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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Marjorie Modi

Formation. Sciences Po, made in Morocco

La prestigieuse école parisienne
ouvrira-t-elle une antenne à Rabat ?
Pas vraiment…
(AFP)

Une grande école privée, calquée sur le modèle de Sciences Po, ouvrira à Rabat à la rentrée prochaine. Une nouvelle voie royale pour les élites de demain ?


L’information avait filtré dans les salons rbatis il y a quelques mois déjà : Sciences Po ouvre, dès l’automne prochain, une branche au Maroc. En réalité, la toute fraîche Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat n’est pas vraiment une antenne de la prestigieuse école de la rue Saint-Guillaume à Paris. À l’origine du projet, il y eut d’abord la création d’une
association pour les sciences sociales, politiques et économiques, regroupant la direction de Sciences Po et des patrons proches du Makhzen économique : Mustapha Bakkoury, PDG de la CDG, Mostafa Terrab, directeur général de l’OCP et Fayçal Laâraïchi, président de la SNRT. Contacté, ce dernier avoue que le projet en est encore au stade de chantier. Et si l’on sait déjà que l’école s’installera dans le très chic Hay Riad, on ignore tout du calendrier détaillé des opérations. Du côté des initiateurs du projet, on explique l’empressement de la démarche par la volonté de mettre rapidement des diplômés sur le marché du travail. De son côté, Laâraïchi confirme les objectifs : “Derrière la création de cette école, il y a la volonté de créer une pépinière de jeunes talents, très recherchés par les entreprises marocaines”. Le mot est lâché : le nouvel établissement sera d’abord une business-school, délivrant des diplômes de master en finance, en management et en économie.

Sciences Po ou pas ?
Mais que reste-t-il alors du label Sciences Po ? Du côté de la rue Saint-Guillaume, on précise que “la mission de Sciences Po Paris reposera principalement sur l’accompagnement pédagogique”. En clair, il s’agit de conseiller et d’orienter, au besoin, la future école de Rabat dans son projet éducatif. Mais toutes les décisions émaneront de l’encadrement marocain. C’est donc une école tournée vers le marché du travail qui devrait voir le jour, avec un (petit) plus par rapport aux autres formations. Selon cette source proche du dossier, “l’école répond à une forte demande des entreprises qui font face à une pénurie de profils Sciences Po, c'est-à-dire, des têtes bien faites, une solide culture générale et une bonne formation en économie, droit, histoire et sciences sociales”. Et c’est bien cette approche qui a su séduire la prestigieuse école. Sébastien Linden, chargé de mission à Sciences Po, note avec satisfaction que “l’école de Rabat s’inscrit dans un projet éducatif auquel Sciences Po adhère totalement, c'est-à-dire une approche approfondie et pluridisciplinaire des sciences sociales et un enseignement professionnalisant qui répond à un besoin réel des entreprises locales”. Dès le mois d’octobre prochain, donc, une formation master, accessible sur dossier aux niveau bac + 3, sera à disposition des premiers étudiants dont le recrutement se fait actuellement.

Spécialisé en finance et administration d’entreprise, le master aura la particularité d’aborder les questions sous un angle local. Un master “développement durable” devrait voir le jour, et à terme, l’école envisage même de créer une filière journalisme. Dans un deuxième temps, les cours du premier cycle (accessibles dès 2009) devraient mettre l’accent sur un enseignement plus généraliste, à l’image de Sciences Po Paris. Côté finances, l’école veut calquer le système de l’école parisienne, jusque dans l’ouverture sociale. C’est même l’un des critères du partenariat, comme nous l’explique Sébastien Linden : “La politique menée en France pour ouvrir Sciences Po aux catégories les moins favorisées se retrouvera dans l’école de Rabat”. Pas plus de détails, mais il est question d’un système de bourses de mérite. Car, même si les frais de scolarité ne sont pas encore fixés, il faudrait compter entre 60 et 75 000 DH par an. L’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat a pour actionnaire unique l’association pour les sciences sociales, politiques et économiques, et toutes les recettes seront réinvesties dans le projet. Il y a quelques années, un projet de cycle délocalisé de Sciences Po à Casablanca avait achoppé “sur des broutilles”, se souvient une source proche du dossier. Aujourd’hui, l’approche est différente, mais il n’est pas exclu de créer un système d’échange d’étudiants entre les deux écoles. Actuellement, 63 étudiants marocains suivent des cours rue Saint-Guillaume.

 
 
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