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Par Marjorie Modi
Peinture. Des tôles aux toiles
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Ayoub Arafa, à côté de
lune de ses toiles.
(MM/TELQUEL)
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Alors que certains de ses pairs sen sortent par le foot ou le rap, Ayoub Arafa, jeune bidonvillois de Casablanca, voit son avenir au bout du pinceau.
Je suis fier de mes origines. Je suis un enfant du kariane, mais un peintre avant tout. Demblée, Ayoub Arafa tient à dissiper tout malentendu. Non, il nest pas une curiosité. Il refuse tout autant le cliché de la beauté qui fleurit dans la misère. Le jeune homme revendique plutôt son statut dartiste, qui a certes grandi dans lun des quartiers les plus pauvres de la capitale économique.
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Cest dans le bidonville de Bachkou, entre les baraques en tôle ondulée et les constructions de fortune, quAyoub a vu le jour il y a une vingtaine dannées. Alors que les enfants de son âge se retrouvaient dans le terrain vague voisin pour jouer au foot, il préférait se cloîtrer dans le modeste habitat familial. Pour dessiner et peindre. Une passion précoce savamment entretenue par le père, poète de son état, qui a transmis à son rejeton lamour du beau et lart comme exutoire. Je peins ce que mon père écrit dans ses poèmes, tente-t-il dexpliquer, mentionnant larrestation de son père durant les émeutes de 1981 à Casablanca
avant que la coquille ne se referme. De ce passé visiblement douloureux, il ne dira pas davantage.
600 toiles, déjà
Sa scolarité cahoteuse est le seul nuage dans une enfance sans histoires. Lécole, ce nétait pas mon truc. Jai arrêté en troisième, raconte-t-il. Ma mère voulait que je suive une formation en mécanique. Avec un père poète, elle nourrissait dautres espoirs que lart pour moi. Je ne voulais pas la décevoir.
Ayoub sinscrit donc au Takwine (Centre de formation professionnelle), mais ny restera quune année, avant dêtre rappelé par le naturel. Le déclic se produit à lâge de 15 ans, quand il peint sa première toile : Avant, je dessinais sur des feuilles, mais lorsque jai commencé la peinture sur toile, jai compris que je ne devais plus arrêter. Dont acte.
Dans lespace exigu du foyer familial, le jeune homme réussit à préserver suffisamment dintimité pour dessiner ses envies dailleurs. Et il peint, il peint
Il peint le jour, la nuit, parfois sans sarrêter, tout le temps absorbé par sa toile, opine, admirative, Amina, sa sur cadette. Au bout de cinq années, le jeune artiste compte déjà plus de 600 toiles à son actif, dont certaines finiront par passer le cap de lexposition, une nouvelle fois à linitiative du père. Mon père a eu lidée dorganiser une exposition il y a quelque mois. Cétait ma première confrontation avec le public. Et ça a marché : certains tableaux ont même été vendus, senthousiasme-t-il.
Un regard despoir
Depuis, les uvres dAyoub Arafa saffichent dans des galeries de Casablanca et de Safi. Il vient dailleurs dorganiser sa troisième exposition, qui a connu un certain succès : près dune vingtaine de toiles ont trouvé acquéreur, à des prix oscillant entre 3000 et 8000 DH. Ses tableaux teintés de cubisme représentent sa propre interprétation de la société marocaine. Bachkou reste, bien entendu, la première source dinspiration. Lumières, couleurs vives, formes fugaces et ingénues, Ayoub pose un regard souriant, symbole despoir, sur son bidonville à lui. Un environnement auquel il reste très attaché, bien quil nourrisse lespoir de vivre mieux, daméliorer sa condition sociale et celle de sa famille.
En attendant de pouvoir vivre de son art, le jeune homme suit une formation de peintre décorateur à lInstitut spécialisé du bâtiment à Casablanca, une manière de couper la poire en deux. Cest moins salissant que la mécanique !, lance-t-il avec un sourire. Prochaine étape : acquérir son propre atelier et profiter des possibilités quoffre le Net pour faire connaître son talent.
Le 21 juillet prochain, lInstitut spécialisé du bâtiment organisera une nouvelle exposition où Ayoub Arafa présentera, en compagnie de grands peintres marocains, douze de ses nouvelles créations. Loccasion pour lui dacquérir la reconnaissance de ses pairs, et, pourquoi pas, une aussi grande notoriété. Amina, sa sur cadette, nen doute pas : Ayoub est tellement doué. Il sera bientôt le plus connu des habitants de Bachkou. |
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