible. “On retrouve les toiles les plus connues ainsi que celles ayant trait au monde arabe. L’Orient a fasciné Rembrandt alors qu’il n’a jamais quitté la Hollande”, commente l’un des organisateurs, à l’ambassade des Pays-Bas au Maroc. Le portrait d’un noble oriental livre ainsi cet imaginaire du 17ème siècle. Et l’éclairage, possible s’agissant de photographies haute résolution, dévoile tous les détails de la peinture et le jeu de lumière qui ont fait la renommée de Rembrandt. Les puristes trouveront l’exposition de reproductions sans aucun intérêt artistique, les pragmatiques diront que c’est déjà ça de gagné.

Jusqu’au 11 juillet à l’église Sacré-Coeur. Entrée libre.



Festival. Que demande le peuple ?

Fier de son statut de précurseur, le Festival national des arts populaires de Marrakech, créé en 1960, remet ça pour la 43ème fois du 14 au 19 juillet. Leçon numéro 1 du vintage, savoir dépoussiérer les classiques : après un show son et lumières au Palais Badii, l’évènement unira, sur la grande scène de Bab Ighli, les anciens Najat Atabou, Hajib, Daoudia, Jil Jilala et Nass El Ghiwane à la relève nommée Darga, Hakmin, Saïd Mosker, Nabyla Maan, Fnaïre et Brada. Six jours durant, une centaine de troupes populaires, à peine rentrées d’une tournée de 9000 km dans tout le royaume, se produiront dans les quartiers Massira, M’hamid, Sidi Youssef Ben Ali, Daoudiate, Bab Lakhmis et place Harti, pendant qu’un concours opposera, au Théâtre royal, Ghiyata, Gnaouas et Hennayate.


Livre. Abdellah Taïa dédicace

L’auteur sera au Maroc cette semaine pour présenter son dernier ouvrage, Une mélancolie arabe (Editions Le Seuil). L’occasion de découvrir le visage frêle du jeune homme qui se cache derrière les mots durs de l’écrivain. Après le succès du Rouge du tarbouche où il assume son homosexualité, Abdellah Taïa propose un roman d’inspiration autobiographique et relate quatre histoires d’amour à Salé, Marrakech, Paris et le Caire. Un amour pour les hommes et pour la culture arabe que jalonne une véritable quête d’identité. Et à l’arrivée, Abdellah Taïa vient d’être sélectionné pour le prix Renaudot. Séance de dédicace, lundi 9 juin, à la Librairie des colonnes de Tanger, mardi 10 à Kalila Wa Dimna à Rabat, le jeudi suivant à l’Institut français de Casablanca, vendredi à la Librairie Porte d’Anfa et samedi au Carrefour des livres.


Théâtre. Un homme et une femme

À la rencontre d’une rencontre : image, son, jeu et mouvement se rejoignent dans le spectacle Dédale en Eden. La Compagnie 8 bottes jaunes, l’Irisson (Centre du multimédia et des arts visuels de Casa), la Villa des arts de Rabat et l’association Amesip de Salé croquent la pomme avec de jeunes musiciens et conteurs marocains lors d’une résidence de trois semaines (du 2 au 18 juin) à l’Institut français de Casablanca, pour faire naître cette création entre théâtre, danse et vidéo, bilingue et librement inspiré du mythe d’Adam et Eve, sur l’infinité des possibles d’une rencontre. Après un détour par la France et l’Angleterre, Dédale en Eden sera en tournée à partir du 18 juin, à Casa, Salé, Marrakech, Rabat et Fès.



Humeur.
La toison de Marx

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

On a eu un jour maudit la mauvaise idée de s’inscrire à des lettres d’information sur Internet, dont une consacrée à la sexologie. Un simple subterfuge pour regarder, sans rougir, des filles nues aux heures de bureau devant des employées en hijab. L’autre newsletter était dédiée à l’extrême gauche marocaine et la multitude d’associations gavées de dialectique marxiste et d’antimonarchisme. Une manière de s’informer sur les frondes sociales dans le Maroc dit profond, à l’image du trou de balle qu’il est. Cela, sans quitter sa terrasse et sa vue plongeante sur le Maroc superficiel : le décolleté des Casablancaises. Au final, porno et communisme ont eu le même effet pas cool : le spam. Infraction du libéralisme, les pubs pour dopants sexuels et les rallongements de pénis ont inondé notre mail. Méfait du communisme, les tracts anticapitalistes et les slogans antimonarchistes l’ont saturé. Les marchands du temple promettaient de nous ériger plus haut et plus dur. Leurs pourfendeurs luttaient ferme à faire débander les classes dirigeantes au nom des fesses meurtries du petit peuple. Révolution ou éjaculation, tout se réduisait à une histoire de cul, qui allait avoir l’autre ? On vous promettait les mêmes nuits fiévreuses suivies de lendemains qui chantent. On scandait la mort des utopies à la longue. Celle du temps des cerises comme de l’amour…



No smoking
“Il a offert aux femmes le vestiaire de leur indépendance”, a dit Laurence Benaim, biographe d’Yves Saint Laurent. Le grand maître de l’élégance et de la liberté, qui amena le smoking dans la garde-robe de ces dames, est mort dimanche 1er juin. Ses cendres reposeront au Jardin Majorelle de Marrakech.


Acrobaties
Envie de funambules, danseurs et autres tours de voltige ? La troupe chinoise d’acrobates, Hunan, se produira au Maroc entre le 5 et le 11 juin. Le calendrier : spectacle le 6 au théâtre Mohammed VI de Casa, le 8 au théâtre Mohammed V de Rabat et le 10 au Centre culturel de Meknès. De quoi faire tourner les têtes…


Les rockeurs du Désert
Avis aux mélomanes : Desert Rebel sera en concert pour le tremplin de la 10ème édition de L’Boulevard. Le groupe, qui prône la “culture équitable”, réunit des mastodontes de la musique alternative. Parmi eux, Amazigh Kateb - voix de (feu) Gnawa Diffusion - pour ne citer que lui. Un grand moment musical. Le 11 Juin au théâtre Mohammed V, Rabat.

 
 
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