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Par Youssef Ziraoui
et Mehdi Sekkouri Alaoui
Enquête. La fièvre poker
Ils sont cadres, députés, hommes daffaires ou étudiants. Ils se retrouvent dans des casinos à Marrakech ou dans des cercles clandestins à Casablanca. Ils peuvent gagner (ou perdre) jusquà 7 millions de dirhams en une nuit ! Beaucoup deviennent accros, et abandonnent tout pour lamour du jeu
Samedi 28 juin, 22 heures. Le parking de lhôtel Es Saadi est blindé. Un impressionnant ballet de limousines rutilantes prend dassaut le prestigieux établissement niché dans lHivernage, quartier chic de |
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Marrakech. Rien danormal
a priori. La discothèque Théâtro, the place to be, attire inexorablement la clientèle noctambule dorée de la ville ocre, venue se trémousser au rythme de DJs habitués à jouer à guichets fermés. Mais ce soir, cest le Casino adjacent qui rafle la mise. Salle comble, strass, paillettes et gros enjeux.
Près de 7 millions de dirhams de cash sont à répartir entre les (heureux) gagnants du tournoi de Texas Holdem poker (la variante la plus populaire du jeu), que létablissement abrite ce week-end. Une cagnotte record : Cest le plus grand tournoi de poker jamais organisé au Maroc, senorgueillit Jonathan Lahousse, directeur des jeux dEs Saadi, où il officie depuis 2002. Tiré à quatre épingles, le maître de céans veille personnellement aux préparatifs de dernière minute, entre deux recommandations lancées à son team. Les chefs de table inspectent la salle, une dizaine de croupiers tout de noir vêtus prennent place, ouvrent des jeux de cartes neufs, et décomptent des jetons
Au même moment, une armada de serveurs alimente les tables en eau plate et boisson énergétique, en attendant larrivée des joueurs. Pas de whisky on the rocks en vue. La plupart des concurrents veulent rester lucides, car la partie risque de durer jusquà laube, nous explique cet organisateur.
Un ticket dentrée à 100 000 dh
Seule une poignée de joueurs a réussi à participer à lévènement, moyennant un droit dentrée de 5000 dirhams. Pour ceux-là, il a fallu remporter dabord un tournoi tremplin, sorte de présélection permettant de décrocher le sésame pour cette grand messe du poker. Dautres ont pu accéder au tournoi en passant par une séance de qualif sur le Net. Mais le gros des gamblers (comprenez des joueurs) a dû sacquitter de la coquette somme de 100 000 dirhams pour être de la partie. Côté joueurs internationaux, les organisateurs ne se font pas prier pour énumérer de grands noms du poker. La liste se résume en fait à un ancien champion dEurope, un numéro 3 français et des jeunes très prometteurs. Bref, du beau monde, mais sans véritables stars. Cest Roger Hairabedian (le fameux numéro 3 français) qui a joué au rabatteur pour le tournoi Es Saadi, comme cela se fait pour tous les casinos du monde. Je fréquente beaucoup de monde dans le circuit lors de mes tournées à linternational, ce qui me permet de convaincre des joueurs de venir taper le carton au Maroc, nous déclare-t-il. Pourtant, le Maroc est bien représenté dans les tables : une bonne moitié des joueurs défendent les couleurs nationales, mais incognito. Un grand joaillier de la place, un trader vedette, des industriels, des hommes daffaires, des Marocains résidant à létranger... Il aurait pu y avoir encore plus de Marocains, mais une vingtaine dhabitués du casino ont préféré se rendre à Las Vegas, croit savoir ce joueur. Ils y vont comme sils allaient en pèlerinage à la Mecque du jeu. Sur place, ils participeront, dans quelques jours, à un tournoi du World Poker Tour (Ndlr, lévènement phare de la discipline), doté de 8 millions de dollars, et où concourent une dizaine de milliers de participants. En outre, beaucoup damateurs de poker évitent de jouer en public, parce que cest hram, cest hchouma, poursuit notre homme. Ces gens-là préfèrent se rabattre sur des parties privées, plus intimes.
Jamais sans mon parrain
Changement de décor. Nous sommes dans une villa cossue dun quartier résidentiel de Casablanca. Trois à quatre fois par semaine, le lieu prend des allures de mini-casino. Ou de tripot, selon les appréciations. Les organisateurs ? Des quadras qui ont tout compris, eux-mêmes anciennement joueurs de poker, reconvertis dans lévénementiel. Le standing y est : table de poker recouverte de linévitable feutrine verte, croupiers débarqués de létranger, buffet gargantuesque, alcool à volonté, serveurs aux petits soins, vigiles bodybuildés à lentrée, caméra de surveillance dans la salle... Bref, une organisation bien huilée. Tellement bien quen cas de litige, les joueurs peuvent avoir recours à larbitrage vidéo. A lentrée de la villa, cest la discrétion totale, même si la police est au parfum. Les flics savent ce qui se passe ici, dailleurs ils débarquent tous les soirs récupérer leur enveloppe. Mais il ne faut pas trop que ça sébruite, nous explique Mourad, habitué des lieux, et jeune cadre dans une multinationale. La sécurité a reçu des instructions très claires : On nouvre pas à nimporte qui. Sans parrain donc, impossible dintégrer ce cercle aussi sélect que prohibé. Les organisateurs sont très méfiants. Un jour, je suis venu accompagné dun ami. Jai remarqué que les gens étaient mal à laise, presque stressés quil soit là. En général, ils sont accros au poker, et ils ne veulent pas que ça se sache, nous explique un autre coutumier de ce type de soirée entre happy few.
Des parties jusquà laube
La partie commence en début de soirée et dure généralement jusquau petit matin. Dans le lot des joueurs, on trouve de tout : des parlementaires, des avocats, des industriels
qui mettent en jeu des sommes mirobolantes. Car ici, pas de place pour les petits joueurs : la mise oscille entre 10 000 et 100 000 dirhams, parfois plus. Il y a un mois et demi, une partie a duré 48 heures, nous lance Mourad. Le gagnant a réussi à plumer tout le monde avant de repartir avec plusieurs millions de dirhams. Autre exemple : un petit jeune de moins de 25 ans est reparti avec un pactole de 300 000 dirhams. Et le bonheur des uns fait le malheur des autres, qui y laissent toutes leurs plumes, et au passage, le sourire. Tel joueur est obligé de laisser des chèques en guise de garantie, tel autre met en gage une partie de la fortune familiale
Mais pour ce joueur professionnel, il est trop facile de diaboliser le poker. Prenez lexemple de la boisson. Faut-il interdire la vente dalcools parce que certaines personnes deviennent alcoolique ? Ce nest pas le jeu en soi qui est condamnable, mais lexcès, comme en toute chose, martèle-t-il. Soit, soit
Les tenanciers de létablissement, eux, sont gagnants à tous les coups. Les commissions sont confortables : 50 000 dirhams par soir au minimum. Mieux encore, comme la concurrence commence à pointer le bout de son nez (nous avons listé trois lieux identiques à Casablanca et un seul à Marrakech), les organisateurs se sont même concertés pour organiser des parties à tour de rôle, histoire de ne pas se marcher sur les pieds. Les prémices dun véritable cartel du jeu. Du côté des casinos, la contre-offensive sorganise. Récemment, plusieurs patrons de maisons de jeux se sont réunis pour faire front : Il est hors de question quon laisse faire. Dabord, cest illégal, parce que ces cercles de jeux sont informels, et en plus, ils ne payent pas dimpôts, sindigne un gérant de casino. Et puis, ça peut être dangereux. Comment être sûr que les règles y sont respectées à la lettre ?.
Les kwaleb du poker
Des inquiétudes qui peuvent être justifiées. Car face aux joueurs plus ou moins aguerris, se retrouvent parfois des pokeristes plus ou moins honnêtes. Exemple classique : la connivence. Un groupe de joueurs complices débarque dans une soirée. Sur une table, ces joueurs peuvent se permettre de perdre des coups contre leur(s) complice(s), pour les renflouer, ou encore faire augmenter les enchères de leur adversaire, pour les traire au maximum, nous explique cet organisateur de tournois. Si les tricheurs sont repérés, il arrive quils passent un très mauvais quart dheure. Un peu comme chez les cow-boys, où les rats de saloon finissent dans le goudron et les plumes. Autre cas de figure, celui des charognards de soirée. Certains joueurs expérimentés écument les soirées privées avec un seul objectif : plumer les novices, quon appelle les poissons dans notre jargon, nous lance Mourad. Heureusement quils existent, car ça nous permet de nous refaire de temps en temps. Cas décole : un magnat de limmobilier, à la tête dune grande entreprise de BTP, débarque dans une soirée privée. Demblée, lhomme enchaîne whisky sur whisky. Au bout de quelques verres, il misait des sommes affolantes sans même jeter un il à ses cartes. Il était là pour avoir des sensations, pas pour gagner, se souvient un des ses voisins de table. Le prix de ladrénaline : 900 000 dirhams ! Bien quil ait perdu cette somme colossale, il est resté classe. Il a serré la main de tous ses partenaires, avant de repartir en souriant. En même temps, il a les moyens, poursuit notre source.
Faites vos jeux
Retour au Casino Es Saadi de Marrakech où se déroule le tournoi. Il est bientôt minuit. Quelques minutes avant le coup denvoi de la compétition, les 72 participants sagglutinent devant la salle abritant lévènement. Les plus anxieux font les cent pas, grillant clope sur clope, certains avalent un petit remontant, histoire de déstresser un coup. La tension monte. Tous attendent lévènement depuis plusieurs semaines. Petite blind, grosse blind, lance le croupier, après avoir distribué les cartes sous les regards absorbés des spectateurs. La concentration est à son comble. Seul le bruit des jetons parvient à troubler le calme régnant. Pour sisoler encore plus, beaucoup de joueurs ont opté pour le même attirail : baladeur iPod, lunettes de soleil. Dentrée, la guerre psychologique qui va durer près de 48 heures est lancée. Bluff, tentative dintimidation, coup de pression
Tu veux me faire croire que tu as la suite (ndlr, une des combinaisons de jeu), lance droit dans les yeux un des participants à son voisin de table qui vient de surenchérir (relancer). Pas de réponse du concerné. Face au silence de son adversaire, qui ne laisse rien transparaître, lhomme finit par abandonner (se coucher), dépité, en lançant ses cartes sur la table. Dans le reste de la salle, lambiance est tout aussi électrique. Pourquoi tu me regardes comme ça, tu veux ma photo ?, lance ce joueur, passablement énervé, à son concurrent. Si tu veux voir mes cartes, essaie dêtre discret au moins. Fin de la discussion. All in !, entend-on sur une autre table. Deux petits mots qui veulent en dire beaucoup. Un des joueurs vient de miser la totalité de ses jetons (son tapis). Le temps sarrête. Comment savoir sil bluffe, sil a du jeu ou pas, semble se dire son adversaire resté dans la partie. Les deux joueurs se lèvent et fixent le croupier qui, probablement pour entretenir le suspense, prend tout son temps pour dévoiler la dernière carte du jeu. Dans le jargon du poker, on lappelle la rivière, car celui qui na pas de jeu se noie, nous chuchote ce pokériste mis hors jeu quelque temps auparavant. Sueurs froides et gros stress pour les deux duellistes. Les cartes ont rendu leur verdict. Un des deux joueurs a tout perdu. Il est obligé de se retirer par la petite porte. Vraiment navré, cest le poker, lui lance son bourreau en lui tendant la main. Le looser a perdu gros, ce nest pas pour autant quil va regagner sa chambre dhôtel. Direction, la salle principale du casino, où il perdra 50 000 dirhams supplémentaires. Je nai pas fait de performance ce soir-là, se contente-t-il de nous adresser, tout sourire. Plus chanceux, les trois finalistes du prestigieux tournoi, dont un Marocain, se partageront le lendemain les 4 millions de dirhams
à parts égales. Un tiens vaut plus que deux tu lauras, cest pourquoi, plutôt que de risquer de tout perdre, ils ont préféré se mettre daccord pour se partager le jackpot, nous explique ce participant. Avant dajouter : Dailleurs cest une pratique courante dans les tournois. Cest une sorte de pacte de non-agression entre joueurs qui se fréquentent durant toute lannée.
La ruée vers lor
En quête de fortune, une clientèle venue des quatre coins du pays, et de plus en plus souvent de létranger, se donne rendez-vous tout le long de lannée dans les six casinos du royaume. Et pour cause : depuis environ deux ans, ces établissements organisent régulièrement des tournois dotés de jackpots qui font rêver. à lhôtel Es Saadi par exemple, on propose des tournois pratiquement tous les week-ends. La cagnotte ne descend que très rarement en dessous de la barre du million de dirhams. En parallèle, létablissement propose un championnat du Maroc aussi bien doté, qui sétale sur toute lannée. Spécialistes du marketing direct, les casinos usent de tous les moyens pour attirer, puis retenir leur clientèle avec des séjours aux frais de la princesse. Pendant toute lannée, comme beaucoup dautres, jhabite à lil à lhôtel du casino. On moffre le gîte et le couvert, nous apprend un des heureux pensionnaires. Quand tu te retrouves dans un cadre idyllique où tu es chouchouté, tu nas pas très envie de quitter les lieux. A moins que lon ne vous pousse à le faire. Tant quon joue régulièrement, on est les bienvenus. Quant aux squatteurs, on leur demande gentiment de quitter les lieux, poursuit-il. Mais cette ruée vers lor provoque parfois des dommages collatéraux. Nombreux sont ceux qui ont quitté famille et travail pour le jeu. Cest le cas de Karim, trentenaire, ex-cadre supérieur, qui vivait confortablement avec un salaire de 50 000 dirhams par mois. Il a démissionné, vendu son appartement, pour sinstaller à Marrakech. Sa famille na plus aucune nouvelle de lui depuis plusieurs semaines. Elle croit quil est tombé dans la drogue, nous apprend un de ses partenaires. Et contrairement à létranger où les accros du jeu peuvent demander à se faire interdire dentrée au casino, ou faire appel aux services dune structure daide aux addicts, rien de semblable nexiste au Maroc.
Juste pour rire
Autre lieu, autres habitudes. Dans un chic appartement rbati, Amine, 28 ans, cadre dans une banque, est au four et au moulin. Ce soir, il reçoit. La musique cest ok, la bouffe cest fait, lance-t-il à son amie, avant de sarrêter net. Jai oublié les cigarettes, se rappelle-t-il, paniqué, avant de dépêcher son concierge. Au total, une dizaine de personnes sont attendues : des amis, des amis damis, de vagues connaissances
Dans ce genre doccasion, on peut rencontrer sa copine, se trouver un boulot, une opportunité daffaires
, nous lance notre hôte. Aujourdhui, il y a un financier, un directeur artistique, un étudiant
Pas de professionnel dans la bande, loin sen faut. Mais des joueurs réguliers qui, pour la plupart, se sont connus autour dune table. Et on aurait pu être beaucoup plus nombreux si on le voulait, prétend lun des invités, expliquant que la fièvre du poker a contaminé beaucoup de monde. Dailleurs que ce soit au café ou au travail, les gens en parlent sans cesse.
Ses premières parties, Amine les a faites sur Internet, comme beaucoup de ses partenaires de jeu. Il y a une multitude de sites sur le Web, qui proposent de jouer gratuitement. Certains offrent même la possibilité de participer à des qualifications pour les championnats du monde de poker. Deuxième étape : lachat du matériel. Car avant de craquer pour le pack complet (mallette, tapis vert ...), Amine a dabord utilisé des allumettes ou des pâtes comme jetons. Ainsi, depuis plusieurs mois, les parties à la maison sont devenues un vrai rituel : On organise les soirées à tour de rôle, nous lance Amine. Quand je vais en boîte ou au pub, je dépense dans les 400 ou 500 dirhams. Or, une soirée poker me coûte presque autant. Le cadre est aussi agréable, on mange, on boit, les gens sont souvent intéressants. Et il ny a ni cohue, ni bagarre. Sans oublier les sensations que procure le jeu. Je naurais jamais cru que je ressentirai quelque chose daussi intense en jouant au poker. On alterne le chaud et le froid, montées dadrénaline et frayeurs. Une partie peut être très éprouvante psychologiquement. Parfois, il marrive de repenser à un coup que jai mal joué pendant des jours. Dans les bons jours en revanche, on peut ressortir les poches pleines. Cest facile, cest pas cher, et ça peut rapporter gros, comme promet le slogan du Loto. Youssef, 18 ans, bachelier, encore novice il y a quelques semaines, rêve déjà de se lancer dans la compétition. Jentends parler de tournois où lon gagne un million de dirhams, je nai quune seule envie, tout plaquer, arrêter les études, et me mettre au poker pour de bon, nous lance le teenager, étincelle dans les yeux. Le rêve est permis
à ses risques et périls. |
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Pokermania. Un jeu, un business
A quelques kilomètres dEl Jadida, le plus gros casino du pays est en train de sortir de terre. Un projet estampillé Sol Kerzner. Le mastodonte sud-africain de lhôtellerie et du divertissement nest pas le seul à jeter son dévolu sur le Maroc. Les demandes de licences de casino samassent sur le bureau de la primature, seule habilitée à octroyer le précieux sésame. La plupart des prétendants, de prestigieux groupes étrangers, veulent investir essentiellement à Ouarzazate (au moins 5 demandes de licence) quils souhaitent transformer en véritable petit Las Vegas marocain. Et, de lavis de plusieurs observateurs, ils nont pas tort de miser sur le Maroc, car le business du jeu y est de plus en plus juteux. Les bénéfices engrangés par le secteur nont rien à envier à de nombreux établissements étrangers. On parle de plusieurs dizaines de millions de dirhams, nous confirme cet ancien gérant de casino. Seul petit aveu de ce directeur de jeu de Marrakech : Notre chiffre daffaires a augmenté de 25% depuis larrivée du Texas Holdem au Maroc. Les casinos ne sont pas les seuls à profiter de la manne. Hôteliers et restaurateurs ont eux aussi réussi à tirer leur épingle du jeu, profitant de larrivée massive (et récente) de joueurs étrangers dans leur ville. Grâce aux nombreux tournois que nous organisons régulièrement, nous arrivons à attirer beaucoup de joueurs avec un fort pouvoir dachat, explique Roger, organisateur du tournoi Es Saadi. Et loffre proposée aux touristes sest adaptée, avec des packages à 2500 euros par semaine, permettant de loger dans un prestigieux 5 étoiles, et de bénéficier dune dotation de 2000 euros au casino. Prochaine étape : organiser à Marrakech une étape du prestigieux championnat dEurope qui verrait la participation de 800 à 1000 joueurs étrangers. Une aubaine, ajoute-t-il, pour le Maroc qui devrait investir davantage dans ce créneau quest le tourisme de jeu. Les casinos doivent toutefois refiler une part du gâteau à lEtat : 7% à la mutuelle des Forces armées royales, 7% à lEntraide nationale et 6% aux collectivités locales. Plus en amont de la chaîne, de nombreuses enseignes (magasins dameublement et de décoration, boutiques de jouets) proposent tables de jeu, jetons et autres accessoires. Et là aussi les affaires sont bonnes. Depuis quelques mois, le chiffre daffaires du rayon poker a été multiplié par 15, nous indiquait récemment Mehdi Benghanem, le patron de la grande surface casablancaise Alpha55. Nous avons même du mal à répondre à la demande. |
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Othmane Kejji, joueur depuis 2006
Un pro peut gagner jusquà 300 000 dh par mois
Comment avez vous commencé à jouer au poker ?
En 2002, jai rejoint mon frère en France pour poursuivre mes études supérieures. A lépoque, vu quil jouait beaucoup sur Internet, il ma proposé de my mettre. A vrai dire, ça ne mintéressait pas vraiment. Mais jai fini par mordre à lhameçon. Ça ne me coûtait rien du tout. Avec le temps, je suis devenu un véritable mordu de poker. Jai commencé à jouer de petites parties avec des copains, avant de devenir un habitué des cercles de jeu parisiens. Jusquau jour où jai décidé de rentrer au Maroc pour en faire mon métier.
Est-ce que vous arrivez à en vivre aujourdhui ?
Oui, et plutôt bien. Ce que je gagne aujourdhui, je naurais jamais pu le gagner avec mon master en informatique. Je me fais beaucoup plus dargent en un mois que mon père, cadre supérieur, en un an.
Combien gagnez-vous exactement ?
Disons que je nai pas à me plaindre. Ça me permet de vivre très décemment. Pour vous donner une idée du potentiel de ce jeu, jai un ami qui a gagné plus de deux millions de dirhams dans une soirée privée. Certains joueurs que je côtoie dans les casinos et les cercles de jeu privés se font en moyenne 250 à 300 000 dirhams par mois.
Ces chiffres font rêver. Est-ce si facile dy arriver ?
Pas du tout. Cela fait sûrement rêver, mais cest un métier à part entière. Le poker peut rapporter beaucoup dargent, mais attention, cest dangereux de croire quon peut sy mettre du jour au lendemain. Cest une discipline qui demande beaucoup de rigueur et dexercice. Certains joueurs croient dur comme fer quil suffit davoir joué quelques parties avec des copains pour décrocher le gros lot. Ils se trompent sur toute la ligne. Jai dû personnellement minitier et me faire la main durant deux ans dans des parties privées, avant de my consacrer pleinement.
Comment sorganise votre quotidien ?
Le poker, cest un rythme de vie assez particulier. Je me réveille plutôt tard, vers 15 heures, voire 17 heures. Je fais un petit saut à la piscine de lhôtel où je réside durant toute lannée. Je me rends ensuite au casino à louverture des tables vers 20 heures (et 22 heures le week-end) et ça dure généralement jusquà huit heures du matin. Il marrive de temps à autre de jouer dans dautres casinos, à Tanger ou Agadir. Parfois, je participe à des soirées entre initiés, dans des cercles privés. En règle générale, je ne rate aucun rendez-vous au Maroc. En parallèle, janime un forum sur Internet, marocpokerclub.c.la. |
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Texas Holdem. (Comment) ça marche !
Beaucoup de nouveaux joueurs ne connaissent du poker que sa version Texas holdem. Cette déclinaison du jeu, aujourdhui la plus populaire, est apparue au Texas (doù son nom) au début du XXème siècle. Le Texas holdem est une équation à sept cartes. Objectif : réaliser la meilleure combinaison de cinq cartes. Dans un premier temps, chaque joueur reçoit deux cartes cachées (ce sont ces cartes quil faut garder ou jeter : Holdem or Foldem). Cinq cartes sont, ensuite, abattues pour compléter le tableau. Trois cartes dabord (le flop), puis une quatrième (le turn), et une dernière (la river). Il y a quatre tours denchères : avant le flop, après le flop, après le turn et après la river. Il faut donc payer pour voir un tirage supplémentaire et augmenter ses chances daméliorer sa combinaison. Le suspense dure jusquau dernier tour denchères. Le Texas Holdem est un jeu de sensations, surtout en mode no-limit. Dans ce dernier cas, les joueurs peuvent miser tout leur argent, en allant au tapis (all-in). Dautres versions du jeu existent, notamment le stud à cinq cartes, popularisé par le film Le Kid de Cincinnati, avec Steve McQueen, ou le poker fermé, plus ancien. Si le Texas Holdem est aujourdhui la version la plus prisée, cest en raison de son côté spectaculaire, et notamment grâce à sa médiatisation via des tournois télévisés. En France, les chaînes Canal+ (Ah, Patrick Bruel !) et Eurosport ont été les premières à sintéresser au poker. Depuis, le jeu a envahi les écrans. Direct8, W9 (en version strip-poker), NRJ12
les chaînes de la TNT française se sont engouffrées dans la brèche. Même TF1 devrait diffuser (en différé) la finale du Partouche Poker Tour (du nom de la célèbre chaîne de casinos) en septembre prochain. Le Texas Holdem, cest aussi un jeu glamour : on a vu les joueurs de tennis Rafael Nadal et Novak Djokovic se défier (pour la galerie) sur une table de jeu au Casino de Monte-Carlo. On ne compte plus les célébrités prises par la fièvre du poker. Au Maroc, les tapis verts du casino Es Saidi ont vu défiler plusieurs stars dHolywood. Le dernier en date : Leonardo Di Caprio lors du dernier festival de Marrakech. |
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Circuit . Les pros du poker
Il y aurait une vingtaine de joueurs qui vivent du poker au Maroc. Leur quotidien se résume à faire le tour des soirées privées et participer aux tournois organisés dans les casinos marocains. Cela permet de pêcher quelques gros fish par la même occasion, nous apprend lun dentre eux, pas encore trentenaire. Ce dernier avoue, pour sa part, gagner entre 250 et 350 000 dirhams par mois. Une coquette somme, mais encore insuffisante pour aller se frotter régulièrement au haut niveau à létranger, et pouvoir sillustrer sur le circuit international. Pour pouvoir participer à des dizaines de tournois, seule façon de percer dans ce milieu, il faut avoir les reins solides, explique Roger Hairabedian, numéro 3 français de la discipline, qui affiche un sacré palmarès. Et dajouter : Cest dommage. Parce quau Maroc, il y a entre 10 et 20 très bons joueurs qui pourraient faire des merveilles. Mais, à force de se frotter à de grosses pointures, de plus en plus présentes dans les tournois marocains, le niveau augmentera forcément. Une petite minorité de Marocains parvient toutefois à tirer son épingle du jeu à Monaco, Barcelone, Paris et même Las vegas. Pour le plaisir (cest le cas de certains hommes daffaires), mais aussi pour le sport. Mostapha Belkhayate, trader reconnu dans les milieux de la Bourse, est même une des étoiles montantes de la discipline. Ce broker sest illustré à diverses occasions, notamment il y a quelques mois à lOpen de Monte Carlo, un des tournois les plus prestigieux en Europe, doù il est reparti avec 76 000 dollars. |
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