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N° 330
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Wafaa Lrhezzioui

Photo. Peintre d’images

Les oeuvres de Hassan Badreddine
sont plus proches de la composition
picturale que de la photo.
(DR)

Le numérique a envahi le monde de la photographie, mais une chambre noire, au nord de l’Italie, résiste encore. Hassan Badreddine a son art pour potion magique et il est tombé dedans gamin à Casablanca.


Petit bouc poivre et sel, silhouette longiligne et allure de dandy, Hassan Badreddine n’en est pas moins comme un poisson dans l’eau à Hay Jamal, le quartier populaire de son enfance. Voilà deux mois que ce résidant en Italie en parcourt les dédales et arpente les artères de
Casablanca, avec ce même regard de gamin s’émerveillant de mille choses. Un œil qui, justement, a fait de lui un photographe professionnel. “J’ai réalisé mon rêve”, lâche-t-il, comme s’il s’agissait d’un acte anodin. Un arbre de son quartier lui a donné le sujet de son premier cliché, à l’âge de 15 ans. La ville et ses habitants lui servent aujourd’hui de matière pour une commande de Gente Viaggi, un magazine italien dédié au tourisme. Entre-temps, le jeune homme a quitté le Maroc pour une école de photographie à Milan, où il travaille depuis près de vingt ans. Revenir et photographier Casablanca est pour lui plus qu'un plaisir. “Chaque cliché est un autoportrait que je réalise”, confie-t-il.

Quand Hassan Badreddine évoque la photo, ses yeux pétillent et ses mains s’agitent, animées par sa passion. “Je ne restitue pas une nature, je transforme la réalité pour produire une image et raconter des choses”, argue-t-il. Se définissant comme un cinéaste, Hassan scénarise sa photographie. “Lors d’un travail sur les enfants atteints de cancer, j’ai décidé de décontextualiser leurs portraits pour faire vivre aux enfants une belle histoire”. L’une des photos montre juste le visage d’un de ces malades, entouré d’oiseaux.

Hassan pourrait disserter longuement sur ces images, mais préfère moins s’attarder sur les quelques photos de mode qu’il a réalisées. Une source de revenu, pas de fierté. Son art, il le place ailleurs. Au lieu de mitrailler à la volée, il peut passer des heures à tourner autour de son sujet, avant de faire résonner son appareil. Réfractaire à la retouche sur Photoshop, il ne jure que par la composition “à l'ancienne”, dans une chambre noire. “Voir l’image se créer sous vos yeux, c’est tellement fantastique”, explique t-il, avant de poursuivre : “J’aime le noir et blanc. Le noir évoque l’ombre où se cache la douleur, le blanc est la lumière qui annule tout sur son passage”. Poète dans l'âme, Hassan parle d’abstrait, de lyrisme et de parfum… à l'évocation des effluves des produits chimiques de tirage photo !

La photo, une thérapie
Une philosophie mûrie sous le soleil italien et sous la houlette du photographe Mario Giacometti. Parti dans la botte de l’Europe, attiré par son histoire artistique, le jeune homme écume les galeries jusqu’à cette rencontre qui bouleverse sa vie et son œuvre. Dans la paisible station balnéaire de Senigallia, où vit Giacometti, Hassan tombe par hasard sur le vieil homme… dont il prend une photo, aujourd’hui exposée au musée Alinari de Florence. “Rapidement et simplement, il m’a parlé d’ombre et de lumière”, se souvient Hassan. Entre les deux hommes, une complicité naît instantanément, et se transforme en une amitié de dix ans. “C’était un père, un maître et un ami”. Génie, humilité… les qualificatifs lui manquent pour témoigner de son admiration. Mais c’est l’image qu’il a choisie pour rendre hommage à son mentor, via une expo en son honneur, prévue pour 2009. “La photo est comme une thérapie pour moi”, confie-t-il. Et quelle maladie soigne-t-elle ?

“La vie”, répond-il tout simplement, avant de détailler : “La souffrance, la pauvreté humaine”. S’il n’est pas encore guéri, il lui en manque peu pour être comblé. “Il était difficile de parler d’art pour un enfant comme moi, vivant dans un quartier de la périphérie de Casablanca”, raconte-t-il pudiquement. Hassan a réussi, en Italie, à devenir ce photographe qu’il voulait être. Il aspire aujourd’hui à revenir dans son pays natal et d’y acquérir la reconnaissance de son travail. Avec le rêve de créer une école de photo au cœur d’un quartier populaire.

 
 
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