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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Syrie. Le retour en grâce ?

Le président Bachar Al Assad est
en voie de réussir la réintégration
de la Syrie au sein de la
communauté internationale.
(AFP)

Reprise des négociations de paix avec Israël, invitation de Bachar Al Assad aux festivités du 14 juillet en France, implication dans le projet d'Union pour la Méditerranée… la Syrie va-t-elle enfin sortir de son isolement ?


La nouvelle est tombée le 21 mai : Israël et la Syrie, qui sont formellement en état de guerre depuis 1948, malgré la signature d'armistices et de cessez-le-feu, ont entamé des négociations de paix indirectes par l'intermédiaire de la Turquie. Un fait inimaginable il y a
encore quelques années, et officiellement démenti par le gouvernement israélien il y a encore un petit mois.

Dans la foulée, la France, qui avait rompu les contacts avec Damas en décembre, l'accusant d'ingérence dans les affaires intérieures libanaises, a invité, par la voix de Nicolas Sarkozy, le président syrien Bachar Al Assad au sommet pour la création de l'Union pour la Méditerranée et, ultime honneur, aux célébrations de la fête nationale française, le 14 juillet. Autant de signes laissant augurer de la sortie progressive de la Syrie de son isolement sur la scène internationale, dans lequel elle se trouve depuis plusieurs années, notamment pour son implication présumée (qu'elle dément) dans l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, et pour une hypothétique aide apportée au Hezbollah au Liban ou encore aux mouvements armés en Irak.

Vers la paix avec Israël ?
C'est après un gel de huit ans que la reprise du dialogue indirect entre la Syrie et Israël a été annoncée il y a quelques semaines, simultanément par Israël, la Syrie et la Turquie. La dernière série de négociations israélo-syriennes, qui date de la période 1999-2000, avait été organisée aux Etats-Unis et avait achoppé sur la question du Golan, ce plateau hautement stratégique pour les deux pays. D'après le bureau du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, “les deux parties ont déclaré leur intention de mener ces négociations de façon franche, sérieuse et ouverte pour parvenir à une paix globale”. La Syrie a confirmé la nouvelle, précisant aussitôt par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Walid Mouallem, avoir “obtenu des engagements (d'Israël) pour un retrait du Golan jusqu'à la ligne du 4 juin 1967”. Damas réclame la restitution du Golan, conquis en 1967 par Israël puis annexé en 1981, jusqu'aux rives du lac de Tibériade devenu, depuis, la principale réserve d'eau douce de l'Etat hébreu, aux prises avec un déficit chronique en matière d'eau. Le plateau, où se sont installés près de 20 000 colons israéliens, fournit aujourd'hui plus de 20% de la production viticole d'Israël, ainsi que 50% de la production d'eau minérale et 40% de la viande de bœuf.

Des négociations difficiles
Le président israélien Shimon Peres a appelé la Syrie à engager des négociations directes avec Israël, en prenant exemple sur l'ancien président égyptien, Anouar Al Sadate, qui avait effectué en novembre 1977 une visite historique en Israël et dont le pays fut le premier Etat arabe à signer un traité de paix avec l'Etat hébreu en 1979. Mais cette perspective reste difficile dans l'immédiat, même si, comme l'a annoncé le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, Bachar Al Assad assistera, “à la même table” que les Israéliens, au sommet du 13 juillet, à Paris, sur l'Union pour la Méditerranée. Particulièrement optimiste, Kouchner n'a pas écarté la possibilité d'une rencontre directe entre les représentants des deux pays. Mais outre le fait que la Syrie n'a pas officiellement confirmé, jusqu'à présent, la venue d'Al Assad à Paris, le président syrien a affirmé qu'il n'y aurait pas de “discussions directes avec Israël avant 2009”. Et pour cause : pour ce dernier, la réussite des négociations de paix dépend “de la stabilité du gouvernement israélien”. Ehud Olmert est en effet mis en cause dans une affaire de corruption qui pourrait provoquer des élections anticipées et donc la chute de son gouvernement. Les Etats-Unis, dont le président syrien a estimé qu'ils devraient parrainer les négociations directes, ont salué, mais du bout des lèvres, la relance des pourparlers de paix. Damas est en effet, avec Téhéran, l'une des bêtes noires des Américains dans la région.

Un long chemin
Les relations de la Syrie avec l'Iran sont l'un des principaux obstacles à une entière réintégration de Damas au sein de la communauté internationale. Les responsables politiques israéliens n'ont pas caché que l'objectif central d'un accord de paix entre Israël et la Syrie était de briser l'axe Damas-Téhéran, qui lie la Syrie à un Etat appelant ouvertement à la destruction d'Israël et soupçonné de vouloir se doter de l'arme nucléaire. Mais Damas a aussitôt prévenu que son alliance avec l'Iran ne pâtirait pas des pourparlers de paix engagés avec Israël, ce qui pourrait freiner la fragile relance des négociations avec l'Etat hébreu. Car si la Syrie souhaite améliorer ses relations avec l'Occident, elle n'entend pas cependant le faire au prix de sa relation privilégiée avec l'Iran, vieille d'une trentaine d'années, et qui s'est renforcée depuis 2006 avec la signature d'un accord de coopération militaire.

Quant à l'invitation de la Syrie à Paris, si elle signe un sensible réchauffement des relations entre les deux pays, elle n'occulte guère les nombreux différends existants, et encore moins les vives critiques qu'elle a suscitées. D'après Al Assad, les relations entre Paris et Damas “se portent mieux actuellement après que le monde a commencé à apprécier et comprendre la position de la Syrie sur la situation au Liban”. Mais il suffirait qu'une nouvelle crise agite le Liban et que la Syrie soit pointée du doigt pour annihiler l'ensemble des efforts diplomatiques déployés de part et d'autre. Face à la levée de boucliers suscitée par l'invitation du président syrien, notamment dans l'opposition française et parmi les ONG de défense des droits de l'homme, l'Elysée a tenu à préciser qu'Al Assad n'était en aucun cas “un invité d'honneur” au défilé du 14 juillet.

S'il est certain que, depuis quelques mois, la Syrie ne cesse de marquer des points sur la scène internationale, le chemin à parcourir reste encore long pour que Damas soit pleinement réintégré par l'Occident et considéré comme un interlocuteur sérieux.



Turquie. Le nouvel intermédiaire

Avide de jouer un rôle sur la scène diplomatique au Moyen-Orient, la Turquie, alliée de l'Etat hébreu, propose depuis des années l'organisation d'une conférence régionale pour tenter de régler le conflit israélo-arabe. Mais il semble que ce soit avec les négociations de paix syro-israéliennes qu'Ankara est sur le point de s'imposer sur l'échiquier régional. Les ambitions turques se sont renforcées depuis l'arrivée au pouvoir, en 2002, du Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, plus proche des gouvernements arabes que ses prédécesseurs. Le conseiller en chef du Premier ministre, Ahmed Davutoglu, s'est à plusieurs reprises rendu en Syrie, en Israël, dans les Territoires palestiniens et dans plusieurs capitales arabes, pour voir si les conditions étaient réunies pour une relance de négociations bilatérales. Ces dernières années, au risque de déplaire à Washington, la Turquie a tissé des liens nouveaux avec la Syrie (après l'expulsion de Damas du chef rebelle kurde Abdullah Öcalan) et la République islamique d'Iran. Ce qui permet à l'héritière de l'ancien Empire ottoman de viser une influence plus grande dans la région.

 
 
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