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N° 329
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem jubile. Pour une fois que le Maroc est battu sur le plan du délire…

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, en ce mois de juin, est un homme heureux. Scotché à sa télé, il vit l’Euro 2008 comme s’il était titulaire d’un passeport rouge. Ce soir, c’est la France qui joue contre l’Italie. Un match intéressant, puisque les Français ont l’étrange particularité de considérer qu’ils sont toujours champions du monde depuis 1998. La majorité des supporters des Bleus est également persuadée que la Coupe du monde 2006 n’a pas été attribuée, interrompue par le coup de boule de Zidane, considéré par ailleurs comme un acte de bravoure. On ne va pas se moquer, les Marocains considèrent de leur côté qu’ils sont champions d’Afrique depuis 1976 et que la dernière édition a été stoppée net au moment où Alloudi le magnifique a été blessé…

Donc la France se couvre de ridicule, perd contre l’Italie, sort de la compétition, et merci. Pas d’équipe, pas de jeu, pas de chance… Encore une fois, Zakaria Boualem garde la tête froide, évite de ricaner trop fort, ça nous arrive très régulièrement de sombrer d'une telle manière. Mais la suite, elle, ne peut se passer qu’en France. Voilà la scène : Raymond Domenech, l’entraîneur français, répond à un journaliste qui veut savoir s’il va démissionner. L’homme répond qu’il demande la main d’Estelle, et que c’est tout ce qui l’intéresse. Voilà. Ça mérite un retour à la ligne.

Là, Zakaria Boualem jubile… Pour une fois que le Maroc est un peu battu sur le plan du délire, ça mérite une analyse. Imaginons la même scène au Maroc. Prenons Blinda, par exemple. Précisons à l’attention de nos plus jeunes lecteurs que Blinda était notre entraîneur national en 1994. Il avait la même moustache que les sourcils de Domenech. Une étrange époque, 1994. On avait des joueurs qui cherchaient des chaînes en or à quatre pattes sur la pelouse, un Bahja qui avait l’air d’hésiter entre le génie et le ridicule, un gardien qui a demandé l’asile politique en Floride et un attaquant du nom de Chaouch qui aurait dû le rester. Bon, imaginez donc Blinda, le soir de l’élimination, nous parler de son mariage avec Badi3a. C’est simple, il se serait pris un coup de caméra sur le coin de la tête, sans autre forme de procès, et merci. Imaginez maintenant que la Badi3a en question soit de l’autre côté de l’écran, en train de présenter une émission dédiée au foot où ses invités, ses collègues, expliquent que Blinda est un charlot. C’est encore une fois très simple. Badi3a aurait griffé au visage ceux qui auraient moqué son chéri. Et si Badi3a ne l’avait pas fait, c’est Blinda, tout juste remis de son coup de caméra, qui s’en serait chargé. Comprenez par là qu’il aurait agressé Badi3a pour manque de solidarité. Pas les journalistes, ils sont trop nombreux.

En France, personne n’a lancé de caméra, personne n’a été griffé au visage, c’est plus civilisé et c’est tant mieux. Il y en a même qui ont trouvé ça romantique, le coup de la demande en mariage. Ya ouilli. Donc, Domenech, uniquement préoccupé par son mariage, était en fait en train de recruter des neggafate, c’est ça ? Et s’il avait raison ? Et si ce cirque footballistique n’était rien et, qu’en fait, ce soit l’amour le plus important ?

Euhhh… Attendez un
moment, Zakaria Boualem
réfléchit.
NON !
À la limite, le romantisme peut être toléré dans l’univers du Boualem, mais dans le foot uniquement. La Hollande, par exemple, est footballistiquement romantique. Mais le romantisme style égyptien ou, pire, hollywoodien, c’est juste pas possible, question de culture. À Guercif, un homme qui aime sa femme est soupçonné de faiblesse. Il est louche, peut-être un peu homosexuel. Paradoxe. Un homme qui se déclare heureux de se marier est considéré comme un hypocrite. C’est comme ça. Et encore, je vous signale que Zakaria Boualem est l'un des représentants les plus modernes de ce peuple de moustachus.
Sur ce, bonne fin d’Euro.

 
 
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