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Par Souleïman Bencheikh
Grands Travaux. Rabat, capitale des chantiers
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Le projet daménagement de la
vallée du Bouregreg, symbole
du nouveau Rabat.
(TNIOUNI)
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Longtemps endormie, Rabat est en passe de faire mentir sa réputation : des projets à foison et des chantiers titanesques marquent le renouveau de la cité des Alaouites.
Mohammed VI détrônera-t-il Hassan II au panthéon des souverains bâtisseurs ? Le défunt monarque a pourtant laissé son empreinte : une grande mosquée aux allures de symbole, sorte de nouvelle Tour Hassan, plus grande, plus haute et plus chère que sa devancière rbatie. |
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Mais le fils a déjà presque dépassé le père. En bientôt neuf ans de règne, on ne compte plus les chantiers lancés par Mohammed VI : la ville ocre est devenue une capitale mondiale de la jet-set, Tanger, la perle du Nord, est boostée par sa zone franche et son nouveau port aux dimensions pharaoniques, alors que Fès redécouvre ses 1200 ans dhistoire et fête en grande pompe son passé à la fois berbère et andalou. Mais c'est Rabat qui sest taillé, sans nul doute, la part du lion dans ce Maroc nouvelle ère qui se construit au rythme des tribulations royales : administrations, loisirs, artisanats, espaces verts, transports, universités, tourisme
la capitale joue la carte de la modernisation tous azimuts.
Vallée de Bouregreg : projet emblématique
Le titanesque projet daménagement de la vallée du Bouregreg est emblématique de ce boom de longue haleine. Il comporte pour linstant deux séquences, qui devraient être finalisées en 2010. La séquence Bab al Bahr, financée en partenariat avec le groupe Al Maabar International Investments dAbu Dahbi, porte sur 750 millions de dollars. Elle concerne lestuaire du Bouregreg à proprement parler. Outre la construction dune cité des arts et métiers sur la rive de Salé et dun quartier daffaires, elle prévoit de grands aménagements au niveau des infrastructures de transports : un tunnel sous la colline des Oudayas, un nouveau pont reliant Rabat et Salé et un tramway avec deux lignes sur un peu moins de 18 km. La séquence Amwaj, plus à lintérieur des terres, porte sur près de 2 milliards de dollars, financée en partenariat avec Sama Dubaï à hauteur de 50%. La conception architecturale et urbanistique est en cours de réalisation, et cest justement là que le bât blesse. Le torchon brûle entre la CDG (Caisse de dépôt et de gestion), initiatrice du projet, et les pourvoyeurs de fonds émiratis. Nous nous sommes opposés à un projet qui aurait dénaturé le site, explique un responsable de la CDG. Sama Dubaï propose de construire des buildings futuristes et ultramodernes, mais le site ne sy prête pas. La Tour Hassan, le mausolée Mohammed V et le Chellah doivent être mis en valeur dans le futur aménagement du site.
Cette différence de visions nentame pas pour autant loptimisme des responsables du projet. Tous les espoirs semblent permis et, à voir la dimension des travaux, le rêve est à portée de main. Quatre principes ont guidé toutes nos décisions : respect de lenvironnement, citoyenneté, mémoire du lieu et amélioration des transports, explique Omar Benslimane, responsable communication de lAgence pour l'aménagement de la Vallée du Bouregreg (AAVB). Il détaille ainsi par le menu les efforts déployés pour la réhabilitation des décharges de lOulja et de Akreuch. Il insiste aussi sur la résolution du problème posé par les barcassiers, qui faisaient la liaison entre Rabat et Salé et dont l'activité a dû être suspendue pour quelques mois. Tous ont été indemnisés entre 900 et 2500 DH par mois, explique Omar Benslimane. Un temps au point mort, les travaux ont repris de plus belle. Brahim Qattab, ouvrier sur le chantier de la marina, est optimiste : Je compte vraiment sur ce projet pour donner un grand coup daccélérateur au quartier. Si ça aboutit, il y aura beaucoup de créations demplois. L'un de ses collègues, plus sceptique, espère surtout le désenclavement de Salé : Salé ne doit plus être une cité dortoir près de Rabat !.
À lhorizon 2010, Rabat devrait ainsi être complètement transformé. Linterface entre la capitale administrative et sa jumelle, lancienne cité corsaire, est appelée à devenir un centre névralgique, mêlant activités de loisirs et artisanat. Rabat et Salé renoueraient aussi avec leur tradition maritime, avec un projet de port de voyageurs (en suspens pour le moment) sur la façade atlantique, ainsi quune marina, bientôt opérationnelle à lembouchure du Bouregreg.
Mais, malgré lautosatisfaction affichée par les responsables du projet, les rumeurs circulent autour des problèmes sur lesquels buterait le chantier. Beaucoup doutent ainsi de lefficacité de lopération de dragage qui devrait permettre la navigabilité du fleuve sur 15 km. Lembouchure du Bouregreg est très largement ensablée. Elle subit nuit et jour les assauts de la marée. Lopération de dragage est lente et la viabilité de la marina nest pas encore assurée, explique un entrepreneur, qui a souhaité garder lanonymat. Dautres, comme cette responsable dun organisme international, croient savoir que les capitaux de Dubaï se sont retirés. Une rumeur régulièrement démentie par les responsables du projet daménagement de la vallée du Bouregreg. Les investisseurs se bousculent au portillon. La difficulté est davantage de bien choisir les sources de financement que de les trouver, se félicite Omar Benslimane.
Une nouvelle philosophie de la ville
Les chantiers de Rabat ne se limitent pas à ceux de la vallée du Bouregreg. Limpulsion et la volonté royales se sont répercutées à toutes les échelles, dans une sorte de vaste projet urbanistique. Derrière tous les chantiers : la CDG, encore et toujours. Bras armé de Mohammed VI, quand il sagit dinvestir dans les infrastructures du pays, la Caisse est aussi en mesure de drainer les capitaux étrangers. Au centre du réaménagement de la capitale, le mastodonte semi-public a ainsi patiemment pensé le développement de Hay Riad. Ce quartier résidentiel de Rabat est devenu un centre urbain très attractif : espaces verts, administrations ultramodernes, parkings aménagés, boutiques de luxe, allées piétonnes, cafés animés
Le développement de Hay Riad est un projet pensé bien en amont par la CDG. Nous avions des conditions dinstallation très strictes. Mais vu le résultat, le jeu en valait largement la chandelle, témoigne le propriétaire dun restaurant flambant neuf à Hay Riad. La clientèle est de plus en plus nombreuse et variée : travailleurs du midi, promeneurs du week-end, noceurs du samedi soir
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Autres chantiers non moins ambitieux : la future Technopolis, sur la route de Kénitra, qui abritera la première université privée internationale; laménagement de la corniche initié par le groupe émirati Emaar; la ville nouvelle de Tamesna, destinée à accueillir 50 000 habitants dans les environs de Témara
et la liste est longue. Contrairement à Marrakech, dont le développement touristique a fait des déçus, à la différence de Tanger, où le boom est essentiellement économique, Rabat a misé sur un développement urbain contrôlé, respectueux du charme paisible qui fait son identité. La capitale rompra-t-elle pour autant avec son image de belle endormie ? |
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Vallée du Bouregreg
Séquence Bab el Bahr (fin 2010)
- Coût de 750 millions de DH (dont 190 pour la marina)
Séquence Amwaj
- Coût 2 milliards de DH |
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Révolution des transports
Tunnel des Oudayas
- Longueur : 1022 mètres
- Coût : 491 millions de DH
Pont Hassan II
- Longueur : 1000 mètres
Tramway
- Capacité : 2 lignes pour 400 000 passagers par jour
- Coût : 3 milliards de DH |
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Aménagement de la corniche
- Investissement : 27 milliards de DH (sur 30 ans)
- Objectif : 7800 emplois directs : 3 milliards de DH |
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Tamesna, nouvelle ville
- 50 000 habitants à terme
- Investissement : 3,3 milliards de DH
- Equipement (1,3 milliard de DH) : 9 écoles, 3 mosquées, 2 centres de santé, 2 maisons de jeunes
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