Politique. Y a-t-il un candidat pour sauver l'USFP ?
Médias. Les dessous de l'affaire Al Jazeera
Santé. Urgences en péril
Formation. Sciences Po, made in Morocco
Younès El Aynaoui. Le dernier mousquetaire
Palestine. Le Hamas, envers et contre tous
Etats-Unis. Que la bataille commence
Grands Travaux. Rabat, capitale des chantiers
Débat. Langue vivante vs langue de bois
Cinéma. Grand corps malade
Peinture. Des tôles aux toiles
Livre. Le journalisme est une arme
Réfugiés. L'art, pour survivre
N° 329
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Nadia Lamlili

Politique. Y a-t-il un candidat pour sauver l’USFP ?

Les membres du bureau politique de
l’USFP ouvrent le 8ème congrès par
une prière. Pour le salut du parti ?
(TNIOUNI)

Les socialistes se sont donnés en spectacle, incapables de venir à bout de leur 8ème congrès, finalement renvoyé à la rentrée prochaine. Récit d’un échec annoncé.


À l’Union socialiste des forces populaires (USFP), le mot “crise” est devenu une sorte de leitmotiv. Le 8ème congrès, tenu du 12 au 14 juin à Bouznika, a été suspendu et ses travaux reportés à une date ultérieure. Laquelle ? “Dans six mois maximum”, à en croire l’état-major du parti. Une première ! Jamais un rendez-vous aussi
important dans la vie de l’USFP n’a connu une issue pareille. “Il nous est déjà arrivé de nous disputer, de nous détester, ou même de vivre des scissions… mais jamais aucun congrès n’a été reporté”, déplore un congressiste.

Mal préparée, la rencontre s’est transformée en cacophonie. Aucune plate-forme n’a été discutée, en dehors du mode de scrutin par liste (pour l’élection du bureau politique) qui n’a d’ailleurs même pas été voté. Les congressistes ont fait une fixation sur la course au fauteuil de premier secrétaire, qui a opposé cinq ténors : Abdelouahed Radi, Habib El Malki, Fathallah Oulalaou, Jamal Rhmani et Driss Lachgar. Sous le grand chapiteau dédié aux séances plénières, il n’y avait que quelques socialistes nostalgiques des grands meetings des années de gloire de l’USFP. Ceux qui ont tout compris déambulent dans la cour, grillant cigarette sur cigarette. “Ce n’est pas à l’intérieur, mais ici, que cela se passe”, lance un congressiste. Les candidats ont lâché leurs rabatteurs pour attirer “des noms fédérateurs” sur leurs listes. Pendant trois jours, la grand-messe socialiste s’est transformée en place de marché où les alliances se nouent et se dénouent. Florilège.

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette
Le Vendredi 12 Juin, à 17 heures, Mohamed Benyahia, président de la commission préparatoire, annonce l’ouverture du congrès. Sur l’estrade, le bureau politique est au complet. Ou presque. Manque à l’appel Mohamed El Gahs, fondu dans la foule en parfait anonyme. Arrivé en retard, le “Akh” Mohamed ElYazghi, numéro 1 démissionnaire, monte à la tribune pour prononcer son mot d’adieu. Il assomme les 1364 congressistes pendant 3 heures. Son discours de 22 pages a été un manifeste où tout a été abordé, de la réforme de la Constitution à la lutte contre la pauvreté. Pendant ce temps, la guerre des listes fait rage, mais en toute discrétion. Les “Elyazghistes” font circuler la candidature de Jamal Rhmani, ministre de l’Emploi. On annonce même que Nasr Hajji, ancien ministre des Télécommunications, et Ali Bouabid, leader du courant de la refondation de l’USFP, vont s’ajouter à la file des challengers en présentant chacun sa liste.

Le samedi 13 juin, les travaux reprennent à 11 heures. Une nouvelle tonitruante tombe à midi : Rhmani lâche sa liste et rejoint celle de Radi qui gagne en grade face à un Fathallah Oualalou et un Habib El Malki. Les tractations se jouent dans les coulisses. Parmi les congressistes, on soutient qu’Elyazghi est le véritable chef d’orchestre de la fusion-absorption entre Radi et Rhmani. Au même moment, sous le chapiteau, le congrès s’enlise. Une grande partie des congressistes n’a pas de badges à cause des conflits sur la représentation de certaines régions. Exemple : la zone de Rabat-Hassan, le fief historique des Ittihadis, n’est pas parvenue à élire ses représentants au Congrès. Problème. Les organisateurs sont appelés à la rescousse. La soirée se prolonge jusqu’au petit matin pour le règlement des contentieux qui auraient dû être aplanis bien avant le congrès.

Le dimanche 14 juin, la présidence du congrès, assurée par Mohamed Lakhssasi, est au bord de l’effondrement. Les pro-Lachgar improvisent une manif’ demandant le retrait de l’USFP du gouvernement. Dans l’après-midi, ils investissent l’estrade pour bloquer le vote du rapport organisationnel qui instaure le mode de scrutin par liste. Abdelhadi Khairate, membre du bureau politique, fait un réquisitoire contre le système de liste, jugé illégal. Selon le scénario proposé, ne seraient représentées au bureau politique que les listes ayant obtenu plus de 15% des voix. Celles qui arriveraient à plus de 30% prendraient carrément le contrôle du bureau, c’est-à-dire 51% des sièges.

Les congressistes réussissent, malgré tout, à adopter le rapport moral et financier. Mais les travaux partent quand même en vrille. Les quatre têtes de liste, à savoir Oualalou, El Malki, Radi et Lachgar décident d’aller se concerter en dehors du congrès. Sous les flashes des photographes, ils montent dans la Peugeot rutilante d’El Malki et reviennent quelques heures plus tard avec un compromis portant sur le report du congrès, une disposition autorisée dans le règlement du parti. Dans une réunion à huis clos, ils entérinent la décision avec les secrétaires régionaux. Le Congrès est alors officiellement suspendu le 14 juin 2008 à minuit

Les Ittihadis entre eux
“Ce que l’USFP est en train de vivre est le résultat logique du débat interne qui le secoue depuis les législatives de 2007”, analyse un ancien usfpéiste, qui a basculé aujourd’hui dans un autre parti de gauche. “Les Ittihadis partent toujours à leurs congrès avec une direction négociée à l’avance ou en tout cas pressentie. Là, ils n’avaient aucune visibilité”, corrobore Hassan Tariq, battant pavillon Abdelouahed Radi. Les listes annoncées à la veille du congrès n’avaient aucun programme, aucune valeur distinctive. L’attention des congressistes s’est donc portée sur les personnes. Alors bonjour les marchandages !

“Il y avait peut-être des erreurs, mais ce sont des membres du bureau politique qui ont tout fait pour faire capoter le congrès”, se défend Mohamed Benyahia, président de la commission préparatoire du Congrès. De qui s’agit-il ? Notre interlocuteur préfère ne pas donner de noms. Trois semaines avant le grand rendez-vous, il savait néanmoins qu’il allait être reporté parce que le choix de la liste comme mode de scrutin a été annoncé très tard. Ce qui est sûr, c’est que les priorités affichées lors de ce congrès n’ont rien à voir avec les problématiques débattues dans les dernières réunions du conseil national du parti, à savoir “recadrer l’USFP comme un parti de l’opposition” et “rajeunir le bureau politique”. Seule la confrontation des deux apparatchiks Elyazghi et Lachgar a retenu l’attention. Le premier a l’oreille de plusieurs membres du bureau politique. Le deuxième, mal vu par les élites, tient l’appareil du parti et particulièrement les sections régionales. “Elyazghi a tout fait pour montrer que, sans lui, l’USFP n’existait pas”, s’emporte ce membre de la commission préparatoire du congrès. Selon plusieurs témoignages, l’ancien premier secrétaire serait derrière le système de liste, pour garantir un accès direct de ses proches au bureau politique.

“Il faut arrêter de diaboliser Elyazghi, il veut que la direction soit élue dans des conditions sereines”, rétorque ce proche du ministre d’Etat. “La priorité de l’USFP n’est pas de changer du mode de scrutin, mais de calmer les militants mécontents des résultats des élections”, rétorque pour sa part Driss Lachgar, lui-même candidat malheureux à la députation. Il se défend, bien entendu, d’avoir tout fait pour bloquer irrémédiablement le congrès de ses frères ittihadis. “Le problème des socialistes, c’est qu’ils sont plongés dans des discussions de salon. Moi, je suis plus dans la réalité, celle de nos bases, je suis en contact avec le terrain”, poursuit Lachgar.

Alors voilà, l’USFP se prépare à reprendre son congrès (fin octobre ?) comme elle y est entrée : déchirée. Les candidats maintiennent leurs listes et leurs promesses. Radi assure qu’il démissionnerait du gouvernement au cas où il gagnerait les élections pour le poste de premier secrétaire. El Malki, plus énigmatique, déclare que les élections pourraient aboutir “à des surprises”, sans doute histoire de se remonter le moral. En attendant, le recrutement des chevaux de course continue. Selon une source sûre, les candidats au poste de “zaïm”, Lachgar compris, ont demandé à Omar Elyazghi de rejoindre leurs listes dans l’objectif d’avoir la caution de son père, le numéro 1 sortant. Lachgar l’aurait même supplié de le suivre, en lui embrassant la tête à la marocaine. Le cirque, on vous dit !

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2008 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés