|
Par Samir Achehbar
Etats-Unis. Que la bataille commence
Le duel entre les candidats démocrate et républicain débute enfin. Alors que McCain mise sur la lutte contre le terrorisme, Obama tente de contrer les critiques sur son inexpérience en matière de politique étrangère.
Les choses sérieuses peuvent enfin commencer ! Après la fin de la course à l'investiture, qui a opposé Barack Obama à Hillary Clinton et tenu le haut de l'affiche pendant plusieurs mois, la désignation du candidat démocrate aux élections présidentielles américaines a sonné le |
|
lancement de la vraie bataille entre les camps démocrate et républicain. Les signes du début réel de la campagne électorale ne trompent pas : éclipsé dans les médias par le duel Obama-Clinton, John McCain, désigné candidat républicain depuis trois mois, sort enfin de sa (curieuse) discrétion pour se replacer sous le feu des projecteurs. Sans surprise, il attaque son adversaire en usant d'une rhétorique devenue usuelle des républicains et déjà employée par George W. Bush contre John Kerry en 2004 : la lutte contre le terrorisme. John McCain a ainsi accusé Obama d'être faible face à la menace terroriste, réagissant à une interview accordée par le candidat démocrate le 16 juin à ABC News, et dans laquelle il critiquait ouvertement les conditions de détention des prisonniers de Guantanamo. Nous voyons que le sénateur Obama est l'exemple parfait d'une mentalité du 10 septembre, a ainsi commenté Randy Schuenemann, conseiller de McCain.
Un think tank de choc
La riposte du sénateur de l'Illinois n'a pas tardé : Ce sont ces gars qui ont mis en place la diversion de la guerre en Irak, à un moment où on aurait pu coincer les vrais responsables du 11-Septembre. Ils essayent de faire ce qu'ils font à chaque élection : faire du terrorisme un épouvantail pour effrayer les gens.
Encore auréolé de sa nette victoire sur l'ex-First Lady, Obama est visiblement déjà en ordre de bataille. Mais il devra auparavant "réparer" les dégâts occasionnés par les primaires dans les rangs démocrates et rassembler les supporters de Hillary Clinton autour de sa candidature. Une mission qui semble en bonne voie : après les déclarations plus que conciliantes de cette dernière (qui a été jusqu'à évoquer un éventuel ticket Obama-Clinton), ce sont les grosses pointures du Parti de l'âne qui se succèdent pour apporter leur soutien. Le dernier en date est celui d'Al Gore, l'ancien vice-président de Bill Clinton, devenu une icône de l'écologie et de la lutte contre le réchauffement climatique. Après huit ans d'incompétence, de négligence et d'échec, nous avons besoin de changement. Après huit ans qui ont vu notre Constitution déshonorée et bafouée, nous avons besoin de changement, a-t-il lancé lors d'un meeting à Detroit, tenu lundi 16 juin, et dans lequel le prix Nobel de la Paix est apparu aux côtés du candidat démocrate. Ce dernier a également reçu le soutien officiel de l'AFL-CIO, la plus grande confédération syndicale des Etats-Unis, qui pourrait l'aider à gagner les voix des cols bleus et des ouvriers, un électorat auprès duquel il ne fut pas le plus populaire durant les primaires.
Mais le vrai challenge pour Obama, âgé de 46 ans, sera d'atténuer les critiques à répétition sur sa jeunesse et son inexpérience relative, critiques d'ailleurs proférées par son ancienne rivale à l'investiture démocrate. Pour ce faire, le sénateur de l'Illinois vient de constituer un comité de politique étrangère, composé d'anciens hauts responsables de l'administration américaine. Dans ce think tank de choc figurent Madeleine Albright et Warren Christopher, anciens secrétaires d'Etat, et William Perry, ex-patron du Pentagone. Lee Hamilton, qui a co-présidé avec James Baker un groupe d'étude parlementaire sur l'Irak, y siégera également.
Dans le même esprit, Barack Obama a fait part de son intention de se rendre en Irak et en Afghanistan avant l'élection présidentielle américaine de novembre, répondant ainsi aux reproches de John McCain, qui s'est rendu à plusieurs reprises sur les deux fronts. Mais pour les deux candidats, le chemin jusqu'au verdict de novembre est encore long. Et il promet d'être serré : la récente livraison du sondage Reuters/Zogby donne certes toujours une avance à Obama, mais d'une courte tête (47% des intentions de vote contre 42% pour Mc Cain). Ce duel s'engage sur des bases très serrées. Et à moins d'un événement spectaculaire, il le restera, conclut le sondeur John Zobgy. |
|