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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Zeghari

Tourisme. Voyage dans l’arriere-pays

La construction de l’Auberge des
étoiles, dans le village d’Assaragh,
s’est faite avec une aide de l’Agence
de développement social.
(DR)

Loin des hôtels classés et des voyages organisés, une nouvelle branche de tourisme propose la découverte du Maroc rural. Le concept du tourisme solidaire accrochera-t-il ?


À la sortie de Tiznit, au sud d’Agadir,les sommets de l’Anti-Atlas et les cultures en terrasse sur les flancs de montagne souhaitent la bienvenue au pays de l’arganier. Elles accueillent ces touristes qui, se rendant dans le sud marocain, préfèrent l’aventure aux sentiers battus des packages des tours opérateurs. Des visiteurs étrangers de plus en plus
nombreux, qui souscrivent au concept de tourisme solidaire, pratique en vogue depuis quelques années. Et une niche qu'ambitionne aujourd'hui de valoriser et d'exploiter l’Agence de développement social (ADS).

Des projets clés en main
Epaulée financièrement et techniquement par l’Agence française pour le développement (AFD), l'ADS a lancé dès 2003 le programme “Tourisme rural”. Objectif affiché : subventionner 30% de l’investissement consacré à la construction de gîtes dans les douars de la région (avec un plafond de 700 000 dirhams). Quant à l’ADF, pas vraiment désintéressée, elle est mandatée par la Commission européenne pour “contribuer au développement des régions d’origine des Marocains résidant en France, à freiner l’émigration et à favoriser leur réinsertion”, peut-on lire dans la présentation du projet. En d’autres termes, encourager le retour au bercail de Marocains résidant en Europe, en encourageant des projets clés en main. Côté marocain, ont considère que c’est “tout bénéf’” pour la région. “Il s’agit de créer une dynamique économique autour d’une activité rentable et créatrice de revenus”, explique Khalil Bahbah, responsable communication de l’ADS. Depuis 5 ans qu’elle existe, l'initiative propose aux touristes le choix entre une vingtaine d’auberges agréées dans des villages ne dépassant guère les 1000 habitants, entre Tiznit et Boumalne Dadès. Avec, en prime, des paysages de rêve et une immersion dans les cultures traditionnelles des populations locales.

Activités écolos
À 30 km de Tiznit, l’auberge Inoumar nous ouvre ses portes, avec le sourire indécrochable de Fatima Chaïgari, la maîtresse de céans, un inévitable plateau de dattes et de lait entre les mains. Un enthousiasme qui ne doit rien au folklore : depuis son ouverture, fin 2007, l’auberge n'a reçu que deux groupes de touristes. “C’était des Français, raconte Brahim, frère de la patronne. De jour, quand ils n'allaient pas en randonnée dans la montagne, ils nous aidaient à travailler la terre ou dans l’huilerie”. Le soir, les touristes passent la soirée avec les locaux, discutent avec eux et partagent leur dîner. “Les touristes sont très respectueux de nos coutumes, poursuit Brahim. Ils sont aussi très heureux de retrouver ce contact avec la nature”.

Mais voyage écolo ne signifie pas séjour sans confort. Les inspecteurs de l’ADS veillent au grain, exigeant des propriétaires des gîtes des normes plutôt strictes en matière d'équipement et d'hygiène (toilettes modernes, douches avec eau chaude, literie bien entretenue…). En retour, l’Agence garantit une assistance technique pour la formation de ces nouveaux hôteliers, ainsi que la publicité en ligne de leur gîte. L’ONG franco-marocaine Migration et développement, qui œuvre pour le développement des villages de l'Anti-Atlas, prend également part au projet. Elle met à la disposition des touristes français une carte du “tourisme solidaire du sud marocain”, sans laquelle les chances de se retrouver dans des hameaux comme Assraragh seraient bien minces. C'est dans ce village que Houcine Idlahcen a ouvert un gîte, baptisé l’Auberge des étoiles, pouvant accueillir une quinzaine de visiteurs pour 150 dirhams par nuitée. Construit avec des matériaux écologiques (planches de bois remplies de terre), il aura coûté à son propriétaire moins de 700 000 dirhams, dont 210 000 financés par l'ADS. Et s’il est encore tôt pour parler de retour sur investissement, les “merci pour l’accueil” et autres “vacances inoubliables”, griffonnés sur le livre d’or de l'auberge, semblent plutôt encourageants.

 
 
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