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Par Nadia Lamlili
Religion. Les nouveaux musulmans
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Dans la mosquée Okba,
à Casablanca, on célèbre,
en moyenne, une conversion
par semaine.
(AFP)
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Dorigines et dhorizons divers, ils sont entrés en islam à la recherche dune spiritualité perdue. Des étrangers, de plus en plus nombreux, intègrent la Oumma...
Grosse chaîne autour du cou, baladeur MP3, jeans taille basse
avec son total look hip hop, Kurt ne va pas ce soir en boîte, mais plutôt à la mosquée, accomplir la prière d'Al icha. Cet étudiant de 24 ans, à lEcole des sciences de linformation de Rabat, a rejoint la religion musulmane il y a 3 ans. Depuis, il s'est affublé d'un second prénom musulman : |
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Mohammed Ali. Ce nest pas en référence au légendaire boxeur américain, mais simplement parce que c'est plus facile à prononcer, lâche-t-il dans un sourire.
Le cas de Kurt est loin dêtre isolé. D'après le ministère des Habous et des Affaires islamiques, ils ont été plus de 2100 personnes à se convertir à lislam en 2006. Néanmoins, ces chiffres sont loin de donner une image fidèle de la réalité des conversions. Dabord, ils ne concernent que les actes adoulaires transmis par les tribunaux et les ambassades du Maroc à létranger, excluant ainsi une partie (considérable ?) de ces nouveaux musulmans qui prononcent la chahada (J'atteste qu'il ny a de Dieu qu'Allah et que Mohamed est le prophète d'Allah), sans aucune forme de cérémonial ou document officiel. Et surtout, le plus gros du contingent des convertis officiels est composé d'étrangers qui ont choisi l'islam
uniquement pour pouvoir convoler en justes noces avec des Marocaines. Pour beaucoup d'entre eux, cette conversion relève plus de la formalité administrative que du changement sincère de confession.
Islam et modernité
Ce n'est pas le cas de Kurt, qui voit sa conversion comme un retour aux sources. Né d'un père musulman et d'une mère chrétienne, il a, depuis son enfance, prié Jésus. Et son éducation s'est faite dans une école catholique très stricte. Il ne (re)découvre l'islam qu'à son arrivée au Maroc, en faisant la connaissance dune jeune Sénégalaise musulmane qui le pousse à se convertir. Mais ce n'est pas pour elle que je me suis converti, insiste-t-il. D'ailleurs, l'idylle ne dure pas longtemps : influencée par un père salafiste, la fille finit par mettre le voile et demander à son ami d'abandonner sa passion pour le rap (il est également musicien) et de shabiller à lafghane. Refus catégorique du concerné et rupture. Jadore le rap et les films américains. Et sincèrement, je ne crois pas que cela puisse déranger Dieu, se défend-il.
Pratiquant, Kurt fait ses cinq prières, jeûne durant le ramadan et compte bien apprendre larabe pour lire le Coran. Mais s'il dit avoir un grand respect pour le prédicateur controversé Tarik Ramadan - Ce que jaime en lui, cest sa finesse desprit - le jeune Béninois n'a rien du moultazim : il continue à fumer et même à recevoir chez lui des demoiselles moyennement vêtues. Surtout, il refuse de servir de passerelle aux discours de la haine et dit détester les lavages de cerveaux, les prosélytes et les moralisateurs. À lécole comme à la mosquée, il a été souvent approché par des étudiants barbus ou des imams zélés, désireux de lui montrer le bon chemin. Il na jamais accepté de les accompagner. Je naime pas quon me prenne pour un ignorant, lâche-t-il. Cette catégorie de convertis est dans une stratégie individuelle daccès à la Oumma, se tenant à lécart des pressions du groupe. Auparavant, ils étaient sous lautorité de léglise et ne veulent plus avoir affaire à une nouvelle forme de tutelle, commente Mohcine Al Ahmadi, sociologue des religions.
Le parcours de Maria est sensiblement différent. Cette jeune femme russe s'est convertie à l'islam en 1993, plus pour coller aux traditions du pays que dans une quête de religiosité. Là encore, une histoire damour est à l'origine de la conversion. Toutefois, son époux, un Marocain qui a fait ses études de pharmacie dans le pays des tsars, ne sest jamais immiscé dans ses choix religieux. Au départ, jétais subjuguée par cette énergie fantastique qui se dégageait des foules au moment des prières, raconte-t-elle. L'ambiance particulière du ramadan et des fêtes religieuses finira de la convaincre de rejoindre la Oumma. Mais contrairement à certaines de ses compatriotes mariées à des Marocains, qui ont mis le hijab et se sont enfermées chez elles, Maria assure n'avoir rien changé dans son mode de vie, car on peut très bien être religieux tout en restant dans la modernité, argumente-t-elle. Cette responsable commerciale dans une enseigne de meubles en kit a même conservé son prénom dans son acte de conversion, parce quil passe très bien en arabe. Elle ne prie pas souvent, faute de temps, et na jamais pu terminer la lecture du Coran. Pour elle, lislam est avant tout une religion de cur.
Le disciple de Sidi Hamza
La conversion de Fabien Coste, alias Badr, n'est pas passée par un mariage mixte, mais par une union spirituelle avec la Zaouia boutchichia. Ce français, qui nest autre que le manager du slameur Abdelmalik (autre fervent disciple de la zaouia et figure emblématique de lislam des jeunes en France), a embrassé l'islam il y a quinze ans, suivant les pas de son frère. Issu dune famille bourgeoise catholique pratiquante, Fabien n'avait pas une grande sympathie envers lislam. Il changera de cap après la conversion de son frère, via la zaouia, que les Coste ont vécu comme un drame familial. J'avais demandé à voir la photo du guide spirituel de cette confrérie. Et là, jai été frappé par ce visage qui dégageait quelque chose de puissant, raconte-t-il.
Fasciné par Cheikh Hamza, il vivra à ses côtés pendant 4 ans et demi, avant d'aller prêcher sa bonne parole en France. Il assure cependant ne rien faire pour convaincre ses interlocuteurs : Beaucoup de personnes mont suivi dans mon choix uniquement parce quelles ont vu que jétais de plus en plus épanoui, soutient-il. Il réussit aussi à attirer ses parents vers la Tariqa boutchichia, ainsi quune partie de sa petite famille.
Sidi Badr, comme il se fait appeler aujourd'hui, vient régulièrement au Maroc se ressourcer auprès de son guide spirituel, pour repartir affronter le monde impitoyable du showbiz. Musique et religion ? Pour ce manager aguerri, il ny a aucune contradiction entre les deux. Dieu est partout ! Ce qui compte dans le monde de la musique, cest la compétence et les valeurs humaines. Et ces deux atouts, je les possède alhamdoulillah.
Le soufisme version boutchichie a beaucoup de succès à linternational. Daprès un disciple de la Tariqa, Cheikh Hamza compte des milliers dadeptes rien quen France. Une clientèle souvent composée dintellectuels, mais également de personnes de condition plus modeste, comme l'affirme le sociologue Samir Amghar. La fascination qu'exerce le soufisme contraste avec la méfiance, voire l'inquiétude, que suscitent des mouvements comme le Tabligh, les Frères musulmans ou le salafisme, très présents en France, analyse-t-il. Pour autant, ces derniers arrivent toujours à trouver une audience. Dernier exemple en date, Pierre Robert, le fameux émir aux yeux bleus, condamné à la prison à perpétuité pour son implication dans les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca. |
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Portrait. Limam convertisseur
La mosquée Okba, à Casablanca, est l'une des plaques tournantes des conversions à lislam au Maroc. Cette grande bâtisse, sise sur le Boulevard Ibn Tachfine, accueille en effet chaque semaine le baptême d'un nouveau converti, au moins. Son imam, Azeddine Taoufik, s'enorgueillirait d'un tableau de chasse avoisinant les 200 convertis. On vient le voir parce quil est modéré, parle bien le français et passe pour être un maître dans l'art de la persuasion, explique l'un de ses proches. Titulaire dun doctorat en philosophie, cet enseignant de la pensée islamique à lUniversité de Casablanca est aussi un membre influent du Mouvement unicité et réforme (MUR), l'antichambre religieuse du PJD. Il y a une semaine, l'imam avait reçu un Anglais souhaitant se convertir à l'islam pour pouvoir épouser une Marocaine. Azeddine Taoufik n'a pu s'empêcher de glisser au père de la future mariée : Avant de lui donner votre fille, assurez-vous dabord quil est sincère dans sa démarche religieuse. Chassez le naturel
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