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Par Leila Slimani
Méditerranée. Une Union pour quoi faire ?
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Nicolas Sarkozy, lors du discours
annonciateur de lUnion
méditerranéenne, devenue
depuis lUnion pour
la Méditerranée.
(AFP)
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LUnion pour la Méditerranée, voulue par Nicolas Sarkozy, sera lancée le 13 juillet à Paris. Pourtant, des deux côtés de la Méditerranée, le scepticisme et la prudence sont de mise. Le sommet pourrait bien prendre des airs de rendez-vous manqué.
Le 13 juillet 2008 pourrait être une date historique pour les pays des deux rives de la Méditerranée. Le président français, Nicolas Sarkozy - qui assume depuis le 1er juillet la présidence de lUnion Européenne, a convié ce jour-là à Paris 42 chefs dEtat des pays riverains de la Mare |
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nostrum pour lancer son projet-phare en politique étrangère : lUnion pour la Méditerranée (UPM).
Cest à Tanger, le 23 octobre 2007, que Nicolas Sarkozy avait lancé officiellement son invitation aux dirigeants méditerranéens, les appelant à faire ce quont fait les fondateurs de lEurope et à tisser des solidarités concrètes (
) autour de projets pragmatiques. Le président français présentait lUPM (alors appelée Union méditerranéenne) comme une union politique, économique et culturelle qui devrait bénéficier à lensemble des pays participants, en leur permettant de sattaquer ensemble à des défis globaux : la pollution, la lutte contre le terrorisme, limmigration, la croissance économique ou encore laccès à leau.
Une coquille vide ?
Pour autant, ce projet présenté avec des accents lyriques reste difficile à saisir. LUPM est née du désir de Nicolas Sarkozy dinsuffler un souffle nouveau au processus de Barcelone, un partenariat euro-méditerranéen lancé en 1995, et qui sétait rapidement enlisé sans accoucher de mesures concrètes. Reste cependant à définir les véritables objectifs de cette nouvelle union. Sagit-il dun partenariat économique, dun mode de gestion de limmigration ou dun rapprochement des civilisations ? Le président français a déjà dû faire des concessions devant la réticence de ses voisins européens. LAllemagne, qui voit dun mauvais il ce projet dunion, a exigé que tous les pays de lUE y soient associés
alors même que l'idée de départ ne sadressait quaux Etats riverains. Les risques de dilution du projet sarkozyste sen trouvent encore accrus.
Lattitude des Etats du sud renforce cette impression de confusion. Demblée, le Maroc a exprimé son enthousiasme, en restant toutefois vigilant. La secrétaire dEtat auprès du ministre des Affaires étrangères, Latifa Akharbach, la confirmé lors du congrès de Fès : Notre position est claire : nous soutenons un projet en cours de formulation, mais à la philosophie duquel nous avons déjà adhéré.
Mais déjà, les luttes de pouvoir ont déjà commencé. Le Maroc souhaite se ménager une place stratégique au sein de lUPM. Or, la position française sur le statut particulier de chaque pays au sein de lUnion demeure très floue. À plusieurs reprises, le chef du gouvernement français, François Fillon, et son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ont laissé entendre que la coprésidence de lUnion serait confiée à lEgypte, tandis que son siège se situerait en Tunisie. Dans ces conditions, le Maroc craint dêtre lésé par cette distribution des rôles et veut sassurer dobtenir le secrétariat général avant daller plus loin dans les négociations.
Quid des conflits régionaux ?
Les retombées économiques sont également une motivation centrale pour les pays du Maghreb. Mais un certain nombre de questions reste en suspens. Tout dabord, la mise en place dun marché commun de la Méditerranée nest envisageable que sil y a une ouverture des frontières entre lAlgérie et le Maroc. Pour André Azoulay, conseiller royal, rien nempêche la future UPM d'être un forum de débat entre le Maroc et lAlgérie sur la question du Sahara. Mais ce forum de débat risque bien de ne pas voir le jour si le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, continue à adopter une attitude plus que sceptique vis-à-vis de lUPM. Jusquà aujourdhui, il na pas confirmé sa présence à Paris le 13 juillet, laissant entendre que ce projet nétait pas une priorité pour lAlgérie. La question du conflit israélo-palestinien est un autre point sur lequel achoppe lUPM. Israël est appelé à en faire partie, aux côtés des pays arabes dont les opinions publiques sont pour le moins réticentes. Limage pro-israélienne de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner vient encore compliquer la donne. Le 10 juin, lors du mini-sommet arabe sur le projet de lUPM, le président libyen, Mouammar Kadhafi, a dailleurs déclaré que les dirigeants arabes refuseraient de siéger auprès du premier ministre israélien, Ehud Olmert. Ce à quoi Sarkozy a rétorqué, avec assurance, que cela ne dérangeait guère des pays comme le Maroc ou la Tunisie. La situation risque fort d'être plus complexe que ne veut le croire le président français.
Rapport de forces Nord-Sud
Mais cest autour de la question de limmigration que le rapport de forces Nord-Sud semble le plus prégnant. La politique française sur limmigration et le vote de la directive retour par lUE vont dans le sens dune fermeté toujours accentuée à légard des pays du sud de la Méditerranée. Dans ce contexte, lUPM repose sur un contrat simple : en échange de laide au développement, qui devrait booster leur croissance, les pays du sud sengageraient à coopérer dans la lutte contre limmigration clandestine. Beaucoup dEtats redoutent dêtre instrumentalisés par lUE, tandis que les opinions publiques vivent cette politique comme une humiliation. Cest cette crainte qua exprimée, lors du sommet de Tripoli, le sémillant Mouammar Khadafi. En considérant que lUPM était une humiliation pour les pays du sud, il a donné à penser que cette union serait tout sauf un contrat gagnant-gagnant. Le Guide na cependant pas réussi à entraîner dautres Etats derrière lui. Le roi
Mohammed VI a été le premier à garder ses distances : il ne sest pas rendu lui-même à Tripoli et y a été représenté par son Premier ministre, Abbas El Fassi. Le président égyptien, Hosni Moubarak, avait également décliné linvitation.
Le sommet du 13 juillet devra donc définir les véritables priorités de lUnion pour la Méditerranée et ne pas éluder les questions qui fâchent. Sinon, lUPM risquerait de nêtre quun miroir aux alouettes ou, pire, la nouvelle base dune Europe forteresse. Mais pour les plus optimistes, comme lambassadeur du Maroc à Paris, Fathallah Sijilmassi, ce sommet pourrait ouvrir la voie à une véritable révolution politique et culturelle et à une nouvelle donne géopolitique en Méditerranée. |
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Zoom.
Et lAfrique dans tout ça ?
Nicolas Sarkozy a maintes fois affirmé que lUnion pour la Méditerranée serait un lien entre lEurope et lAfrique subsaharienne. Il est cependant permis den douter. Les pays du sud du Sahara pourraient en réalité être les grands perdants de cette union, qui risque de les isoler davantage de leurs voisins du nord du continent. Les pays riverains de la Méditerranée ont en effet assuré lUE quils mettraient tous les moyens en uvre pour enrayer les flots migratoires venus des pays dAfrique. Ils constitueraient ainsi une zone tampon entre les Etats africains et lEurope.
Une promesse que le président libyen n'a pas manqué de dénoncer. Selon Mouammar Kadhafi, l'UPM va mettre à mal l'unité africaine et arabe en concurrençant des organisations déjà existantes. Nous sommes des pays membres de la Ligue arabe et aussi de l'Union Africaine. Et nous ne prendrons en aucun cas le risque de disperser nos rangs. Il faut que nos partenaires (européens) comprennent bien cela, a-t-il prévenu. Et d'ajouter : Si l'Europe veut coopérer avec nous, qu'elle le fasse avec la Ligue arabe ou l'Union Africaine. Nous n'acceptons pas que l'Europe traite avec un seul groupe de pays, c'est-à-dire uniquement avec ceux qui bordent la rive sud de la Méditerranée. |
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