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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Souleïman Bencheikh

Santé. Urgences en péril

Les débrayages dans le secteur
de la santé sont devenus
monnaie courante.
(AIC PRESS)

En conflit ouvert avec le gouvernement depuis plusieurs mois, les médecins internes et résidents ont annulé, au dernier moment, la grève des urgences. Pour le moment…


Voilà maintenant 19 semaines que les internes et les résidents des quatre CHU du royaume sont en grève. Pendant trois mois, ils ont progressivement haussé le ton : d’abord une journée chômée par semaine, puis trois. Et le jeudi 12 juin, la commission nationale qui défend leurs intérêts a voté la grève illimitée ainsi que l’arrêt des
urgences. Mais le lundi suivant, Yasmina Baddou, ministre de la Santé, sortait du silence radio où elle s'était jusqu’alors cantonnée : rendez-vous est donné aux résidents et aux internes (qui sursoient du coup à la grève des urgences) pour le lundi 23 juin, avec cette fois-ci, des propositions concrètes à la clé.

Pourtant, du côté des grévistes, si on maintient ouverte la porte des négociations, la crispation est palpable. “Cela fait un mois et demi que la ministre nous a demandé un délai de trois semaines pour nous faire des propositions concrètes. Et elle a ensuite réclamé un nouveau délai de deux semaines. Nous sommes à bout”, tonne Fayçal Benjelloun, interne à l’hôpital Ibn Rochd de Casabalanca. Au menu des revendications : l'augmentation des indemnités perçues par les internes et les résidents, l'amélioration des conditions de travail dans les CHU, l'intégration dans la Fonction publique à partir de la première année, l'équivalence entre le doctorat d'Etat et la thèse de médecine, avec le salaire correspondant, et, surtout, bénéficier, comme tous les travailleurs, d’une couverture médicale.

Les médecins grévistes ont le sentiment d’avoir déjà fait beaucoup de concessions. La ministre leur avait en particulier demandé de quitter le syndicat auquel ils étaient affiliés. Sans doute une revendication de l’UGTM, syndicat proche de l’Istiqlal, qui multiplie les pressions sur Yasmina Baddou. Car, il faut bien l’avouer, le syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMCP), qui portait jusque-là les revendications des internes et des résidents, a une coloration islamiste qui déplaît fortement, aussi bien à la ministre qu’à l’UGTM. Conséquence : les 4000 internes et résidents du pays ont constitué une commission nationale représentant les quatre CHU de Casablanca, Rabat, Marrakech et Fès, et ont quitté le syndicat qui les "hébergeait". Ironie de l’histoire, l’ancien ministre de la Santé avait justement conseillé aux internes de s’organiser en syndicat pour voir leurs revendications aboutir. À chaque ministre son style, pourrait-on dire…

En attendant le pire
À Marrakech, où l’université Cadi Ayyad est en ébullition, les quelque 400 internes du CHU sont à la pointe du mouvement de contestation. La grève des urgences y est d’ores et déjà effective : plus aucun interne, ni résident, ne traîne ses guêtres à l’hôpital, sauf pour manifester. “L’arrêt des urgences est une décision grave, aussi bien pour les patients que pour les médecins. Nous ne l’avons pas prise à la légère”, se justifie presque Najib Idrissi, médecin résident du CHU de Marrakech. À Casablanca, on a du mal à franchir le pas, laissant à la ministre une dernière carte à jouer. “Nous attendons beaucoup de la prochaine rencontre avec Mme Baddou. Dans ses interventions, elle semble favorable à nos revendications. Reste à voir les propositions qu’elle nous fera”, explique, plutôt optimiste, le Dr Benjelloun. À moins d’un énième report, qui rendrait la position de Yasmina Baddou difficile à tenir et entamerait sa crédibilité.

Dans l’intervalle, le service des urgences de l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca vivote tant bien que mal. L’ambiance est électrique, les moyens dérisoires et l’hygiène plus que douteuse. Mais les patients sont encore pris en charge. “Les internes et les résidents sont toujours le premier contact des malades avec un médecin, explique Fayçal Benjelloun, je vous laisse imaginer les conséquences d’un arrêt des urgences dans tout le pays, en particulier à Casablanca et Rabat, qui drainent le gros des effectifs (3200 internes et résidents, ndlr)”. Mais Yasmina Baddou est consciente de l’enjeu : plus qu’un tremplin vers d’autres ambitions, la Santé semble être son sacerdoce du moment. Espérons qu’il ne devienne pas son chemin de croix.

 
 
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