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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

Festival.
L’Boulevard. 10 ans et toutes ses dents


Nabil Sakhra, l'un des chanteurs
de Darga, donne de la voix pendant
la chanson El Khattabi, hommage
au chef rifain. Un succès musical
et patriote.
(DR)

Le festival casaoui fêtait cette année ses dix ans d'idylle avec un public fidèle. Si la passion a semblé se refroidir, l’union est restée scellée. Pour le meilleur. Plongée au cœur d’une édition entre gloire et doutes.


Casablanca, mercredi 18 juin, stade de l’Etoile. Terre battue et poussière s’élèvent au rythme des pas pressés de l’équipe de L’Boulevard. Un team sur les nerfs, qui tente de trouver ses repères sur un site encore inconnu, et pourtant si proche des lieux “historiques” du
festival. Pas de COC ni de RUC cette année, absence d'autorisations administratives oblige. Tant pis. On ressort le miraculeux système D et on l’applique sur le “hemri” du stade de l'Etoile.

La faute à l'Euro…
Il est 16 heures et le soleil tanne musiciens, techniciens, staff et semblant de public quand G-Nerap ouvre le bal. Les jeunes rappeurs de Meknès se cramponnent à leurs micros, avant de céder la place à six autres groupes de hip-hop, motivés par l’envie d’être sur scène, malgré l’absence flagrante de spectateurs. Certains mettent la chose sur le compte de la chaleur, de l’Euro 2008, diffusé sur écrans géants dans le centre-ville, ou encore sur les divers changements de programmation et de lieu. Momo Mehrari, co-directeur du festival, tient un tout autre discours : “Nous n’avons pas forcé, comme bon nombre de festivals au Maroc, sur les têtes d’affiche étrangères. Nous avons préféré concentrer notre programmation sur les groupes marocains et non sur les produits d’appel. C’est donc un peu normal qu’il y ait moins de monde, mais c’est un choix que nous assumons”. Autre parti-pris, celui de renoncer à la promotion télé du festival. “Contrairement aux autres années, cette édition n’a pas bénéficié de publicité sur petit écran, continue Momo. Nos spots n'ont pas été diffusés parce que nous n’avons pas accepté les clauses du contrat proposé par 2M”.

Le public et L’Boulevard, comme un couple qui se boude, se sont réconciliés au bout de trois jours. Non pas qu’ils aient oublié la date anniversaire de leur rencontre, c'est juste que le semblant de malaise a pris du temps avant de s’estomper. Jeudi 19 juin, le stade a tout de même commencé à se remplir avec la prestation énergique des H-Kayne, porteurs du rap vert et rouge. Pareil pour le show théâtral des déjantés Haoussa, vendredi 20, suivi du spectacle animé par les marionnettes rappeuses des Allemands Puppetmastaz.

Rock is not dead
Samedi 21 juin, fête universelle de la musique. L’Boulevard honore en ce jour le rock et le metal. Des silhouettes tout de noir vêtues - T-shirts à l’effigie de leurs idoles et par-dessus en cuir malgré la chaleur - se profilent à l’entrée du stade, se faufilent entre les barrières et se dressent devant la scène. En masse. Ce ne sont plus des centaines de curieux qui se rassemblent, mais bien des milliers de métaleux qui sont là, pour applaudir Chemical Bliss, Syncopea, Sakadoya et les autres. Fidèles au poste. En armée du rock, ils n’ont pas manqué leur unique rendez-vous annuel. Ils sont là, même si trop souvent stigmatisés par les médias arabophones, qui persistent à jouer de l’amalgame entre culture musicale et culte “sataniste”. L’apogée de la soirée a commencé avec le show, massif et maîtrisé, du groupe Vicious Vision, puis du rock alternatif de Lazywall. L’heure de pointe des headbangers (et de L’Boulevard) fut, sans aucun doute, l’arrivée on stage des Français Psykup, attirant environ 7000 personnes. On ne change pas une équipe qui gagne.

Dimanche 22 juin, jour de clôture du festival. L’heure est à la fusion, festive et colorée, et les airs sont pour la plupart repris en chœur par un public reconquis. Barry donne le ton, et Mazagan, au plus haut de leur forme, enchaînent avec le sourire. Petit changement de programme : c’est Darga qui passe avant la résidence de L'Boulevard, dirigée par Amazigh Kateb, ex-chanteur de feu Gnawa Diffusion. Ce qui n’empêche pas les “Oulad Chaâb” de Darga de propager leur sound system dans la bonne humeur, avec un punch manifestement contagieux. Après Band Of Gnawa, c’est le feu d’artifice. Hoba Hoba Spirit enflamment la foule, et là, c’est vraiment full. Les paroles sont scandées par un public qui trépigne et se défoule, du devant de la scène au fin fond du stade. “Ça, c’est le vrai public de L’Boulevard”, pouvait-on entendre dans les backstages et les premières rangées. Le couple s’est enfin rabiboché. Joyeuses noces d'étain…

 
 
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