Entre info et intox. Emeutes à la marocaine
Législation. Dépoussiérer la mémoire...
Société. Accueillants, les Marocains ?
Reportage. Ninja d'un jour
Foot. Allez le Lyon de l'Atlas !
Turquie. Le voile à l'épreuve
Livre. De Bush à Ben Laden
Marché financier. Chère, chère Label(le) Vie
L'Boulevard. On the road depuis 1999
Révélations. Appelez-moi Mehdi Qotbi
Musique. Jazz à tous les âges
N° 328
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Abdellah Tourabi

Livre. De Bush à Ben Laden

Gilles Kepel
(AFP)

Dans Terreur et martyre, Gilles Kepel analyse la faillite de la guerre américaine contre le terrorisme et l’échec d’Al Qaïda à rallier à sa cause l’opinion publique arabe et musulmane.


Les hommes politiques peuvent être de magnifiques conteurs, transformant leurs projets politiques en beaux récits, mobilisant les cœurs et les esprits de leurs ouailles. Mais ils peuvent être aussi de piètres bateleurs, se retrouvant dans une humiliante solitude, plus personne ne souhaitant les écouter. Bush et Ben Laden ont vécu les
deux expériences : ils ont été écoutés, appréciés et applaudis par leurs publics respectifs, avant que leurs récits ne sombrent dans la confusion, les contradictions puis le discrédit. Après le 11 septembre 2001, l’administration américaine et Al Qaïda se sont disputé la sympathie et le ralliement des opinions publiques dans le monde, à travers deux grands récits : la guerre contre la terreur et l’exaltation du martyre.

Dans le récit de l’administration américaine, où le bien devait triompher à la fin, Ben Laden était le visage du mal qui menace le monde. Les images de l’effondrement des deux tours du Trade World Center symbolisaient les capacités destructrices d’un terrorisme aveugle et sans frontières. Paradoxalement, les mêmes images ont été présentées dans le récit d’Al Qaïda comme le modèle à suivre par les “bons musulmans”, pour combattre un Occident arrogant et responsable des séries d’humiliations subies par les musulmans dans le monde. Les kamikazes de “la razzia de Manhattan et de Washington”, selon l’expression de Ben Laden, étaient l’avant-garde héroïque de ce combat, entre le camp du bien et celui du mal.

Guerre manichéenne
En déclenchant sa “guerre contre le terrorisme”, Bush pensait pouvoir remodeler l’univers en le délivrant du nouveau mal qui le hante. Comme l’explique Gilles Kepel dans son livre Terreur et martyre (Ed. Flammarion, 2008), le président américain et ses conseillers croyaient qu’il suffisait de détruire Al Qaïda et de renverser le régime de Saddam pour faire accoucher, au forceps, le Moyen-Orient d'une démocratie. Par les effets vertueux de cette nouvelle-née, le régime théocratique iranien allait être balayé et le radicalisme islamiste, nourri par la corruption et l’autoritarisme des Etats arabes, allait disparaître. Un nouveau Moyen-Orient démocratique et moderne, arrimé à une mondialisation heureuse, serait prêt à émerger.

Pour Ben Laden et ses supporters, il fallait dupliquer à l’infini les “11 septembre” jusqu’à l’apothéose finale. Selon eux “il ne s’agissait rien moins que de laver le monde du mal et du péché, en recherchant dans la mort volontaire au combat le destin sublime et fantasmatique d’un islam conquérant l’humanité et anéantissant tous ceux qui résistent à la mise en œuvre du jihad universel”, explique Gilles Kepel. Ces deux récits ont fini par enfanter la barbarie et produire des contradictions avec les intentions déclarées, ce qui les a conduits à des échecs annoncés.

Les dirigeants américains ont voulu fonder leur récit sur l’éthique, la morale et le droit. Face à un ennemi recourant à la terreur, la réponse devait être exemplaire et révélatrice de la supériorité des valeurs démocratiques et libérales américaines. Toutefois, les images des détenus de la prison d’Abou Ghraïb, la situation des détenus de Guantanamo et l’usage de la torture ont fini par altérer ce récit et l’ont complètement décrédibilisé.

Le sort du récit d’Al Qaïda ne fut pas meilleur. Les images des exécutions d'otages occidentaux en Irak, les attentats ciblant des civils dans les capitales arabes et européennes et l’exhumation de la haine séculaire entre chiites et sunnites ont fini par rebuter l’opinion publique arabe et musulmane. Les échecs de l’administration américaine et d’Al Qaïda ont finalement concordé pour renforcer leur ennemi commun : l’Iran, chiite et anti-américaine. Un autre récit et le début d'une nouvelle histoire.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés