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Par Wafaa Lrhezzioui
Législation. Dépoussiérer la mémoire...
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La Bibliothèque nationale du
royaume du Maroc dispose dun
faible stock en documentation.
(TNIOUNI)
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Conserver le passé pour mieux construire le futur : telle est lambition de la Loi sur les archives, en vigueur depuis peu au Maroc. Sauf que le texte est loin dêtre entièrement appliqué.
Consulter les procès-verbaux émis à lencontre dun voisin ou les notes des services secrets concernant Mehdi Ben Barka, cest possible depuis la publication au Bulletin officiel, fin décembre dernier, de la Loi relative aux archives. Mais il vous en coûtera les frais de reproductions |
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et un temps dattente
de trente ans à un siècle ! Si le texte pose comme règle la libre communication dun document au public 30 ans après sa création, les exceptions sont légion. Le délai est porté à 60 ans pour les documents pouvant porter atteinte au secret de la défense nationale, à la continuité de la politique extérieure du Maroc, à la sûreté de lEtat, aux procédures juridictionnelles et à lintimité de la vie privée. Et pour les répertoires des notaires et adouls ou les documents comportant des renseignements individuels à caractère médical, il faut attendre 100 ans.
La loi, actuellement en vigueur, vient combler un vide dénoncé depuis de nombreuses années par les chercheurs et militants des droits de lhomme. LInstance équité et réconciliation (IER) avait ainsi inscrit dans ses recommandations la préservation des archives de lIER et des archives publiques. Cet acte devait ainsi consolider lEtat de droit. On ne peut pas construire le futur sans le passé. Un pays sans archives, cest un peuple sans mémoire, explique Mohamed Sebbar, président du Forum vérité et justice. Pour établir la vérité sur les droits humains par exemple, il faut des archives. Faute de quoi, on na pas de traces pour établir quun acte de violence revient, une fois les témoins disparus, ajoute-t-il.
Un texte à améliorer
La demande était forte, mais loffre ne suivra pas suffisamment. Adoptée par le gouvernement fin 2006, approuvée par la Chambre des conseillers en juillet 2007, promulguée par dahir en novembre, la Loi sur les archives est publiée au Bulletin officiel le 20 décembre dernier. Le circuit a été rapide et sans faille. Mais le Parlement a validé dans le silence complet. Cest passé inaperçu, sans débat avec les acteurs sociaux ou les mouvements associatifs, déplore ce membre du FVJ. Lexistence dune telle loi reste méconnue pour certains droits-de-lhommistes et laccès aux archives nest pas une priorité de la société civile. Pourtant, les lacunes du texte sont nombreuses. Des pans entiers de la mémoire sont en effet exclus, la Loi ne sappliquant pas aux archives relatives à lhistoire militaire. Les délais sont trop longs et incompatibles avec les normes des autres pays démocratiques, poursuit Mohamed Sebbar.
Une analyse partagée par Ahmed Zaïdi, président du groupe parlementaire USFP. Accéder à linformation est un droit de lhomme protégé par les textes internationaux, lance-t-il. En 2006 déjà, le groupe socialiste à la Chambre des représentants avait concocté une proposition de loi sur laccès à linformation, plus ambitieuse que le projet gouvernemental. Elle préconisait la création dun commissariat général aux informations et une libre communication des documents sous quinze jours avec la possibilité de refus, motivé, pour atteinte à la sûreté de lEtat ou à la vie privée. Il faut définir ce quest la sûreté de lEtat. Ladministration émettrice devra détailler en quoi ce document porte atteinte à la sûreté de lEtat, en précisant sil touche à la défense nationale, à lintégrité territoriale ou au terrorisme par exemple, commente le socialiste. La proposition de loi, déposée, attend toujours dêtre examinée.
Coalition oblige, lUSFP a voté la loi présentée et défendue à lépoque par lun des siens : Mohamed Achaâri. Lancien ministre de la Culture nentend pourtant guère défendre ce texte aujourdhui. Je ne suis plus aux affaires, ce nest plus mon rôle, argue-t-il. Seule concession, le politicien avoue lavoir fait pour des raisons historiques et pratiques. On fait partie dune majorité, plaide pour sa part Ahmed Zaïdi. Et dajouter : Un texte voté nest pas éternel. On a toujours le droit de laméliorer. Le groupe socialiste planche donc sur une nouvelle version de sa proposition. Plus large, elle engloberait lensemble du droit daccès à linformation, des archives aux chaînes satellitaires comme Al Jazeera. Aujourdhui, même le ministre de la Communication est conscient quil faut un nouveau texte, se défend le socialiste. On attend sa copie, quil a promis de faire parvenir au Parlement incessamment.
Sous-traitances ministérielles
Dans lattente, létablissement public Archives du Maroc, prévu par la Loi, na toujours pas été mis en place. Les fonds darchives datant du protectorat sont toujours conservés à la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc et, en labsence de structure, les ministères de tutelle des administrations concernées gèrent les demandes écrites de communication de documents. Des institutions qui ont elles-mêmes souvent externalisé cette tâche, essentiellement comptable. Ainsi, la société privée darchivage DocArchives gère les fonds de nombreux ministères (Intérieur, Finances, Habous, Culture
) ainsi que ceux de La Poste ou de certaines banques. Notre société dispose de 450 km darchives. Et pour les institutions publiques, on traite environ 1500 à 2000 demandes par jour, en majorité des fonctionnaires qui souhaitent avoir accès à leur dossier ou régulariser leur pension de retraite, explique Nabil Elbiel, directeur commercial de DocArchives. Le secteur public na pas attendu cette Loi, se félicite-t-il. Depuis 6 à 7 ans, les administrations ont pris conscience de limportance de leurs archives et y ont alloué un poste budgétaire, alors quavant on devait piocher à droite et à gauche.
Et pour cause, protéger les documents des ravages du temps coûte cher. Un centre de stockage aux normes revient à près de 35 millions de dirhams, indique le directeur de la société. Sajoutent le tri et la conservation des archives qui représentent aujourdhui 700 000 à 1 million de dirhams pour une administration moyenne. De quoi alourdir lapplicabilité de la loi. A la question des moyens, sajoute celle des mentalités. Traditionnellement, lobscurantisme prime et les archives sont assimilées à des sources de problème, analyse un archiviste. On recale souvent dans ce service les personae non gratae, plutôt que dengager du personnel formé. Poussière et indifférence recouvrent cette part de mémoire. On se plaint souvent quune partie de nos archives est en France. Ça me rassure, sinon elles auraient probablement fini en cornets à cacahuètes, note cet observateur. Reste à espérer que quand la France nous les restitue, elles soient numérisées. |
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Et ailleurs ?
Top secret, demandez svp
La nouvelle législation marocaine copie le droit français. Selon une loi de 1979, les archives sont communiquées après un délai de 30 ans, rallongé à 60, 100, 120 et même 150 ans pour certaines pièces, touchant à la sécurité nationale
Mais les parlementaires français travaillent actuellement à assouplir le texte. Les documents seraient alors accessibles sans délai, sauf exceptions, ramenées à 25 ans pour les atteintes au secret des délibérations du gouvernement, 50 ans pour la défense nationale, la sûreté de l'Etat et la protection de la vie privée qui peut aussi sétendre jusquà 100 ans. La Tunisie a également calqué sa législation sur les règles françaises, mais avec près de vingt ans davance sur nous. Depuis 1988, la loi dispose la libre communicabilité avec des délais de 30, 60 et 100 ans. Parmi les pays arabes, lEgypte est lun des précurseurs, instituant dès 1954 la collecte et la conservation des archives. Mais, en matière de documents classés confidentiel, les Etats-Unis restent le plus souvent cité en exemple. Le Freedom of Information Act garantit, depuis 1966, la transparence sur les décisions politiques. Votée sous la présidence Johnson pour faire face aux critiques sur la guerre au Vietnam, la loi a permis à lagence Associated Press dobtenir la déclassification, par le Pentagone, de la liste des détenus de Guantanamo et des clichés des cercueils des GIs morts en Irak. Mais il existe neuf exceptions à la libre communication. La sécurité nationale, le secret défense ou la protection de la vie privée permettent de rejeter de nombreuses demandes. Le pays le plus transparent reste la Suède. Tous les documents sont accessibles sans délai et nimporte qui peut accéder aux notes de frais des ministres. |
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