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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Marjorie Modi

Zimbabwe. Mugabe, maître après Dieu

L’inamovible président
zimbabwéen.
(AFP)

Battu par l'opposition lors des élections présidentielles, Robert Mugabe refuse de céder le pouvoir. Le second tour du scrutin, qu'il a imposé, est en train de tourner à la mascarade.


“Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu’il m’a donné”. À 84 ans, Robert Mugabe, président du Zimbabwe depuis 28 ans, a encore du mal à assimiler les règles du jeu démocratique et de l’alternance politique. Il en a surtout une conception particulière : la démocratie, oui, mais à condition que le peuple vote pour lui. Il en a été autrement à l'issue du
premier tour des élections présidentielles, tenues en mars dernier, puisque le “père de l’indépendance” n’a récolté que 43,2% des voix, contre 47,9% pour Morgan Tsvangirai, le leader de l'opposition.

En toute logique, dans un scrutin libre, ce dernier, ancien syndicaliste de 56 ans, aurait eu de bonnes chances d’être élu au second tour des présidentielles, vendredi 27 juin. Mais c’était sans compter sur l’acharnement du président, qui a multiplié les mesures pour faire pencher la balance de son côté. Quitte à recourir à la violence. “Douze corps ont été découverts dans plusieurs régions du Zimbabwe. La plupart des victimes semblent avoir été torturées”, annonçait Amnesty International. Quant à l’ONU, elle a estimé que “la majorité des exactions pouvaient être attribuées aux partisans du président”.

Face à cette “orgie de violence”, que l’opposition impute au parti du chef de l’état, la ZANU-PF (Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique), Morgan Tsvangirai, réfugié depuis dimanche 22 juin à l’ambassade des Pays-Bas, a renoncé à affronter Robert Mugabe dans les urnes. “Le parti ne peut demander aux électeurs de risquer leur vie en votant le 27 juin”, a-t-il expliqué.

Moi ou la terreur !
En se retirant, Morgan Tsvangirai cherche aussi à réunir les conditions d’une annulation du scrutin, que même l’ONU juge déjà “inéquitable”. Car le dilemme qui se pose aux opposants est bien celui-ci : Mugabe ou la terreur. Selon le candidat de l’opposition, 86 de leurs militants ont déjà été tués au cours des dernières semaines, des dizaines de milliers auraient été blessés et des centaines de milliers d’autres auraient été déplacés de force dans les campagnes pour les empêcher de participer au scrutin. Pourtant jugées “pacifiques et crédibles” lors du premier tour par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), les élections présidentielles au Zimbabwe ne sont plus qu'un simulacre de démocratie. Le pays, au bord de la guerre civile, suscite l’inquiétude de la communauté internationale qui, après une curieuse prudence, consent enfin à condamner avec fermeté Robert Mugabe. Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, dénonce ainsi “un simulacre de démocratie”, alors que Bernard Kouchner, son homologue français, n’hésite pas à qualifier “d'escroc” le président zimbabwéen et ses partisans “d’assassins”. Les déclarations les plus dures sont venues des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, qui jugent désormais le gouvernement zimbabwéen “d’illégitime”.

Majoritairement soutenu par des appuis extérieurs, Tsvangirai mise aussi sur l'appui essentiel des pays d’Afrique australe, qui ont appelé, mardi 24 juin, au report du scrutin. Et même si le président sud-africain Thabo Mbeki semble plus favorable à Robert Mugabe (qui l’avait recueilli durant l'ère de l’Apartheid), le candidat de l’opposition peut compter sur Jose Eduardo Dos Santos, le président angolais, qui fut jusqu’à récemment un allié inconditionnel de Mugabe. De son côté, Bernard Membe, le chef de la diplomatie tanzanienne, a déclaré que “la situation s’était détériorée”, craignant que “les élections au Zimbabwe ne soient ni libres, ni équitables, en raison de la situation politique et économique actuelle dans le pays”.

Longtemps considéré comme une figure historique, artisan de la décolonisation, Mugabe est aujourd’hui à la tête d’un pays en perdition, peu à peu dépeuplé par l’émigration. Rongé par la crise économique et le chômage, qui touche quatre actifs sur cinq, le Zimbabwe connaît également une inflation vertigineuse de 4500%. Un bilan désastreux, qui ne semble guère dissuader le président vieillissant de s'accrocher à son fauteuil présidentiel.

 
 
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