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Par Abdellah Tourabi
Livre. De Bush à Ben Laden
Dans Terreur et martyre, Gilles Kepel analyse la faillite de la guerre américaine contre le terrorisme et léchec dAl Qaïda à rallier à sa cause lopinion publique arabe et musulmane.
Les hommes politiques peuvent être de magnifiques conteurs, transformant leurs projets politiques en beaux récits, mobilisant les curs et les esprits de leurs ouailles. Mais ils peuvent être aussi de piètres bateleurs, se retrouvant dans une humiliante solitude, plus personne ne souhaitant les écouter. Bush et Ben Laden ont vécu les |
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deux expériences : ils ont été écoutés, appréciés et applaudis par leurs publics respectifs, avant que leurs récits ne sombrent dans la confusion, les contradictions puis le discrédit. Après le 11 septembre 2001, ladministration américaine et Al Qaïda se sont disputé la sympathie et le ralliement des opinions publiques dans le monde, à travers deux grands récits : la guerre contre la terreur et lexaltation du martyre.
Dans le récit de ladministration américaine, où le bien devait triompher à la fin, Ben Laden était le visage du mal qui menace le monde. Les images de leffondrement des deux tours du Trade World Center symbolisaient les capacités destructrices dun terrorisme aveugle et sans frontières. Paradoxalement, les mêmes images ont été présentées dans le récit dAl Qaïda comme le modèle à suivre par les bons musulmans, pour combattre un Occident arrogant et responsable des séries dhumiliations subies par les musulmans dans le monde. Les kamikazes de la razzia de Manhattan et de Washington, selon lexpression de Ben Laden, étaient lavant-garde héroïque de ce combat, entre le camp du bien et celui du mal.
Guerre manichéenne
En déclenchant sa guerre contre le terrorisme, Bush pensait pouvoir remodeler lunivers en le délivrant du nouveau mal qui le hante. Comme lexplique Gilles Kepel dans son livre Terreur et martyre (Ed. Flammarion, 2008), le président américain et ses conseillers croyaient quil suffisait de détruire Al Qaïda et de renverser le régime de Saddam pour faire accoucher, au forceps, le Moyen-Orient d'une démocratie. Par les effets vertueux de cette nouvelle-née, le régime théocratique iranien allait être balayé et le radicalisme islamiste, nourri par la corruption et lautoritarisme des Etats arabes, allait disparaître. Un nouveau Moyen-Orient démocratique et moderne, arrimé à une mondialisation heureuse, serait prêt à émerger.
Pour Ben Laden et ses supporters, il fallait dupliquer à linfini les 11 septembre jusquà lapothéose finale. Selon eux il ne sagissait rien moins que de laver le monde du mal et du péché, en recherchant dans la mort volontaire au combat le destin sublime et fantasmatique dun islam conquérant lhumanité et anéantissant tous ceux qui résistent à la mise en uvre du jihad universel, explique Gilles Kepel. Ces deux récits ont fini par enfanter la barbarie et produire des contradictions avec les intentions déclarées, ce qui les a conduits à des échecs annoncés.
Les dirigeants américains ont voulu fonder leur récit sur léthique, la morale et le droit. Face à un ennemi recourant à la terreur, la réponse devait être exemplaire et révélatrice de la supériorité des valeurs démocratiques et libérales américaines. Toutefois, les images des détenus de la prison dAbou Ghraïb, la situation des détenus de Guantanamo et lusage de la torture ont fini par altérer ce récit et lont complètement décrédibilisé.
Le sort du récit dAl Qaïda ne fut pas meilleur. Les images des exécutions d'otages occidentaux en Irak, les attentats ciblant des civils dans les capitales arabes et européennes et lexhumation de la haine séculaire entre chiites et sunnites ont fini par rebuter lopinion publique arabe et musulmane. Les échecs de ladministration américaine et dAl Qaïda ont finalement concordé pour renforcer leur ennemi commun : lIran, chiite et anti-américaine. Un autre récit et le début d'une nouvelle histoire. |
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