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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient (avec AFP)

Palestine. Le Hamas, envers et contre tous

Avec ses factions armées,
le Hamas tient la bande de Gaza
d’une main de fer.
(AFP)

Un an après avoir pris le pouvoir par la force dans la bande de Gaza, et malgré les pénuries et le boycottage international, le Hamas ne montre aucun signe de faiblesse.


Il y a un an, le 15 juin 2007, le Hamas boutait les forces de son rival, le Fatah, hors de la bande de Gaza. Seize mois de cohabitation houleuse au sein de l'Autorité palestinienne s’achevaient ainsi dans la violence. Depuis, le mouvement islamiste, classé comme “organisation terroriste” par l’Union Européenne, les Etats-Unis et Israël, règne en maître sur le
petit territoire enclavé et ses 1,5 million d’habitants. Comment un mouvement sans expérience du pouvoir avant 2006, date de sa victoire surprise aux élections législatives, a-t-il pu maintenir, et même accroître, sa mainmise sur le territoire ?

Contrôle total sur Gaza
La résistance du Hamas s’explique d’abord par sa solide base populaire. Le mouvement, créé par des militants islamistes se réclamant des Frères musulmans en 1987, peu après le début de la première Intifada, a développé un très vaste réseau d'aide sociale et d'œuvres de bienfaisance, notamment des écoles. En une année au pouvoir, il a renforcé son emprise sur la bande de Gaza, où il dispose d'influents services de sécurité employant des milliers de fidèles, sans oublier la branche militaire du mouvement, les Brigades Ezzedine Al Qassam. Dès 2006, le Hamas avait d’ailleurs créé une “force exécutive” pour contrer la suprématie du Fatah sur les organes de sécurité, dont le contrôle a été l'une des principales causes du conflit entre les deux mouvements. Le Hamas s'est fait une priorité de montrer au monde qu'il pouvait gérer une administration de pas moins de 20 000 fonctionnaires, selon Hassan Abou Hachich, le ministre adjoint de l'Information du gouvernement du Hamas. Ce gouvernement, non reconnu par Mahmoud Abbas qui l’a démis de ses fonctions, fait ainsi fonctionner des tribunaux, collecte des taxes et a récemment instauré un système de rationnement pour faire face aux réductions drastiques d'essence par Israël. En usant de moyens peu administratifs, il a aussi voulu montrer qu’il pouvait, par la force, ouvrir la frontière avec l’Egypte : fin janvier dernier, pendant une dizaine de jours, des centaines de milliers de Palestiniens ont ainsi déferlé sur le territoire égyptien, après que des activistes du mouvement islamiste ont détruit la clôture frontalière pour leur permettre de se ravitailler chez leur voisin.

Trêve avec Israël
En plus de se maintenir au pouvoir, le mouvement a su, en un an, marquer des points. Il a d’abord obligé Mahmoud Abbas, qui s’était refusé à tout dialogue avec le Hamas, à revenir sur sa position. L’Egypte devrait accueillir bientôt les représentants du Fatah et du Hamas pour tenter de parvenir à un accord sur la situation dans les Territoires palestiniens, désormais divisés. Une délégation du Fatah s'est justement rendue à Gaza cette semaine, pour la première fois depuis un an. C’est aussi l’Egypte qui a favorisé l’accord de trêve fraîchement conclu entre le Hamas et Israël. Et c’est ainsi que, bien que boycotté financièrement et diplomatiquement par la communauté internationale depuis son arrivée au pouvoir, le Hamas se retrouve en position de négocier avec Israël. L’Etat hébreu avait pourtant assuré qu’il n’entrerait jamais en pourparlers avec l’organisation, mais s’est vu contraint de le faire pour mettre fin aux tirs de roquettes vers son territoire. Cette semaine, les deux parties ont annoncé avoir conclu, par le biais du Caire, un accord de trêve qui entrera en vigueur le 19 juin pour six mois. Il s’agit de la première partie d’un accord plus large. Le Hamas exige encore la levée du blocus imposé par Israël à la bande de Gaza et l'ouverture des points de passage avec l'extérieur, en particulier celui de Rafah avec l'Egypte. L’Etat hébreu exige de son côté la fin des tirs de roquettes et d'obus de mortier, la libération du caporal Gilad Shalit (capturé en juin 2006 par trois groupes palestiniens, dont le Hamas), ainsi qu’une action beaucoup plus énergique de l'Egypte pour stopper la contrebande d'armes vers Gaza.

Nombreux points noirs
Mais le Hamas a beau se féliciter, par le biais de son “Premier ministre”, Ismaïl Haniyeh, de ses “réussites” lors de l’année écoulée, la situation économique et humanitaire dans la bande de Gaza s’est encore dégradée. En raison du blocus imposé par Israël, les frontières sont bouclées, les coupures d'électricité, qui perturbent les services essentiels, sont fréquentes, alors que l'essence à la pompe est rationnée. La bande de Gaza est désormais touchée par un taux de chômage qui atteint 29,8% (près de 37% pour les jeunes âgés de 20 à 24 ans) et 39% dans certaines localités, comme Khan Younès, dans le sud du territoire, selon les chiffres de l'Organisation internationale du travail (OIT). “La politique de bouclage, liée à la prise illégale de Gaza, a brisé sa colonne vertébrale économique d'une manière difficilement réversible”, a indiqué la Banque Mondiale dans un récent rapport. En outre, des ONG, comme le Centre palestinien pour les droits de l'homme, estiment que l’année passée est l’une des “plus noires depuis 20 ans sur le plan des droits de l'homme”. “Le Hamas, comme le Fatah, se sont livrés à des exactions”, indique ainsi le Centre, dénonçant “les tortures à Gaza et les arrestations massives en Cisjordanie”. Les défenseurs des droits de l'homme mettent également en cause la “confusion dans le système judiciaire” dans la bande de Gaza. En juin, l'Autorité palestinienne a ordonné aux fonctionnaires de la justice de cesser leur travail. En réponse, le Hamas a nommé des juges chargés de statuer sur les affaires criminelles. Le mouvement reconnaît lui-même que l’année passée a été “très difficile”. Et les observateurs restent eux aussi prudents, pendant que de nombreux responsables israéliens affichent leur scepticisme sur la trêve.



Bande de Gaza. Pauvreté et surpopulation

C’est à Gaza, un territoire exigu de 362 km2, situé en bordure de la Méditerranée, que s’entassent 1,5 million de Palestiniens - l’une des densités les plus fortes au monde - et que se trouve le siège du Mouvement de la résistance islamique Hamas. Située au sud-ouest d'Israël, limitrophe de l'Egypte, la bande de Gaza est une région côtière, longue de 45 km et large de six à 10 km, dépourvue de ressources naturelles. Pendant plusieurs décennies, 8000 colons israéliens y ont vécu dans 21 colonies, sous la protection de l'armée israélienne, avant le retrait unilatéral de l'été 2005. Principale base du Hamas, Gaza était devenue depuis mars 2006 le siège de fait du gouvernement palestinien, dominé par le mouvement islamiste après son éclatante victoire électorale, alors que l'Autorité palestinienne est installée à Ramallah, en Cisjordanie. Quelque 900 000 des habitants de la bande de Gaza sont des réfugiés ou des descendants de réfugiés, qui se sont installés dans ce territoire après avoir fui ou été chassés de chez eux durant la guerre israélo-arabe de 1948. Selon des chiffres officiels palestiniens, plus de la moitié des habitants de la bande de Gaza vivent en dessous du seuil de pauvreté et au moins 45% de la population active est au chômage. Après le retrait de son armée et de ses colons, Israël a maintenu son contrôle sur l'espace aérien, les eaux territoriales de l'enclave et le trafic de marchandises, en plus de superviser les mouvements à l’intérieur et vers la bande de Gaza.

 
 
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