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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Aït Akdim

Politique. Les Bad boys du PJD

Mustapha Ramid
(AFP)

à coups de discours fondamentalistes assumés et de sorties médiatiques tonitruantes, certains hommes forts du PJD mettent à mal l’image de modérés qu’affichent les dirigeants du parti. Portraits croisés à une semaine du 6ème congrès national.


Application de la Charia, festivals de musique, liberté sexuelle, place de la femme dans la société… sur tous les sujets ou presque, les dirigeants du PJD sont souvent accusés de tenir un double discours. À défaut de courants, deux sensibilités cohabiteraient au sein du parti islamiste.

Une ligne modérée, incarnée par le secrétaire général, Saâd Eddine El Othmani, et son adjoint Lahcen Daoudi, fait face à des faucons aux positions bien plus tranchées. Vrais “méchants” ou, plus simplement, des islamistes moins hypocrites que la moyenne ? Derrière la vitrine modérée, censée rassurer le Palais (et la bonne société), les élites économiques et les connexions à l’étranger, les “ultras” seraient, en fait, nécessaires pour mobiliser la base autour des valeurs du parti.

Mustapha Ramid
La star

Mustapha Ramid a le vent en poupe. Le président du groupe parlementaire du PJD à la Chambre des représentants est aussi l'avocat des six détenus politiques de l’affaire Belliraj et celui du quotidien Al Massae dans le procès qui l’oppose aux substituts du procureur de Ksar El Kébir. Il a été récemment nommé vice-président de la commission d’enquête parlementaire sur les évènements de Sidi Ifni. “Il vole la vedette à l’Istiqlalien Noureddine Moudian, président de la commission”, nous souffle ce parlementaire. En fait, avant même la décision d’envoi de la commission, Me Ramid avait fait le déplacement, en compagnie de son camarade Abdallah Baha, dans la ville du sud pour entendre les habitants et (surtout) nier, au nom de son parti, les allégations de décès parmi les manifestants. Mustapha Ramid aurait-il mis de l’eau dans son vin ? En deux mandats de député, le trublion du Parlement semble s’être quelque peu assagi. En 2002, il avait défrayé la chronique en réclamant l’application des hûdûd, notamment de couper la main du voleur. Rebelote en 2005. Il nie la qualité de Marocains aux élèves des écoles étrangères. “Régulièrement, Mustapha Ramid rappelle ses constantes en termes de valeurs. Cela lui est nécessaire pour garder un contact avec la base du parti”, explique le chercheur Mohamed Darif. Une popularité sans failles, comme le prouve son élection, en 2007, dans sa nouvelle circonscription de Aïn Chock, suivie de son retour à la tête du groupe parlementaire. “Ramid affiche une ambition sans ambigüité : remettre la religion au centre de la société marocaine”, avance ce chercheur. Pour l’instant, cela semble marcher. Attaqué frontalement par l’ami du roi, Fouad Ali El Himma, qui l’a qualifié de “populiste”, il rend coup pour coup, en impliquant l’ex-ministre délégué à l’Intérieur dans la cabale contre Le Journal. “Il est comme ça”, explique ce militant du parti. Œil pour œil, dent pour dent.”

Abdelilah Benkirane
Le franc-tireur

Abdelilah Benkirane est un homme à l’ambition contrariée. Ceci explique peut-être la virulence de ses propos. Militant au sein de la jeunesse istiqlalienne, puis un moment proche de la gauche, il raconte avoir trouvé sa voie en lisant Jalons sur la route, le best-seller de Sayyid Qutb. Mais son histoire avec le mouvement islamiste est semée d’embûches. Il quitte avec fracas la Chabiba islamiya de Motiî, au moment où ce dernier engage un bras de fer avec le Pouvoir. “Ibrahim Kamal, n° 2 de la Chabiba, a publié un communiqué public reniant Abdelilah Benkirane, raconte un ancien membre de la Chabiba. Aujourd’hui encore, beaucoup de militants pensent qu’il était un indicateur des services”. Commence une longue traversée du désert (politique), jusqu’au moment où il rejoint le Mouvement populaire, démocratique et social (MPDC) du Dr Abdelkrim Khatib. Vice-secrétaire général du parti, Benkirane attend son heure… qui ne viendra pas. En 2004, alors que Khatib tire sa révérence, c’est Saâd Eddine El Othmani qui est élu à la tête du tout nouveau PJD. Benkirane occupe aujourd’hui le poste de président du conseil national, mais il a conservé la fougue de ses jeunes années. À chaque apparition télévisée, c’est un véritable festival de piques, de coups de gueule, frisant le délire. “Il use très bien de la langue de bois. Il sait sortir le bon verset du Coran au bon moment pour couper court au débat”, analyse cet homme politique qui a eu le “plaisir” de débattre avec lui. Lors d’un récent passage sur le plateau de Hiwar, le talk-show d’Al Aoula, Benkirane a attaqué bille en tête les festivals de musique et la “malice” qui s’y tramerait. Moins d’une semaine plus tard, le roi accordait des dons exceptionnels à des groupes de la nouvelle scène. Le message a-t-il été reçu ?

Moukrî Abou Zaïd
Le gourou

Le visiteur du site web personnel de Moukrî El Idrissi Abou Zaïd est accueilli par un bandeau en bas de page. “Sais-tu que Coca-Cola est une société juive ? Ne leur donne pas ton argent, mon frère, pour qu’ils tuent nos frères musulmans”. Rien de très original… Sauf qu'Abou Zaïd enseigne à la Faculté des lettres de Casablanca et qu'il a été élu député PJD dans la circonscription d’El Jadida-Azemmour. Sa légitimité, il la tient d’abord de sa formation académique. Titulaire d’un diplôme d’études supérieures en linguistique, Abou Zaïd est maître-assistant à la Faculté de lettres de l’Université Hassan II de Casablanca, où il fait se pâmer les étudiantes, raconte-t-on. “L’homme aime se présenter comme un intello, un chercheur, rapporte ce connaisseur du PJD. Il intervient sur tous les sujets : anthropologie, relations internationales, critiques d’ouvrages, etc”. En public, l’homme est un tribun redoutable, s’appuyant sur son action sociale et caritative. Une étiquette académique et une expérience de terrain mises à contribution notamment à l’époque de la contestation du plan d’intégration de la femme, en 1999, le troisième élément de légitimation du bonhomme. Il a été l’un des principaux pourfendeurs (en compagnie notamment de la députée PJD Bassima Hakkaoui) du plan proposé par le ministre Mohamed Saïd Saâdi, enchaîne articles incendiaires et diatribes lors de meetings.

Depuis quelque temps, Abou Zaïd se fait rare sur les colonnes d’Attajdid, l’organe de presse officieux du PJD. La faute, nous explique ce chercheur, à des frictions avec l’appareil du parti : “Khadija Moufid (militante du PJD et épouse d’Abou Zaïd, ndlr) avait contesté, avant les législatives de 2007, le mode de désignation des candidats pour les élections”. Un isolement tout relatif, puisqu’entre-temps, la prose d’Abou Zaïd, gravée sur CD, a servi d’argumentaire lors du lancement de la caravane des valeurs, en février dernier. Aujourd’hui encore, il est régulièrement l’invité de télés satellitaires, notamment la Saoudienne (et très religieuse) Iqraa, en sus de ses connexions au sein du Congrès national arabe.

Ahmed Raïssouni
Le parrain

En 2002, en pleine euphorie des résultats des législatives, alors que le parti était pressenti pour participer au gouvernement, Ahmed Raïssouni donnait une interview à Al Asr, alors l'organe de presse du Mouvement unicité et réforme (MUR). “La réputation du PJD et sa popularité sont le fruit du MUR, qui a dirigé tous ses efforts et ses activités vers le parti”, affirmait-il sans ciller. Raïssouni, président du MUR de 1998 à 2003, peut s’enorgueillir du chemin parcouru par le PJD. Même si, parfois, ses sorties lui ont coûté cher. En mai 2003, dans une interview accordée au quotidien Aujourd’hui le Maroc, ses déclarations sur la notion de Commandeur des croyants soulèvent un tollé. Les attentats du 16 mai 2003 accélèrent la retraite de Raïssouni, qui quitte la présidence du mouvement pour sauver les meubles. “Cheikh Raïssouni a été piégé. Ses propos ont été sciemment déformés pour lui attirer des problèmes”, soutient mordicus un militant du parti. Licencié de l’Université Quaraouiyine de Fès, le docteur en théologie part se ressourcer en Arabie Saoudite. Depuis, il lui arrive encore de sortir ses griffes de temps à autre. Ainsi, quand éclate l’affaire de Ksar El Kébir (sa ville natale), Ahmed Raïssouni s’alarme de “la débauche et la déliquescence morale” et s’inquiète que certains poussent pour que “les frères puissent jouir de leurs sœurs, les pères de leurs filles et les mères de leurs fils”. Évidemment.

 
 
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