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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Gare à la naïveté politique

Je tiens à vous féliciter pour votre reportage dans les camps de Tindouf (“Au cœur de Tindouf”, TelQuel n° 329), un travail aussi courageux que novateur. Les éléments qui y sont rapportés sont révélateurs d'une triste réalité, que le régime algérien et l'idéologie “révolutionnaire” creuse et désuète ont tous deux contribué à créer de toutes pièces. À la lecture des réponses des civils, femmes, jeunes et vieux, on ne peut s'empêcher de penser à cette idéologie, à ce matraquage qui dénote, quoi que l'on puisse en dire, une lobotomisation certaine, à l'instar de ce que l'on pouvait constater il y a quelque temps en Chine ou à Cuba. Je ne pense pas que cette (triste) mascarade en plein désert prenne fin avant longtemps, du moins tant que le régime algérien ne connaîtra pas de changement structurel majeur, c'est-à-dire l'éviction de la caste militaro-FLNiste au pouvoir depuis 1962. Or, à mon sens, cette question sahraouie - et faisant, la nuisance au Maroc - est un élément constitutif de la légitimité du jeune Etat algérien (“Un caillou dans les souliers du Maroc”, comme l'a affirmé Boumedienne). Au-delà de ce qui constitue un véritable problème humanitaire et humain (des dizaines de milliers de vies sont concernées), en tant que Marocain, je ne peux qu'éprouver un désagréable sentiment de gâchis et de malaise face à cette question. Non pas par rapport au “risque” que le Maroc puisse “perdre” le Sahara (si cela devait arriver, cela l'aurait été il y a 10 ans, quand le Maroc était bien plus vulnérable et faible économiquement et politiquement), mais par rapport au fait qu'à la lecture de notre histoire récente, on s'aperçoit que le pays a été constamment floué par le jeune et fougueux voisin de l'est et fait preuve, au mieux d'un manque de vue, au pire d'une naïveté consternante. De la promesse de rétrocession de Bechar et de Hassi Beida en 1961, faite par Benbella à Hassan II, à la décision d'accepter l'option du référendum en 1991, en passant par la décision de ne pas mener à terme l'offensive militaire de 1963 face au régime algérien, ou encore de laisser le mythe polisarien prendre naissance dans le magma idéologique des années 60 et 70... les exemples sont nombreux. Ne pouvant malheureusement pas refaire l'histoire, je pense qu'il faut faire son deuil de notre territoire historique légitime et désormais adopter une politique réaliste, intelligente et proactive pour nos provinces du sud. Le Maroc, s'il applique son plan d'autonomie, devra le faire en prenant garde à ne pas se tirer une balle dans le pied et à en subir les conséquences dans quelques années.

Abdou Filali Ansary,
Paris.

 
 
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