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Par Fahd Iraqi
Marché financier. Chère, chère Label(le) Vie
[ Voir le montage papier ici ]
La chaîne de supermarchés procède à une augmentation de capital en mettant ses actions en Bourse pour un prix fixé entre 955 et 1144 dirhams par titre. Un prix jugé relativement excessif par la communauté financière.
Trop chère, excessivement surévaluée, hors de prix. À peine la note dinformation pour lintroduction en Bourse de LabelVie rendue publique que les diatribes des analystes financiers fusent
sous leur col blanc, évidemment. Il ne faut pas trop compter sur une note de |
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recherche publique, avec une appréciation négative pour cette nouvelle société qui arrive sur la cote, confie le directeur du département analyse & recherche dune banque daffaires réputée. La consigne est donnée de ne pas bousculer les nouvelles introductions. Nempêche, le microcosme boursier na jamais été aussi sévère (ni unanime) pour juger le prix dune nouvelle recrue de la corbeille casablancaise. La raison : la valeur de cette chaîne de supermarchés joue au yoyo depuis une année. Pas moins de 4 transactions ont mouvementé son capital en 2007. Et le prix a été parfois 5 fois inférieur à ce quon propose aujourdhui à lépargne publique via le marché.
Valse des actionnaires et du prix
Déjà, en février 2007, le groupe Bejelloun décide de se retirer de Hyper SA (société propriétaire de la chaîne LabelVie) alors quil prépare le lancement de Hanouty, sa nouvelle chaîne dépiceries. Cétait une situation de conflit dintérêt. Nous avons alors appliqué les dispositions du pacte dactionnaires élaboré en 2004 quand ils ont rejoint le tour de table, explique Zouhaïr Bennani, président - fondateur de LabelVie. Laccord entre les actionnaires ne laisse rien au hasard, encore moins les conditions de sortie du capital. Ce sont les cadres de Benjelloun qui avaient insisté pour indexer leur ticket de sortie au chiffre daffaires, ajoute Zouhaïr Bennani. Le fait est que cest devenu à notre avantage au moment de la cession. Ainsi, pour cette transaction, on se base sur le chiffre daffaires 2005 pour fixer une valorisation de lentreprise à 360 millions de dirhams (65% du volume dactivité selon le pacte). Le fonds Cyrus capital suivra les pas du groupe Finance.com pour se désengager au même prix de LabelVie. Lacheteur nest autre que Retail Holding, structure réunissant les fondateurs de lenseigne et leur partenaire de référence, qui nest autre que lhomme daffaires Saïd Alj. Les ex-actionnaires ne vont pas tarder à se mordre les doigts. Quatre mois plus tard, un autre businessman connu de la place fait son entrée dans lactionnariat de Hyper SA pour un prix quatre fois supérieur. Moulay Hafid Elalamy, président de la CGEM, est invité dans le tour de table en se payant près de 5% du capital pour une valorisation globale de lentreprise fixée à 1,2 milliard de dirhams. Le patron des patrons connaît bien les actionnaires : Zouhaïr Bennani, président de lenseigne, était devenu quelques mois auparavant le patron de la CGEM - Rabat au terme dun feuilleton électoral qui avait fait couler beaucoup dencre. Quant à Saïd Alj, Elalamy est devenu son principal partenaire depuis quils ont croisé leur business à travers la compagnie dassurances CNIA et la société de crédit Taslif.
Les péripéties du tour de table de LabelVie ne vont pas sarrêter là. En septembre 2007, cest au tour du fonds dinvestissement bahreïni, Estread Maroc Invest, de céder aux actionnaires fondateurs (en plus de Saïd Alj) sa participation de 12%. Ayant rejoint le tour de table en même temps que le groupe Benjelloun, on ressort à nouveau la clause du pacte dactionnaires relative au ticket de sortie (65% du chiffre daffaires). Les Bahreïnis ne vont pas rechigner : même une valorisation de LabelVie à 455 millions de dirhams leur permet de doubler quasiment leur mise de départ. Un mois plus tard, la valeur de LabelVie crève à nouveau le plafond en atteignant 1,9 milliard de dirhams. Mais lopération est moins significative : Retail Holding, société-mère de Hyper SA, cède 2,7% des actions à son président Zouhaïr Bennani.
Business plan ambitieux
Tous ces prix de vente ont été totalement écartés par les financiers de BMCI dans leur approche pour fixer aujourdhui le prix de LabelVie. Mieux encore : même lopération la plus emblématique du secteur nest pas non plus prise en compte. Pourtant, le divorce entre Auchan et lONA dans la grande distribution, consommé en août 2007, avait fait lobjet de plusieurs arbitrages et expertises. Les longues tractations à rebondissement avaient conclu à lévaluation des enseignes Marjane et Acima pour 6,7 milliards de dirhams, soit léquivalent dune année de chiffre daffaires. LabelVie est aujourdhui mise sur le marché pour plus de deux fois son volume dactivité. Quand un actionnaire de référence décide de se retirer, il est normal que lon fixe le prix sur la base des performances historiques, argumente Mohamed Abou El Fadel, administrateur directeur général de BMCI Finance. Aujourdhui, on sadresse au marché et il est tout à fait normal que lon se base sur les perspectives davenir pour valoriser la société.
Ainsi, le conseiller financier sest essentiellement basé sur la méthode dactualisation des flux futurs (DCF dans le jargon des cols blancs). Même lapproche des comparables boursiers na été retenue que partiellement. La cause (encore et toujours) : elle est largement inférieure au prix actuel. En retenant un échantillon de sociétés de grande distribution à travers le monde dont la croissance peut être similaire à celle de LabelVie, les conseillers financiers se retrouvent à nouveau- avec un multiple moyen de 114% du chiffre daffaires. Traduction en mots sonnants et trébuchants : pour ses 870 millions de dirhams de volume dactivité (en 2007), LabelVie ne vaut pas plus de 1,2 milliard de dirhams selon cette méthode des multiples. Les 2 milliards que lon propose aujourdhui au marché sont si lointains
Ce prix est obtenu sur la base des prévisions dun business plan audacieux, limite trop ambitieux.
LabelVie déroule aujourdhui un programme dinvestissement de 1,7 milliard de dirhams ayant déjà fait lobjet dune convention avec le gouvernement. À lhorizon 2011, la société sengage à multiplier par 5 sa surface commerciale et passer de 13 à 40 magasins (dont 6 hypermarchés). Nous inaugurons aujourdhui un nouveau supermarché à Mohammedia, la moitié du foncier nécessaire pour nos futurs magasins est déjà couverte. Nous sommes donc certains de pouvoir tenir nos engagements, rassure Rachid Hadni, administrateur directeur général de la société. Et en termes dobjectifs financiers, le management met la barre très haut : le chiffre daffaires devrait augmenter en moyenne de 60% pour atteindre les 5,7 milliards en 2011, alors que les bénéfices devraient passer (de 8 millions) à 311 millions de dirhams à cette échéance. Des perspectives futures de rentabilité qui peuvent justifier le prix demandé aujourdhui par des actionnaires relativement gourmands aux yeux des analystes. Comme sils le sentent déjà, les fondateurs de LabelVie sengagent dores et déjà à distribuer 80% des bénéfices futurs. Il ne reste alors quà les réaliser
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Grande distribution. Un challenge à la hauteur du potentiel
En inaugurant le rayon de la grande distribution sur la Bourse de Casablanca, LabelVie a ramené toute une fournée de chiffres concernant ce secteur jusque-là peu exploré pour confidentialité. Le secteur promet une progression phénoménale vu lampleur du retard à rattraper. Un indicateur est assez éloquent : au Maroc, on compte 6,7 m2 de surface de grande distribution pour mille habitants, alors quen Tunisie on en est à 20 m2. Dans des pays développés comme la France, ce ratio atteint les 220 m2. La grande distribution représente à peine 9% du circuit de commercialisation des produits agroalimentaires au Maroc. Aujourdhui, ce sont les enseignes de lONA (Marjane et Acima) qui contrôlent le marché avec près de 60% de la surface commerciale. Et comme pour tous les secteurs, un plan de développement est déjà fixé, avec des objectifs bien définis dans le cadre du plan Rawaj. Cette sorte de vision 2020 pour le commerce a lambition de booster sérieusement le segment de la grande distribution dont le nombre de points de vente devrait passer à 600 (contre 50 aujourdhui) et la valeur ajoutée à 26 milliards de dirhams (contre 2,8 milliards). Qui vivra verra
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