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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Le malhoun, c’est ma vie”

Touria Hadraoui,
chanteuse de malhoun
(DR)

Antécédents

1957. Naissance à Oued Zem.
1976. Adhère à l’UNEM.
1980. Licence de philosophie à la faculté Mohammed V de Rabat.
1986. Cofondatrice du mensuel Kalima.
1989. Se lance dans le malhoun.
1998. Publie son livre, “Une enfance marocaine” (Ed. Le Fennec)

Smyet Bak ?
Mohammed Ben Kacem.

Smyet mok ?
Fatna Abassi.

Nimirou d’la carte ?
Je ne m’en souviens pas. J’ai un problème avec les chiffres, pas avec les lettres.

De la philosophie, vous avez atterri au malhoun, en passant par le journalisme. Ce n’est pas très cohérent tout ça…
La philo et le journalisme sont des accidents de parcours. J’ai suivi des études, un peu, pour faire plaisir à mes parents. Je suis née chanteuse, j’ai toujours eu des admirateurs.

Vous êtes une ex–mounadila. Vous êtes aussi la première femme à s’être lancée dans le malhoun. Vous êtes une rebelle ?
Peut-être que je suis la première à avoir sorti le malhoun dans le domaine public. Mais d’autres femmes le chantaient dans leur salon bien avant moi. Je ne sais pas si je suis une rebelle, mais c’est clair que je n’aime pas l’injustice. On est tous comme ça dans ma famille, c’est ce qui nous distingue.

Le malhoun, c’est un peu has been non ?
Plus jeune, je pensais aussi que c’était un truc de vieux. Mais en fait non, ça dépend de la manière dont vous l’interprétez. J’aime le malhoun et je le vis bien. C’est toute ma vie.

Un duo avec Fnaïre, les spécialistes du rap taklidi, ça vous intéresse ?
Dans l’absolu, je reste ouverte à tout. Mais il faut que j’écoute les paroles, et que je connaisse l’artiste. Le genre musical, ce n’est rien, c’est ce qu’on en fait qui compte au final.

Vous êtes une star capricieuse ?
Je pense que je ne suis ni star ni capricieuse. Je fais un métier comme un autre.

Vous êtes mariée au poète Abdellah Zrika. Les dialogues au quotidien, c’est genre : “Passe-moi le sel, mon vermicelle ?”
(Rires). Non, en fait, mon compagnon fait de la poésie sans rime. Mais c’est clair que ça influe sur notre quotidien. Quand je débarque à la maison, il peut me lire un texte qu’il vient d’écrire. C’est vraiment particulier, j’aime ça.

Pour vous, le look ça compte ?
Oui, dans la mesure où ça donne une indication sur la personnalité. Maintenant, je suis plutôt simple, en adéquation avec ce que je suis vraiment.

Et la coupe garçon, c’est votre marque de fabrique ?
Je me suis coupé les cheveux après le bac. J’avais une longue chevelure, mais j’ai voulu couper court, au propre comme au figuré, avec la “beauté traditionnelle”. Ça a un côté pratique. Je ne suis pas du genre à passer des heures à me faire des chignons.

Vous avez un côté harbi…
Je ne sais pas. Je n’aime pas les talons. Je préfère être à l’aise. Quand je me maquille pour un concert, j’ai l’impression d’être déguisée.

Vous avez un tic avec vos yeux ou vous aimez mitrailler du regard ?
Ah je ne sais pas, je ne m’en rends pas compte.

Kalima a été interdit à cause d’un de vos articles. Nourredine Ayouch, votre directeur de publication de l’époque, ne vous en a pas voulu ?
Pas du tout, l’équipe était très solidaire. Le dossier traitait de la situation de la presse au Maroc. Rien de méchant. Rien en tout cas qui pouvait justifier la censure qu’on a subie. Le mensuel Kalima est le pionnier de la presse indépendante. On a réussi de jolis coups, comme ce reportage que j’avais réalisé sur la prostitution. En une semaine, les kiosquiers étaient en rupture de stock.

Votre défunt chat s’appelait Maya. C’est un nom d’abeille, vous êtes au courant ?
Oui, mais c’est surtout en référence aux Mayas, la fameuse civilisation amérindienne. Elle était adorable. Quand j’étais absente et qu’elle entendait ma voix sur une cassette, elle se mettait à me chercher.

Son décès aurait même chamboulé votre vie. Vous avez eu besoin d’une thérapie pour vous en remettre ?
Pas à ce point, c’était surmontable. Dans la vie, on a souvent des coups durs. Depuis Maya, j’aime beaucoup les animaux.

Cuits ou en carpaccio ?
(Rires). J’aurais bien aimé être végétarienne, mais c’est dur de ne pas céder à la tentation. Pour me donner bonne conscience, je me dis que c’est la nature. C’est la chaîne alimentaire…

Ah oui, c’est vrai, vous êtes philosophe…
Exactement (Rires).

 
 
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