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Musique. Jazz à tous les âges
N° 328
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Zeghari

Musique. Jazz à tous les âges

Jeunes et moins jeunes swinguent
dans une ambiance bon enfant.
(DR)

Après l’ouragan Mawazine, Jazz au Chellah a discrètement envahi les ruines de la capitale depuis ce jeudi, 12 juin. Coulisses d’un festival démocratisé au fil des éditions.


Une scène, des gradins et quelques agents de sécurité. Pas de barrière ni d’espace VIP, juste quelques pancartes “réservé” indiquant les places des officiels, que des spectateurs n’hésitent pas à bousculer en fin de soirée pour improviser une piste de danse à quelques centimètres de la scène. Et surtout une ambiance bon enfant, marque de fabrique de Jazz
au Chellah, dans le cadre magique des ruines de la cité. Les vigiles ne refoulent jamais les retardataires lorsque les gradins affichent complet. Les spectateurs s’assoient alors par terre sur les tapis recouvrant le terrain caillouteux. “Nous nous arrangeons pour ne fermer les portes à personne, mais nous restons vigilants sur les consignes de sécurité”, explique un membre de l’organisation. La démocratisation du jazz avant tout.

En soufflant sa 13ème bougie, le festival savoure son succès. La délégation de la Commission européenne de Rabat, organisatrice du festival, se réjouit d’une assistance de plus en plus “marocanisée”. Vus d’en haut, les gradins sont devenus avec le temps une toile de têtes brunes, parfois voilées, parmi quelques irréductibles blonds. Jazz au Chellah n’est plus le seul événement des expat’ et autres employés d’ambassade. “Notre principal objectif est de montrer au public marocain les possibilités de dialogue entre les cultures à travers la musique, explique Jérôme Cassiers, conseiller européen aux affaires culturelles. “Et le jazz est, dans sa composition, un vivier considérable pour la fusion avec les musiques du monde”. Un mot d’ordre inchangé depuis les débuts. Le festival s’appelait alors Jazz aux Oudayas en référence à l’esplanade du même nom qui l’hébergeait. Pour ses dix ans, en 2005, l’événement déménage sur les rives du fleuve du Bouregreg. Depuis, il y est resté, renforcé par ce second souffle.

Grand festival à petit budget
Nec plus ultra, le festival a pris un coup de jeune. L’année passée, la moitié des 6000 mélomanes venus se dandiner aux rythmes jazzy, avait moins de 25 ans. “L’idée préconçue que le jazz ne parle qu’à une élite d’un certain âge est complètement fausse”, se satisfait Safaa Kaddioui, chargée de communication. Pourtant, au départ, le défi à relever n’était pas simple. Le jazz, pour beaucoup, est une musique vieillotte réservée à une élite. “La culture, c’est pour tout le monde”, affirment, convaincus, les organisateurs. Alors, tous les goûts se retrouvent dans la programmation. Majid Bekkas et Habib Achour, les deux directeurs artistiques, ont concocté cette année un programme éclectique. Les initiés ont reconnu, la soirée d’ouverture, le guitariste belge Philip Catherine. Autre grand nom de cette édition 2008 pour les férus de jazz, Florin Nicolescu, le violoniste roumain de Charles Aznavour, qui se produira ce samedi, 14 juin. Le grand public, lui, préférera le oud soufi de Youssef Dahfer et les qraqeb du groupe de Hassan Boussou. Seule absente cette année, la scène jeune talent qui avait pris ses quartiers, les éditions précédentes, dans le jardin de Nouzhat Hassan. Faute de moyens.

“Nous allons postuler au Guiness book des records pour l’organisation du festival le moins cher”, plaisante la chargée de communication. Le million et demi de dirhams dédiés au projet semblent en effet dérisoires comparés aux 24 millions de dirhams alloués à Mawazine, l’autre événement musical de la capitale. Sur les affiches du festival, nulle bannière de publicité ni de logo de partenaires privés : le gros des dépenses est soutenu par la délégation culturelle européenne, qui prend en charge l’installation de la scène, les ingénieurs de son et les cachets d’artistes. “En général, les musiciens revoient à la baisse le prix de leur prestation lorsque nous présentons l’argument de la coopération culturelle”, confie Safaa Kaddioui. Les billets d’avion et chambres d’hôtel des jazzmen européens sont payés par les ambassades partenaires.

Côté marocain, la wilaya de Rabat prête gracieusement le local. Le site, ouvert aux visiteurs toute l’année, n’accueille généralement pas de manifestation, mais pour le jazz, les autorités font un petit effort. Le gouvernement y met du sien, la présence des artistes marocains est subventionnée par le ministère de la Culture.

La boucle est bouclée et les organisateurs n’ont jamais compté sur les ventes de tickets pour financer le festival. Les prix d’entrée restent somme toute raisonnables, variant entre 10 et 30 DH (étudiant et adulte). Avec les 6000 visiteurs de l’année dernière, les caisses ont donc enregistré au mieux 180 000 DH. Et les recettes ont une toute autre affectation. “Les bénéfices sont versés à des associations à caractère social qui nous envoient tout au long de l’année leurs demandes”, explique un membre de l’organisation. La délégation culturelle européenne a déjà financé une caravane médicale dans la région du Souss, l’équipement d’une classe d’alphabétisation à Tafraout et un terrain de sport à Khénifra. Qui dit mieux ?



En marge. Du “bœuf” au menu

Depuis l’année dernière, les afters du festival se passent à l’hôtel Piétri de la ville. Les aficionados du jazz y élisent domicile à la fin de chaque concert pour voir de plus près à quoi ressemblent les artistes du festival. L’endroit est en effet connu par les habitants de la capitale pour héberger l’un des uniques bars jazz de la ville. Il a aussi la particularité de loger les jazzmen du festival, qui, au milieu de la nuit, improvisent des bœufs avec les musiciens marocains sur place. “L’année dernière, les artistes descendaient spontanément de leur chambre pour jouer quelques morceaux sur la scène. L’’idée m’est alors venue d’organiser de manière plus conventionnelle ces fusions”, explique Driss Benabdallah, patron du Piétri. De son côté, la délégation européenne applaudit. “Cette initiative contribue à la démocratisation du jazz que nous souhaitons”, confirme le conseiller culturel, Jérôme Cassiers. Le festival est alors du pain bénit pour Benabdallah. Doublement gagnant, il loue ses chambres et programme des artistes de poids qui se produisent bénévolement, pour le plaisir.

 
 
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