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Editing TelQuel
Révélations. Appelez-moi Mehdi Qotbi
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Mohamed Qotbi, de son vrai nom,
se livre comme jamais.
(TNIOUNI)
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Le célèbre peintre et lobbyiste vient de publier une autobiographie (Palette dune vie, éditions Le Fennec) riche en anecdotes personnelles, parfois surprenantes. Morceaux choisis.
La misère quand, soudain, Mahjoubi Aherdane
Jallai savourer quelques moments de répit en flânant dans les beaux quartiers de Rabat. Cette liberté provisoire avait un goût amer car je savais quà mon retour, les coups pleuvraient. Je ruminais. Cest alors que japerçus une très belle voiture. Une Ford Mustang. Les voitures de |
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marque étaient très rares, à lépoque, dans les rues de Rabat. Tout de suite, jai considéré que cette voiture-ci ne pouvait appartenir quà quelquun dimportant. Peut-être même à un ministre. Je me suis pris à espérer : Voilà la solution pour ne pas être tabassé ce soir !. Je choisis dattendre que le propriétaire revienne, et de jouer le tout pour le tout. Quand lhomme est arrivé, vêtu comme un lord et accompagné de son épouse, une Européenne, très belle, très élégante et blonde, je suis allé au devant de lapparition en disant : Monsieur le ministre, il faut trouver du travail pour ma sur !. Mon audace eut le don damuser la jolie dame. Je venais, sans le savoir, de demander une faveur au ministre de la Défense nationale de lépoque, Mahjoubi Aherdane ! Et plutôt que denvoyer balader ce gamin culotté, Aherdane a accepté de maider et ma proposé de venir le voir à son bureau le lendemain.
Malika Oufkir, James Brown & co
Jallais souvent rejoindre Ouzine, le fils aîné du ministre Aherdane. Il tenait son QG dans un café glacier, La Dolce Vita, qui était le lieu branché du moment, juste derrière lhôtel Balima. Cest Ouzine qui mavait inspiré mon évasion au Lycée militaire et il restait un modèle. Il était plus âgé que moi et possédait tout ce dont je rêvais à lépoque. Ouzine portait les cheveux longs. Il disposait dune Volkswagen Coccinelle trafiquée, aux couleurs criardes. Il adorait chanter. Il avait une belle voix et quand il interprétait les tubes de Dylan, aucune fille ne pouvait résister à son charme. Javais plus ou moins le même âge que Selim, le cadet de la famille, mais je mamusais beaucoup plus avec Ouzine, grand fêtard. Un après-midi, nous étions sortis en groupe et Ouzine nous raccompagnait en voiture. Jétais à larrière avec Malika Oufkir. Elle était belle, mais je crois que jétais principalement impressionné par son patronyme, synonyme de puissance. La maison de la famille Aherdane était voisine de celle du colonel Chenna, le grand-père maternel de Malika. Sans doute navait-elle pas la permission de sortir car, en arrivant dans le quartier, elle sétait cachée, posant sa tête sur mes genoux, pour ne pas risquer dêtre vue de lextérieur. Jétais troublé et fier, simplement de cette soudaine proximité avec la fille de lhomme fort du Maroc, le Général Oufkir
La jeunesse dorée de Rabat ne se privait daucun plaisir, musiques rock, sorties dans les boîtes branchées, alcool. Ouzine avait son propre pavillon au fond du jardin de ses parents où il y avait toujours des nuées de fumée et de la bonne musique. Il y emmenait ses conquêtes féminines, buvait, fumait cigarette sur cigarette. Cest là que jai découvert tous les standards du blues, de la soul et du rock : James Brown, Bob Dylan, Otis Redding, Wilson Pickett, les Stones, les Beatles
Jai fini par apprendre à me laisser aller et à oser danser. Jétais un grand fan de James Brown. Il marrivait de chanter ses tubes à tue-tête dans la rue en me déhanchant, malgré le ridicule ! Si à cette époque on mavait dit quun jour je me trouverais à quelques centimètres du roi de la soul chantant ses plus grands tubes lors dun concert privé, je nen aurais pas cru un mot. Quelques années plus tard, jai pourtant eu loccasion de vivre un tel frisson, qui était le rêve de tout adolescent des années 1960.
Paris, la peinture, les filles
Je navais plus dattaches au Maroc et dans mes rêves les plus fous dadolescent, jamais je naurais imaginé y revenir par la grande porte moins de vingt ans plus tard, pour côtoyer les plus hauts responsables de ce pays. Lexil, je le vivais plus comme la fin dun cauchemar que comme laboutissement dun rêve. Javais néanmoins un objectif : intégrer lÉcole des Beaux-Arts de Paris où Gharbaoui avait fait ses études, quinze ans plus tôt.
Cest sans jamais avoir connu dhistoire damour véritable que jarrivai en France. Heureusement pour moi, en cet automne 1969, les jeunes Françaises avaient de sacrés tempéraments et navaient pas peur de prendre linitiative. À Toulouse, il ne ma pas fallu une semaine pour être dragué. Cétait lépoque où je travaillais pour léleveur de cochons. Une jeune fille sest approchée par la route qui bordait le champ et ma interpellé. Nous avons un peu bavardé et elle ma dit quelle voulait me revoir. Je lui ai proposé le samedi suivant, cétait mon jour de repos. Jétais ému. Je voulais tellement faire bonne impression que je dépensais une partie de mon premier salaire dans lachat dun pantalon pattes déléphant et dun blouson rouge très cintré, une horreur, mais comble de la branchitude cette année-là. Jétais tellement fier de mon accoutrement que javais écrit à un ami du Maroc pour lui dire que je ressemblais à Vigon, un chanteur à la mode, originaire de Rabat. Le vendredi, je recevais une lettre. Une première lettre damour. Mohammed, je ne pourrais pas venir au rendez-vous, comme prévu. Mes parents me linterdisent. Mais je sais que vous naurez aucun mal à rencontrer dautres femmes. Voyez, cest moi qui vous ai remarqué et cest moi qui suis venue vers vous. Cette lettre ma fait un effet incroyable, jen étais tout retourné. Longtemps, je lai gardée sur moi, dans une poche côté cur, comme un talisman. Le soir, après le boulot, javais commencé à sortir un peu, découvrir la ville et rencontrer des jeunes de mon âge. Ils se donnaient rendez-vous dans les cafés, comme les gars avec qui javais sympathisé, pour la plupart des élèves des Beaux-Arts, qui avaient leurs habitudes au Shadoks et au BelleVue, situés en plein centre de Toulouse, juste à côté de lécole. Jy passais très souvent, quand un soir, une fille du groupe ma demandé où jhabitais. Je venais de quitter le foyer des Franciscains et demménager dans une petite chambre rue Peyrolière et lui indiquais que je nhabitais pas très loin, à quelques centaines de mètres du café. Jai très envie de te raccompagner chez toi, ma-t-elle dit sans fausse pudeur. Jai joué lhabitué, dissimulant mon trouble sous un air crâneur, et nous sommes partis. Une fois arrivé dans la chambre, jétais toujours aussi timide et navais aucune idée de la manière de procéder. À linstar de lun des personnages du Passé Simple de Driss Chraïbi, je nétais pas loin de focaliser mon désir sur son ombilic
Mais je nai pas mis trop longtemps à comprendre car cette fois la jeune fille a pris les devants. Elle sest déshabillée et sest allongée sur le lit. Pour la première fois de ma vie, jétais confronté au corps nu dune femme. Ça sest plutôt bien passé. Sauf quand elle sest mise à crier. De plaisir. Mais ça, je ne le savais pas encore
Adieu Mohamed, bonjour Mehdi
Après deux premières années cahin-caha, 1972 fut pleine dinsouciance pour moi. Diplôme en poche, et même si je ne savais pas encore quil me serait bientôt très utile, je devenais un ancien des Beaux-Arts. Je participais aux bizutages des nouveaux, et des nouvelles. Surtout, jexposais régulièrement et commençais à bénéficier dune petite notoriété locale. Avec ma grande cape noire et mes cheveux longs, on me repérait de loin ; jétais devenu une figure toulousaine. Cest alors que je décidai de changer de prénom. Les gens avaient du mal à prononcer Mohammed correctement, et plutôt que de lentendre écorcher à longueur de journée, jen choisis un autre, qui était aussi un des prénoms du Prophète et qui ne reniait rien de mes origines : Mehdi. Pour lanecdote, cétait en fait le prénom du jeune garçon qui interprétait le rôle titre dune série télévisée très populaire à cette époque, Belle et Sébastien. Mehdi El Glaoui, le Sébastien du feuilleton, faisait fantasmer toute une génération de jeunes filles. Cétait donc un choix très astucieux ; au moins, on ne risquait pas de loublier. Pour tous, dès lors, je devins Mehdi Qotbi. |
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