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Par Youssef Aït Akdim
Médias. Les dessous de laffaire Al Jazeera
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Hassan Rachidi, directeur du
bureau de Rabat dAl Jazeera.
(TNIOUNI)
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La chaîne qatarie est sur la sellette après les émeutes de Sidi Ifni. Hassan Rachidi, directeur du bureau de Rabat, est poursuivi pour diffusion de fausses informations. Décryptage.
Le Maroc aurait-il rejoint lArabie Saoudite ou lAlgérie au rang des pays qui entretiennent des relations exécrables avec Al Jazeera ? Au regard des derniers tracas de la chaîne de Doha avec les autorités marocaines, il est permis de le penser. Al Jazeera, dont les émissions sont très |
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suivies de Tanger à Sidi Ifni, est devenue une sorte de the talk of town. Depuis quelques semaines, un bras de fer politico-juridique se joue, et aucun des deux protagonistes ne semble prêt à lâcher prise. Le 6 mai dernier, déjà, la chaîne qatarie avait reçu un coup de semonce de la part de lANRT (lAgence nationale de réglementation des télécommunications). Lautorité de régulation des fréquences avait décidé de suspendre lautorisation temporaire accordée en 2006 à la chaîne pour diffuser, depuis Rabat, son Journal du Maghreb. Aujourdhui, la chaîne qatarie doit se défendre sur deux plans.
Une semaine après la couverture controversée des émeutes de Sidi Ifni, Wadah Khanfar, directeur général de la chaîne, reçoit, coup sur coup, deux mauvaises nouvelles. Primo, le ministre de la Communication retire laccréditation de Hassan Rachidi, directeur du bureau de Rabat de la chaîne, pour faute grave. Le même jour, le ministère public décide dengager des poursuites contre le correspondant dAl Jazeera et le président du centre marocain des droits de lhomme Khaled Cherkaoui Smouni, pour propagation de fausses nouvelles. En vertu de larticle 42 du Code la presse, la publication, la diffusion ou la reproduction, de mauvaise foi (
) d'une nouvelle fausse, (
) lorsqu'elle aura troublé l'ordre public ou suscité la frayeur parmi la population est punie d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 1200 à 100 000
dirhams. Le procès a été fixé au 1er juillet prochain. Laffaire promet de devenir le feuilleton judiciaire de lété.
Sidi Ifni : grosse gaffe ou simple prétexte ?
Flash-back. Samedi 7 juin, des manifestations tournent à lémeute à Sidi Ifni. Lintervention des forces de lordre (près de 8000 hommes mobilisés) est musclée. Dans Sidi Ifni, à feu et à sang, la rumeur enfle de morts tombés sous les balles (caoutchoutées) des Forces auxiliaires. Première sur linfo, Al Jazeera annonce des morts civiles, sur la foi de sources associatives sur place, nommément Brahim Sebaâ El Layl, militant du Centre marocain des droits de lhomme (CMDH). Dans ses flashes dinformation de la journée du samedi, Al Jazeera reprendra le scoop, annonçant 8 puis 10 morts parmi les manifestants. Dautres médias relayent linformation, mais en prenant un peu plus de précautions. Après un moment de flottement, un communiqué officiel dément les morts. Las, le mal est fait. La version officielle est donnée trop tard pour laver le soupçon. Une source gouvernementale explique quAl Jazeera, en sentêtant, a précipité le retrait de laccréditation et les poursuites. Mardi 10 juin, alors que le ministre de la Communication attendait les excuses dAl Jazeera, un communiqué de la chaîne à Qatar rajoutait à la tension, en se défendant de toute faute professionnelle. Cet officiel soffusque : On attendait un mea culpa, Al Jazeera a préféré senfoncer. Tant pis !
Pour le ministre de la Communication, Khalid Naciri, la mauvaise foi de la chaîne est incontestable : Al Jazeera a sciemment refusé de tenir compte du démenti officiel, qui a été diffusé dès samedi. Personne au Maroc, même parmi ses plus grands défenseurs, nose nier la faute commise par Rachidi. Une information basée sur des rumeurs doit être recoupée. Quelques jours avant les poursuites, des sources internes à la chaîne admettaient en off sêtre laissé emporter par la course au scoop. Aujourdhui, les journalistes dAl Jazeera préfèrent laisser la parole à leur défense. Khalid Sefiani, avocat de Rachidi, dénonce un acharnement contre la chaîne : Dautres médias locaux et étrangers ont annoncé des morts à Sidi Ifni, sans que des poursuites ne soient engagées contre eux. De son côté, le président du CMDH, Khalid Cherkaoui Smouni, espère que la justice corrigera une décision malheureuse de ladministration.
Lune de miel, lune de fiel
Dans cette affaire, il y a un emballement qui laisse penser que la chaîne de Doha était attendue au tournant. Après le carton jaune du 6 mai dernier, avec la suspension du Journal du Maghreb diffusé depuis Rabat, il y a eu comme un engrenage fatal, explique ce politologue. Les autorités marocaines attendaient dAl Jazeera quelle donne des gages de bonne volonté. Tout cela aurait pu se régler par un droit de réponse, si les relations étaient encore bonnes entre les deux parties, poursuit notre source. Les griefs de Rabat saccumulent. On est loin de la lune de miel entre Al Jazeera et les officiels marocains. En 2006, Nabil Benabdellah présentait le lancement du Journal du Maghreb depuis Rabat, comme une preuve douverture médiatique. Aujourdhui, le Maroc naurait-t-il pas tout à perdre, en reprenant ce quil a accordé il y a deux ans ? La communication avec les officiels marocains est aujourdhui rompue, confirme cette source interne à Al Jazeera. Le divorce est-il alors consommé ? Khalid Naciri penche pour laffirmative, même sil précise que Rabat se comporte en Etat organisé et souverain et non comme un individu avec des états dâme. Al Jazeera na pas à nous imposer son diktat, tonne le ministre de la Communication.
Que reproche-t-on à la chaîne dinformation qatarie ? De présenter toujours la face la moins reluisante de lactualité marocaine. Banal, les journalistes naiment pas parler des trains qui arrivent à lheure. Khalid Naciri est excédé par lattitude de la chaîne. Dernier grief en date, lémission Al Ittijah Al Mouâakis, du mardi 17 juin. Le présentateur de ladite émission na pas cessé de remettre sur le tapis les évènements de Sidi Ifni, sans aucune nuance, alors que le thème devait être plus général, dénonce le porte-parole du gouvernement.
En fait, Sidi Ifni est la goutte qui a fait déborder le vase. Al Jazeera est déjà accusée, sur un autre volet de lactualité marocaine, daccorder un traitement de faveur à lopposition, notamment aux islamistes du PJD. On lui reprocherait également un reportage sur le fameux Mouvement (le MTD) de Fouad Ali El Himma, où les proches de qui vous savez auraient été assimilés à des opportunistes, voire, selon la manière dont le reportage a été perçu, à des mercenaires. Lun des dirigeants du MTD aurait même pris son téléphone pour notifier au directeur du bureau dAl Jazeera à Rabat : Vous naviez que des amis au sein du Pouvoir. Aujourdhui, cest fini.
Voilà, Al Jazeera est toujours debout, mais un peu sonnée tout de même. Comme au milieu dun combat de boxe, quand les coups de ladversaire pleuvent juste avant les coups de gong ponctuant chaque round. Dur, dur. |
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Régulation. La Haca in, la Haca out
La Haute autorité de la communication audiovisuelle est restée en retrait, depuis le début de laffaire Al Jazeera. On se souvient que la décision de suspendre lémission du Journal du Maghreb a été prise par lANRT, qui gère lallocation des fréquences. Sur la question du pluralisme, la loi nattribue à la HACA quune compétence sur les chaînes nationales. Pour le moment, Al Jazeera nest donc pas soumise aux mêmes règles que 2M et la SNRT. La même situation se retrouve dans dautres pays. La différence au Maroc, cest quAl Jazeera a une audience très large et donc une influence importante, surtout en période électorale, note cette source bien informée. Entre le gouvernement marocain et la chaîne qatarie, il y a(vait) un deal tacite : Rabat laissait les coudées franches à Al Jazeera, à condition que celle-ci respecte un engagement dimpartialité. Aujourdhui, en plein bras de fer, la HACA pourrait devenir le nouvel interlocuteur de la chaîne, dans le cadre dun conventionnement plus étroit. |
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