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Par Jalal El Mekhfi
Société. La maison des réfugiées
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Le centre daccueil de lUnion pour
laction féminine accueille plusieurs
femmes battues, souvent
accompagnées de leurs enfants.
(DR)
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Ils sont quelques centres, tenus par des ONG, à accueillir les femmes victimes de violence. Des structures qui fonctionnent sans aucune aide publique et auxquelles l'Etat refuse même une reconnaissance juridique.
Dar attiqa, littéralement la maison de la confiance. C'est sous ce vocable que se cachaient, autrefois, des lieux sûrs, où pouvaient trouver refuge ces femmes violentées, ayant fui le foyer conjugal et la brutalité d'un mari. Les chefs de tribu et les notables veillaient sur ces |
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réfugiées, s'assurant de leur bien-être et de leur sécurité jusquà ce que leur situation trouve une issue. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. La dislocation du système tribal et les évolutions de la société marocaine allaient précipiter lextinction de ces maisons. Les associations féministes les ont ressuscitées, sous une forme actualisée, inspirée à la fois des expériences européennes et des us marocains.
Dès le début des années 1990, lUnion pour laction féminine a inauguré la première antenne de son réseau de soutien médical et juridique aux femmes battues (aujourd'hui au nombre de 11). Des structures à l'efficacité limitée, puisqu'elles ne pouvaient véritablement protéger ces femmes en détresse. L' ONG décida du coup d'aller plus loin, en créant de véritables centres daccueil. Au début, nous les recevions chez nous pendant quelques jours, ou les installions dans des hôtels proches. Désormais, nous avons des locaux spécifiquement dédiés à cet effet, explique Nezha Outaleb, responsable dun centre daccueil. L'année 2002 verra donc linauguration d'un premier centre daccueil à Salé, puis un deuxième à Rabat et un troisième à Casablanca. Tous offrent aux femmes victimes de violences protection et (re)qualification professionnelle, pour leur garantir une source de revenu.
Dans la clandestinité
Dans le quartier résidentiel où se niche le centre daccueil de Casablanca, la bâtisse se différencie peu des villas avoisinantes. Et, discrétion oblige, n'espérez pas tomber sur une quelconque indication. Une fois à l'intérieur, le visiteur est frappé par la quiétude des lieux et laménagement quasi complet : un grand salon marocain, une cuisine équipée, une salle de détente et des chambres individuelles au 1er étage. Cela fait longtemps quelles nont pas vu un homme. Elles sont ici parce quelles ont fui, justement, des maris qui les battaient, nous explique la responsable du centre. De là à oublier leurs mésaventures
Parmi les pensionnaires du centre, deux acceptent dévoquer leur passé. Fatima est là depuis deux mois seulement, avec son fils Zakaria. Elle a fui les coups d'un mari maladivement jaloux. Les droits de la femme ? De quels droits parlez-vous ? Chaque jour, mon mari me prenait pour un punching-ball. Et il frappait jusquà ce que je perde connaissance, raconte-t-elle. L'aide de sa famille ? Elle consistait à lui conseiller
daccepter son sort et de sen remettre à Dieu. Ce quelle a fait jusquau coup de poing de trop. Le lendemain, avec le peu d'affaires quelle a pu réunir, elle est arrivée au centre. Nadia, 23 ans, n'était pas mieux lotie. Elle devait encaisser les coups dun époux violent dès quil était en manque de drogue. Elle encaissera longtemps, pour son fils, jusquà ce quelle comprenne quun jour, son mari finirait par la tuer. Aujourd'hui, elle ne demande même pas réparation, juste le divorce et la garde de son fils. Et la possibilité de commencer une nouvelle vie. Le diplôme quelle obtiendra dans ce centre l'y aidera peut-être. Car elle devra un jour quitter ce havre de paix. La charte de l'UAF limite à 6 mois la durée de résidence dans les centres daccueil. Mais les responsables consentent généralement à repousser l'échéance, surtout que les délais de traitement des demandes de divorce traînent souvent en longueur. Quitte à engendrer des frais supplémentaires
auxquels l'Etat ne participe pas. Le législateur rechigne même à doter ces centres dun cadre juridique. Bien au contraire : la loi punit toute personne qui cache une femme qui a quitté son foyer. Et ce nest pas la fameuse Moudawana qui y a changé quoi que ce soit. Nous n'encourageons pas la dislocation des familles, comme le prétendent certains, se justifie Nezha Outaleb. Au contraire, nous cherchons à réconcilier les époux, parfois avec succès. En attendant que le législateur confère à ces centres une légitimité juridique, ils continueront à opérer dans une semi-clandestinité. Un risque à prendre pour secourir des milliers de femmes battues, qui ont souvent plus besoin d'un toit que d'une énième campagne de sensibilisation
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